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{al. eu). gueil, 1 envie, r ambition, la haine, ne voyent rien qu ilz
ne treuvent mauvais et blasmable ; ceux la pour estre
* Plin., ibid. guéris doivent prendre du vin de palme*, et j'en dis de
mesme pour ceux-ci : beuves le plus que vous pourrés le vin sacré de la charité, elle vous affranchira de ces mauvaises humeurs qui vous font faire ces jugemens tortus. La charité craint de rencontrer le mal, tant s'en
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faut qu'elle l'aille chercher ; et quand elle le rencontre, elle en destourne sa face et le dissimule, ains elle ferme ses yeux avant que de le voir, au premier bruit qu'elle en apperçoit, et puis croit par une sainte simplicité que ce n'estoit pas le mal, mais seulement l'ombre ou quelque fantosme de (a) mal ; que si par force elle reconnoist que c'est luy mesme, (b) elle s'en destourne tout incontinent et tasche d'en oublier la figure. (c) La charité est le grand remède a tous maux, mais spécialement pour celuy ci. (d) Toutes choses paroissent jaunes aux yeux des icteriques et qui ont la grande jaunisse ; l'on dit que pour les guérir de ce mal, il leur faut faire porter de l'esclere sous la plante de leur pied*. Certes, ce *MattioK,inDios. péché de jugement téméraire est une jaunisse spirituelle, ' ' c' CLXXVI# qui fait paroistre toutes choses mauvaises aux yeux de ceux qui en sont atteins ; mais qui en veut guérir il faut qu'il mette les remèdes non aux yeux, non a l'entendement, mais aux affections qui sont les pieds de l'ame : si vos affections sont douces, vostre jugement sera doux ; si elles sont charitables, vostre jugement le sera de mesme.
Je vous présente trois exemples admirables. Isaac avoit dit que Rebecca estoit sa seur ; Abimelech vit qu'il se joùoit avec elle, c'est a dire qu'il la caressoit tendrement, et il jugea soudain que c'estoit sa femme * : * Gen., xxvi, 7-9. un œil malin eust plustost jugé qu'elle estoit sa garce, ou que, si elle estoit sa seur, qu'il eust esté un inceste ; mais Abimelech suit la plus charitable opinion qu'il
(a) du (Ms.-A-B)
(b) luy mesme, — Telle ne s'en res-jouit point, mais avec toute diligence se retourne du costé du bien et...J (Ms.)
(c) la figure. — r Provoques donq vostre cœur a la ste charité, et vous ne jugeres point témérairement. J (Ms.)
(d) pour celuy ci. — [~On dit que pour guérir de la jaunisse il faut porter l'herbe nommée esclere sous la plante des pieds : le péché du jugement téméraire est la jaunisse spirituelle, car comme ceux qui ont la corporelle voient toutes choses comme si elles estoyent jaunes, ainsy ceux qui ont ce péché voyent ordinairement les prochains comme pécheurs... Les icteriques qui ont la grande jaunisse voyent toutes choses comme jaunes... J (Ms.)
236 Introduction a la Vie Dévote
pouvoit prendre d'un tel fait. Il faut tous-jours faire de mesme, Philothee, jugeant en faveur du prochain, autant qu'il nous sera possible; que si une action pouvoit avoir cent (e) visages, il la faut regarder en celuy qui est le plus beau. Nostre Dame estoit grosse, saint Joseph le voyoit clairement; mais parce que d'autre costé il la voyoit toute sainte, toute (f) pure, toute angelique, il ne peut onques croire qu'elle eut pris sa grossesse contre son devoir, (g) si qu'il se resoulvoit, en la laissant, d'en laisser le jugement a Dieu : quoy que (h) l'argument fut violent pour luy faire concevoir mauvaise opinion de cette Vierge, si ne voulut-il jamais l'en (0 juger. Mais pourquoy ? parce, dit l'Esprit de Dieu, qu'il estoit
Matt., 1, 19. juste * : l'homme juste, ( j ) quand il ne peut plus excuser ni le fait ni l'intention de celuy que d'ailleurs il connoist homme de bien, encor n'en veut-il pas juger, mais oste cela de son esprit et en laisse le jugement a Dieu. Mais le Sauveur crucifié, ne pouvant excuser du tout le péché de ceux qui le crucifioyent, au moins en amoin-
Lucae, xxm, 34. drit-il la malice, alléguant leur ignorance *. Quand nous ne pouvons excuser le péché, rendons-le au moins digne de compassion, l'attribuant a la cause la plus supportable qu'il puisse avoir , comme a l'ignorance ou a l'infirmité.
Mais ne peut-on donq jamais juger le prochain ? Non certes, jamais ; c'est Dieu, Philothee, qui juge les criminelz en justice. Il est vray qu'il se sert de la voix des magistratz pour se rendre intelligible a nos oreilles : ilz sont ses truchemens et interprètes et ne doivent rien
(e) cent — ["biais, il la faut prendre en celuy qui est le meilleur. J (Ms.)
(f) toute — Tsacree, toute divine J (Ms.)
(g) devoir, — fet n'osa pourtant jamais la diffamer; et néanmoins, pressé de la violence de largument que la manifeste apparence faysoit a son esprit, il se résolut de la quitter plustost... J (Ms.)
(h) a Dieu : — et quoy que (Ms.)
( i ) jamais — en (Ms.)
(j ) L'homme juste, — rayant conceu une bonne estime d'une personne n'en peut jamais croire le mal, encor presque quil le voye de ses yeux; mais en laisse a Dieu d'en juger. Sil ne peut plus excuser... J (Ms.)
Troisiesme Partie. Chapitre xxviii.
prononcer que ce qu'ilz ont appris de luy, comme estans ses oracles ; que s'ilz font autrement, suivans leurs propres passions, alhors c'est vrayement eux qui jugent et qui par conséquent seront jugés, car il est défendu aux hommes, en qualité d'hommes, de juger les autres. De voir ou connoistre une chose ce n'est pas en juger, car le jugement, au moins selon la phrase de l'Escriture, présuppose quelque petite ou grande, vraye ou apparente difficulté qu'il faille vuider ; c'est pourquoy elle dit* que ceux qui ne croyent point sont des-ja jugés, parce qu'il n'y a point de doute en leur damnation. Ce n'est donq pas mal fait de douter du prochain, non, car il n'est pas défendu de douter, ains de juger ; mais il n'est pourtant pas permis ni de douter ni de soupçonner sinon rie a rie, tout autant que les raysons et argumens nous contraignent de douter ; autrement les doutes et soupçons sont téméraires. Si quelque œil malin eust veu Jacob quand il baysa Rachel auprès du puits *, ou qu'il eust veu Rebecca accepter des brasseletz et pendans d'oreille d'Eliezer, homme inconneu en ce païs-la*, il eust sans doute mal pensé de ces deux exemplaires de chasteté, mais sans rayson et fondement ; car quand une action est de soy mesme indifférente, c'est un soupçon téméraire d'en tirer une mauvaise conséquence, sinon que plusieurs circonstances donnent force a l'argument. C'est aussi un jugement téméraire (k) de tirer conséquence d'un acte pour blasmer la personne ; mais ceci je le diray tantost plus clairement.
En fin, ceux qui ont bien soin de leurs consciences ne sont gueres sujetz au jugement téméraire; car comme les abeilles voyans le brouïllart ou tems nubileux se
Joan., ni, 18.
Gen., xxix, 11.
Ibid., xxiv, 22.
(k) téméraire — f"de blasmer un homme pour un acte, comme je diray tantost. ( x ) Aves vous veu un homme ivre ? blasmes cetfaction, mais ne dites pourtant pas quil est ivroigne , car ni Noe ni Loth ne furent pas ivroignes pour s'estr'enivrés chacun une fois. J (Ms.)
(1) Cf. le texte, p. 240.
retirent en leurs ruches a mesnager le miel, ainsy les cogitations des bonnes âmes ne sortent pas sur des objetz embrouillés ni parmi les actions nubileuses des prochains : ains, pour en éviter le rencontre, se ramassent dedans le cœur pour y mesnager les bonnes resolutions de leur amendement propre. C'est le fait d'une ame inutile, de s'amuser a l'examen de la vie d'autruy. J'excepte ceux qui ont charge des autres, tant en la famille qu'en la republique; car une bonne partie de leur conscience consiste a regarder et veiller sur celle des autres. Qu'ilz facent donq leur devoir avec amour; passé cela, qu'ilz se tiennent en eux mesmes pour ce regard.