‹ ŒuvresChapitre 110 sur 272 · mo xxiv · texte numérisé non relu

mo xxiv

escoute le mesdisant, tous deux ont le diable sur eux,

mais l'un l'a en la langue et l'autre en l'oreille. David

parlant des mesdisans * : Il\ ont affilé leurs langues, * Ps. cxxxix, 3.

dit-il, comme un serpent. Or, le serpent a la langue

fourchue et a deux pointes, comme dit Aristote*; et telle * De Hist. anim. ,

lie. XI.

est celle du mesdisant, qui d'un seul coup pique et empoisonne l'oreille de l'escoutant et la réputation de celuy de qui elle parle.

Je vous conjure donques, treschere Philothee, de ne jamais mesdire de personne, ni directement ni indirectement : gardés-vous d'imposer des faux crimes et péchés au prochain, ni de descouvrir ceux qui sont secretz, ni d'aggrandir ceux qui sont manifestes, ni d'interpréter en mal la bonne œuvre, ni de nier le bien que vous sçaves estre en quelqu'un, ni le dissimuler malicieusement, ni le diminuer par paroles, car en toutes ces façons vous offenseries grandement Dieu, mais sur tout accusant fausement et niant la vérité au préjudice du prochain ; car c'est double péché de mentir et nuire tout ensemble au prochain.

Ceux qui pour mesdire font des préfaces d'honneur, ou qui disent de petites gentillesses et gausseries entre deux, sont les plus fins et vénéneux mesdisans de tous. Je proteste, disent-ilz, que je l'ayme et que au reste c'est un galant homme ; mays cependant il faut dire la vérité, il eut tort de faire une telle perfidie ; c'est une fort vertueuse fille, mais elle fut surprinse, et semblables

(a) saint Bernard, — celuy (A-B)

Introduction a la Vie Dévote

* Psalm. xm cxxxix, 3.

petitz ageancemens. Ne voyes-vous pas l'artifice? Celuy qui veut tirer a l'arc tire tant qu'il peut la flèche a soy, mais ce n'est que pour la darder plus puissamment : il semble que ceux ci retirent leur mesdisance a eux, mais ce n'est que pour la descocher plus fermement, afrin qu'elle pénètre plus avant dedans les cœurs des escoutans. La mesdisance dite par forme de gausserie est encores plus cruelle que toutes; car, comme la ciguë n'est pas de soy un venin fort pressant, ains asses lent et auquel on peut aysement remédier, mais estant pris * Plin., Hist. nat., avec le vin il est irrémédiable*, ainsy la mesdisance qui

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