‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 70 sur 91 · A M. SOUDAN DE LA PALME · texte numérisé non relu

A M. SOUDAN DE LA PALME

(inédite)

Un parrain heureux des nouvelles de son filleul. — Prochain départ de Paris. — Deux adresses pour les lettres.

Paris, 25 mai 1619.

Mon Filieul,

J'ay esté grandement ayse d'avoir appris de vos nouvelles et que vous soyes en cet honneste exercice que vous faites. Je ne vous sçaurois asseurer de mon séjour en cette ville, par ce que devant faire mon retour a la suite de Madame sœur du Roy, nostre Princesse, je seray obligé de partir quant et elle, qui partira sur la fin de ce moys, comme l'on dit (2). Mays je vous diray bien que vostre père se portoit fort bien quand je vins, et vos frères aussi. Vous pourres tous-jours, quand vous voudres, nous faire sçavoir de vos nouvelles, addressant vos lettres icy, a Maurice des Melliers (3), valet de chambre de monsieur [le] Comte de Moret ( 4 ), qui est de nos voysins de Thorens ; ou bien mesme a Rouen, a monsieur l'advocat Monet, qui est de la Bonneville (5).

(i) Peut-être fils de Jacques Soudan, notaire à Thorens (voir tome XI, p. 35). Il n'a pas été possible de trouver des renseignements sur ce filleul du saint Evèque.

(2) Voir ci-dessus, note ( i ), p. 319.

(3) Maurice des Meillers ne serait-il pas le fils de Biaise des Meillers ou Démeiller, Tun des plus anciens domestiques de la maison de Sales, qui fut présent à la naissance du Saint, le vit et l'admira dans sa petite enfance ?

( 4 ) Né en 1608 de Henri IV et de Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, Antoine de Bourbon posséda en commende les abbayes de Savigny, de Saint-Etienne de Caen, de Saint-Victor de Marseille et de Signy. Il mourut le Ier septembre 1632 au combat de Castelnaudary. (Moreri, 1740, tome IV.)

(5) Claude-Aymon Monet était fils de Jacques Monet, avocat fiscal du Faucigny. Après avoir terminé ses études de droit à Turin, il passa en France, où il s'acquit de la réputation comme avocat, et devint professeur de droit à l'Université d'Orléans (1626). Louis XIII, voulant le retenir dans son royaume,

Cependant, je prie Dieu qu'il vous bénisse, mon Filieul, et suis de tout mon cœur,

Vostre plus affectionné parrein, amy et voysin a vous faire service,

Franç% E. de Genève.

Le 25 may 1619.

A Monsieur Soudan de la Palme, escrivain.

A Honnefleur.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation du Mans.

lui accorda des lettres de naturalisation. En 1643, la Duchesse régente, Marie- Christine, le nomma sénateur à Chambéry ; la mort le surprit à Orléans avant qu'il pût retourner en Savoie (26 mai 1646). Aymon Monet avait épousé Marie Beaucorps en juillet 1619. (D'après Moreri, tome VI, et Grillet, Dictionnaire historique, etc., Chambéry, 1807, tome I.)

MDXXI

a madame de charmoisy

(inédite)

L'Evêque de Genève solliciteur pour Mme de Charmoisy. — Difficultés d'obtenir et circonspection à garder dans les demandes. — Approches du retour en Savoie.

Paris, 28 mai 1019.

Ma très chère Cousine, ma Fille,

Pour Villy, je croy que nous obtiendrons ce que nous demandons. Pour la chatelanie de Salanche, Monsieur me l'accorda il y a long tems, et tascheray d'en faire faire les despeches, mays, a ce que j'entens, ce sera inutilement. Pour Samoen, je ne voy pas que pour le présent cela se puisse (0.

( i ) La veuve de Claude de Vidomne de Charmoisy poursuivait pour sa seigneurie de Villy, en Faucigny, une affaire déjà heureusement acheminée avant la mort de son mari. Il s'agissait dune reconnaissance de juridiction, et c'était à « Monsieur », duc de Nemours, suzerain de tout le Genevois, qu'il

Année 1619 383

Quant a M. Meynier (0, Monseigneur le Prince n'estant pas icy, ains a la cour, a Tours (2), je ne voy pas qu'on y puisse faire autre chose. May s croyes moy, je vous supplie, que quand il y seroit, nous n'en aurions rien davantage, ni par la voye de Madame, qui ne demande rien en matière d'affaires que ce que Monseigneur son mari luy suggère de demander ; et il ne veut rien toucher, ni d'une sorte ni d'autre, a ce qui doit estre pris des mains de Son Altesse (3). Et si vous voyies ce que je voy, vous ne douteries point de cette vérité, ni monsieur Meynier non plus ; et icy comme ailleurs, mais plus icy qu'ailleurs, il faut aller tendrement aux demandes.

Mays vous sçaures mieux tout ceci bien tost, que j'auray lhonneur de vous voir, sil est vray que Monseigneur le Prince s'en aille dans 15 jours, et Madame dans 15 après, comm'on nous dit (4). Je suis icy tout fin seul des serviteurs de Son Altesse.

Je prie Dieu qu'il vous comble de bénédictions, ma très chère Cousine, ma Fille, et suis de tout mon cœur, Vostre très humble cousin et serviteur, Franc5, E. de Genève.

Je n'oublie point le désir de monsieur de Vallon, mon cousin (5), et m'essayeray de le faire reuscir ; maisj'attens

fallait s'adresser pour ces questions-là. Quant à la maison-forte de Sallanches, venue à M. de Charmoisy par sa mère Françoise de Bellegarde, et à Samoëns, nous ne savons quel sujet réclamait l'intervention de François de Sales.

( 1 ) Un Pierre Meynier, membre du Conseil général de Thonon, est nommé dans diverses pièces de 1593 à 1634. Aucune preuve ne nous permet de l'identifier certainement avec le personnage dont parle ici le Saint.

(2) Après le traité d'Angoulême (30 avril), que Marie de Médicis ne se décidait pas à ratifier, Louis XIII était parti pour Orléans vers le 8 mai, afin d'essayer d'amener sa mère à la paix avec des conditions raisonnables. La cour se fixa ensuite à Tours, se rapprochant ainsi de l'Angoumois, et le prince de Piémont l'y avait suivie, bien que sa jeune femme demeurât pour lors à Paris.

(3) Le duc de Savoie.

(4) Voir ci-dessus, notes ( 1 ), p. 319, et (3), p. 364.

( 5 ) Jacques de Gex, beau-frère de M. de Charmoisy (voir tome XII, note (1), p. 260). Le contenu d'une requête au duc de Nemours — requête qui sera donnée avec les Opuscules — nous porte à croire que « le désir » auquel l'Evêque fait allusion concernait l'affaire des armoiries du seigneur de Vallon, rasées de l'église de Samoëns par ordre souverain. (Voir tome XVI, notes ( 1 ) des pp. 99, 100.)

384 Lettres de saint François de Sales

l'occasion plus propre, et tandis, je le salue très humblement.

Le 28 may 16 19, a Paris.

A Madame Madame de Charmoysi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Montluel.

MDXXII

A MADAME de villesavin (0

Comment supporter les petites persécutions des enfants du monde. — Salomon, ses richesses, et « son inénarrable malheur. » — La devise du Christ. — Un adieu jusqu'à l'éternité. — Pourquoi se réjouir de s'être aimés en cette vie.

Paris, mai 1019.

Ma très chère Fille,

Vous seres souvent parmi les enfans de ce monde qui, selon leur coustume, se moqueront de tout ce qu'ilz verront ou penseront estre en vous contre leurs misérables inclinations. Ne vous amuses point a disputer

(1) C'est avec beaucoup de probabilité que nous proposons Mme de Villesavin comme destinataire, et. comme date très probable aussi, le mois de mai 1619, moment où Louis XIII quitta Paris pour se rapprocher d'Angoulême, refuge de la Reine mère. (Voir note (2) de la page précédente.) Jean Phélipeaux, seigneur de Villesavin, suivit la cour; sa femme, Isabelle Blondeau, l'accompagna, et nous la retrouverons à Tours, en septembre, lors du passage du saint Evêque. Mais au printemps, François de Sales se croyait sur son départ et ignorait le chemin du retour; il pouvait donc écrire : « Vous vous « en ailes, et moy je m'en vay aussi, sans aucune espérance de vous revoir « en ce monde. » Cette séparation, qui semblait définitive, devait être d'autant plus sensible à Mme de Villesavin qu'elle connaissait depuis longtemps et très intimement le Serviteur de Dieu. Leur première rencontre eut lieu à Dijon en 1604 : depuis, dit-elle, « j'ay eu l'honneur de » le « veoir maintes fois... tant en la maison de mon père, » Guy Blondeau (cf. tome XIV, p. 69), « qu'en celle de... mon mary, et ailleurs. » (Sa déposition, Process. remiss. Parisiensis, ad interrog. 5 et 6.) Beaucoup de lettres furent échangées entre eux; très peu nous ont été conservées. Mmc de Villesavin sut employer les « com- « modités de la vie présente » dont Dieu l'avait comblée à se faire des trésors dans le Ciel, car elle se montra toujours l'une des plus ardentes promotrices des bonnes œuvres à Paris. Elle mourut dans une extrême vieillesse, en 1687.

Année 1619 385

avec eux, ne tesmoignes nulle sorte de tristesse de leurs attaques ; mais, avec joye, ries de leurs risées, mesprises leur mespris, joues vous de leurs remonstrances, moques vous modestement de leurs moqueries et, sans faire attention a tout cela, marches tous-jours gayement au service de Dieu, et, au tems de l'oraison, recommandes ces pauvres espritz a la divine miséricorde. Hz sont dignes de compassion de n'avoir point d'intention d'honneste entretien qu'en riant et gaussant sur des sujetz dignes de respect et révérence.

Je voy que vous abondes en commodités de la vie présente ; prenes garde que vostre cœur n'y demeure point engagé. Salomon, le plus sage des mortelz, commença son inénarrable malheur par la complaysance qu'il prit es grandeurs, ornemens et magnifiques appareilz qu'il avoit, bien que tout cela fust selon sa qualité *. Conside- * Cf. ni Reg., x,

r . .14 seq. ; Eccles.,

rons que tout ce que nous avons ne nous fait estre rien U) 4 I2. ' plus en effect que le reste du monde, et que tout cela n'est rien devant Dieu et les Anges.

Souvenes vous, ma très chère Fille, de bien faire la volonté de Dieu es rencontres ou vous aures le plus de difficulté. C'est peu de chose de plaire a Dieu en ce qui nous plaist : la fidélité filiale requiert que nous luy voulions plaire en ce qui nous desplaist, nous remettans devant les }^eux ce que le grand Filz bienaymé disoit de soy mesme : Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mays pour faire la volonté de Celuy qui m'a envoyé*; car aussi n'estes vous pas chrestienne pour * Joan., vk 38. faire vostre volonté, mais pour faire la volonté de Celuy qui vous a adoptée pour estre et sa fille et son héritière éternelle*. *Cf. Rom.,vm, i5>

l~' Au reste, vous vous en ailes, et moy je m'en vay aussi,

sans aucune espérance de vous revoir en ce monde. Prions

bien Dieu qu'il nous face la grâce de vivre tellement

selon son bon playsir en ce pèlerinage, qu'estant arrivés

en la céleste patrie nous nous puissions res-jouir de nous

estre veus icy bas et d'y avoir parlé des mystères de

l'éternité. En cela seul nous devons prendre joye de

nous estre aymés en cette vie : que le tout a esté pour la

Lettres VIII 2c

386 Lettres de saint François de Sales

gloire de sa divine Majesté et nostre salut éternel. Conserves la sainte gayeté cordiale qui nourrit les forces de l'esprit et édifie le prochain.

Ailes ainsy en paix, ma très chère Fille, et Dieu soit a jamais vostre protecteur. Qu'a jamais il vous tienne de

Cf. Ps. lxxii, 14. sa main et vous conduise au chemin de sa sainte volonté *. Ainsy soit il, ma très chère Fille, et je vous prometz que tous les jours je renouvelleray ces sacrés souhaitz sur vostre ame, que la mienne chérira a jamais inviolablement. Et a Dieu soit a jamais louange, action de

Apoc, vu, 12. grâces et bénédiction. Amen *.

Franc8, E. de Genève.

MDXXIII

A LA MERE DE CHANTAL, A PARIS

Un conseil de conscience. — Ce qui « osta un peu l'asseurance » au saint prédicateur.

Paris, mai ou juin 1619 (1).

Monsieur de la Pause (2) me parla hier, et espère de conduire l'affaire a bon port (?). Il me dit toutefois que

( 1 ) Une étude sérieuse permettant de désigner presque sûrement l'affaire dont il s'agit dans ce billet, du même coup destinataire et date se trouvent justifiées. C'est avec la Mère de Chantai, en mai ou juin 1619, que François de Sales traite de l'entrée de Mme du Tertre à la Visitation. (Voir note (3) ci-dessous.)

( 2 ) Né d'une famille noble et hérétique du diocèse de Nîmes, Jean Plantavit de la Pause avait professé la doctrine de Calvin comme ministre à Béziers. Il abjura en 1604; les Jésuites furent ses maîtres dans la sacrée théologie, à l'étude de laquelle il se livra aussitôt après sa conversion. Au retour d'un voyage à Rome, il devint grand-vicaire du cardinal delà Rochefoucauld, grand aumônier de France. M. de la Pause fut ensuite aumônier d'Elisabeth, sœur de Louis XIII et reine d'Espagne, et enfin évêque de Lodève en 1625. Ce Prélat savant et pieux appela le premier en province les prêtres de Saint- Sulpice. Contraint par ses infirmités, il résigna son évèché, et se retira à Béziers où il mourut le 28 mai 1651, à 1 âge de soixante-quinze ans. (Voir Moreri, 1740, tome VII.)

(3) Une jeune veuve, que nous retrouverons bientôt, objet de la charité illimitée de François de Sales, donnait alors de graves soucis à ses parents

Année 1619 387

Monseigneur de la Rochefoucault (0 vouloit assembler un conseil de conscience pour se déterminer, et peut estre est ce pour cela que le P. Supérieur de Saint Louys vous veut parler (2).

Moy je me porte bien, et hier je n'eu nulle peine, sinon en la si longue attente qu'on fit faire aux auditeurs, qui me donna certes de l'inquiétude, et m'osta un peu l'asseurance ; mays, comme vous sçavés, ces choses-la sont de peu de considération en moy qui suis certes tous-jours de plus en plus vostre en Nostre Seigneur.

J'eu le bien d'entretenir un peu Monseigneur d'Ayre. Mon Dieu, que c'est un digne Praelat (3) !

par son amour du monde et des plaisirs. Son honneur, l'avenir de ses deux enfants, pouvaient être compromis. M. et Mme de Morville estimèrent que le meilleur remède était de confier leur fille, Marie-Aimée, dame du Tertre, à l'Evêque de Genève, pour la faire retirer dans un monastère de la Visitation. Le cardinal de la Rochefoucauld, le P. Binet s'occupèrent de cette affaire; les lettres du Saint et de la Mère de Chantai en font foi. A la fin de juillet 1619, Mme du Tertre partit pour la Visitation de Moulins.

(1) François de la Rochefoucauld, fils de Charles, comte de Randan, et de Fulvie Pic de la Mirandole, naquit à Paris le 8 décembre 1558 et fut élevé au collège de Clermont. L'Eglise et l'Etat le comblèrent d'honneurs : successivement évêque de Clermont (1 585) et de Senlis (1613), cardinal du titre de Saint-Callixte (1607), abbé de Sainte-Geneviève-du-Mont et de Tournus, commandeur des Ordres du Roi, grand aumônier de France (1618), président au Conseil d'Etat (1622) ; son mérite, plus que sa naissance, lui valut tous ces titres. Jusqu'à sa mort, la vénération universelle l'entoura, et Paul V disait lui-même : « La France n'a jamais eu un cardinal de plus grande piété et dévotion que celui-ci. » Son zèle le porta surtout à s'occuper de la réforme des Ordres religieux tombés en décadence. En 1619 commencèrent, sous son inspiration, entre la cour de France et la cour de Rome, d'importants pourparlers à ce sujet. Ils aboutirent, en 1622, à un Bref de Grégoire XV chargeant le cardinal de la Rochefoucauld de cette grande et délicate mission. Pour s'y donner tout entier, il se démit de son évêché de Senlis; de ses efforts naquit la Congrégation des chanoines réguliers dits Genovéfains. Le pieux Cardinal mourut le 14 février 1645 et ^ut inhumé dans son abbaye de Sainte-Geneviève, tandis que son cœur était déposé au collège de Clermont. (Cf. Ciaconius, Hist. Pontif. et Card., Romae, 1677, tome IV, et Moreri, 1740, tome VII.)

(2) Le Supérieur de la Maison professe des Jésuites de Saint-Louis, à la rue Saint-Antoine, était alors le P. Etienne Binet.

(3) C'était en effet un très «digne Praelat» que Philippe de Cospéau, évêque d'Aire depuis 1607. Originaire de Mons en Hainaut, étudiant à Louvain, puis en Sorbonne, il avait été, en 1602, l'auditeur assidu du Coadjuteur de Genève; il en fit son modèle pour la prédication, ce qui contribua sans doute à son renom d'orateur. Son admiration pour François de Sales s'accrut quand il le connut mieux, lors du voyage de 1619. La Mère de Chantai

388 Lettres de saint François de Sales

Or sus, Nostre Seigneur soit a jamais au milieu de vostre cœur. Amen.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Montélimar.

mandait à son bienheureux Père en 1621 : « De vous, je n'oserais écrire ce qu'il en dit; c'est sa douceur et ses délices de parler de vous.» (Lettres, vol. I, p. 587.) A cette époque, M.sr de Cospéau venait d'être nommé évêque de Nantes; il appela dans sa ville épiscopale les Filles de la Visitation, et témoigna toujours un paternel intérêt à cet Institut, où trois de ses nièces firent profession. En 1636, il quitta le siège de Nantes pour celui de Lisieux, et c'est là que, âgé de soixante-dix-huit ans, il fit une sainte mort en 1646. Lui aussi s'occupa activement et fructueusement de la réforme des couvents, et contribua à l'établissement à Paris des Carmélites et des Bénédictines du Calvaire. (D'après la Gallia Christiana, et Livet, Cospéau, Paris, 1854.)

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