TROIS DERNIERS ET PRINCIPAUX ADVIS POUR CETTE INTRODUCTION
Refaites tous les premiers jours du mois la protestation qui est en la première Partie, après la méditation, et a tous momens protestés de la vouloir observer, disant avec David* : Non, jamais éternellement je n'oublie- * Ps- cxvm> 93ray vos justifications, o mon Dieu, car en icelles vous m'aves vivifiée. Et quand vous sentirés quelque détraquement en vostre ame, prenes vostre protestation en main, et prosternée en esprit d'humilité proferes-la de tout vostre cœur, et vous treuverés un grand allégement.
Faites profession ouverte de vouloir estre dévote ; je ne dis pas d'estre dévote, mais je dis de le vouloir estre, et n'ayes point de honte des actions communes et requises qui nous conduisent a l'amour de Dieu. Advoues hardiment que vous vous essayes de méditer, que vous aymeries mieux mourir que de pécher mortellement, que vous voules fréquenter les Sacremens et suivre les conseilz de vostre directeur (bien que souvent il ne soit pas nécessaire de le nommer, pour plusieurs raysons). Car cette franchise de confesser qu'on veut servir Dieu et qu'on s'est consacré a son amour d'une spéciale affection est fort aggreable a sa divine Majesté, qui ne veut point que l'on ait honte de luy ni de sa Croix; et puis, elle coupe chemin a beaucoup de semonces que le monde voudroit faire au contraire, et nous oblige de réputation a la poursuite. Les philosophes se publioient pour philosophes , afïin qu'on les laissast vivre philosophiquement, et nous devons nous faire connoistre pour désireux de la dévotion, affin qu'on nous laisse vivre dévotement. Que si quelqu'un vous dit que l'on peut vivre dévotement
366 Introduction a la Vie Dévote
sans la prattique de ces advis et exercices, ne le niés pas, mais respondés amiablement que vostre infirmité est si grande qu'elle requiert plus d'ayde et de secours qu'il n'en faut pas pour les autres.
En fin, treschere Philothee, je vous conjure par tout ce qui est de sacré au Ciel et en la terre, par le Baptesme que vous avés receu, par les mammelles que Jésus Christ sucça, par le cœur charitable duquel il vous ayma et par les entrailles de la miséricorde en laquelle vous espérés, continues et persévères en cette bienheureuse entreprise de la vie dévote. Nos jours s'escoulent, la mort est a la porte : « La trompette, » dit saint Grégoire
* Nicetas David, in Nazianzene *, « sonne la retraitte, qu'un chacun se prépare, gor.Naz.,§22*9(Pa- car Ie jugement est proche. » La mère de saint Simphorien xxkvin03' 8°")' v°yant qu'on le conduisoit au martyre crioit après luy :
« Mon filz, mon filz, souvienne-toy de la vie éternelle, regarde le Ciel et considère Celuy lequel y règne ; la fin prochaine terminera bien tost la briefve course de cette * Apud Baronium , vie*. » Ma Philothee, vous diray-je de mesme, regardes le Ciel et ne le quittes pas pour la terre ; regardes l'enfer, ne vous y jettes pas pour les momens ; regardes Jésus Christ, ne le renies pas pour le monde ; et quand
* Fioretti, Consid. ia peyne de la vie dévote vous semblera dure, chantés
prima sulle Stim- . ^
mate. avec saint François * :
« A cause des biens que j'attens, Les travaux me sont passetems. »
Vive Jésus, auquel, avec le Père et le Saint Esprit, soit honneur et gloire, maintenant et tous-jours et es siècles des siècles. Ainsy soit-il.