‹ ŒuvresChapitre 171 sur 272 · SUR CETTE INTRODUCTION · texte numérisé non relu

SUR CETTE INTRODUCTION

Le monde vous dira, ma Philothee, que ces exercices et ces advis sont en si grand nombre que qui voudra les observer il ne faudra pas qu'il vaque a autre chose. Helas, chère Philothee, quand nous ne ferions autre chose nous ferions bien asses, puysque nous ferions ce que nous devrions faire en ce monde. Mais ne voyes vous pas la ruse ? S'il falloit faire tous ces exercices tous les jours, a la vérité ilz nous occuperoyent du tout, mais il n'est pas requis de les faire sinon en tems et lieu, chacun selon l'occurrence. Combien y a-il de lois civiles aux Digestes et au Code, lesquelles doivent estre observées ; mais cela s'entend selon les occurrences, et non pas qu'il les faille toutes prattiquer tous les jours. Au demeurant, David, Roy plein d'affaires très difficiles, prattiquoit bien plus d'exercices que je ne vous ay pas marqué. Saint Louys, Roy admirable et pour la guerre et pour la paix, et qui avec un soin nompareil administroit justice et manioit les affaires, oyoit tous les jours deux Messes, disoit Vespres et Complies avec son chapelain, faisoit sa(a) méditation, visitoit les hospitaux, tous les vendredis se confessoit et prenoit la discipline, entendoit(b) très souvent les prédications,

(a) la (A)

(b) oyoit (A)

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faisoit fort souvent des conférences spirituelles, et avec tout cela ne perdoit pas une seule occasion du bien public extérieur qu'il ne fist et n'executast diligemment, et sa(c) cour estoit plus belle et plus florissante qu'elle n'avoit jamais esté du tems de ses prédécesseurs. Faites donq hardiment ces exercices selon que je vous les ay marqués, et Dieu vous donnera asses de loysir et de force de faire tout le reste de vos affaires ; ouy , quand il devroit arrester le soleil comme il fit du tems josue, x, 12-14. de Josué*. Nous faisons tous-jours asses quand Dieu travaille avec nous.

Le monde dira que je suppose presque par tout que ma Philothee ait le don de l'orayson mentale, et que néanmoins chacun ne l'a pas, si que cette Introduction ne servira pas pour tous. Il est vray, sans doute, j'ay présupposé cela, et est vray encor que chacun n'a pas le don de l'orayson mentale ; mais il est vray aussi que presque chacun le peut avoir, voyre les plus grossiers, pourveu qu'ilz ayent des bons conducteurs et qu'ilz veuillent travailler pour l'acquérir, autant que la chose le mérite. Et s'il s'en treuve qui n'ayent pas ce don en aucune sorte de degré (ce que je ne pense pas pouvoir arriver que fort rarement), le sage père spirituel leur fera aysement suppléer le défaut par l'attention qu'il leur enseignera d'avoir, ou a lire ou a ouïr lire les mesmes considérations qui sont mises es méditations.

(c) diligemment, — le royaume, la (A)

Cinquiesme Partie. Chapitre xviii. 365

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