DES AUTRES EXERCICES PUBLICS ET COMMUNS
CHAP. XI
(a) Outre cela, Philothee, les festes et Dimanches il faut assister à l'office des Heures et des Vespres, tant que vostre commodité le permettra ; car ces jours là sont dédiez à Dieu, et faut bien faire plus d'actions à son honneur et gloire en iceux, que non pas aux autres jours. Vous sentirez mille douceurs de dévotion par ce moyen, comme faisoit sainct Augustin, qui tesmoigne en ses Confessions, que oyant les divins offices au commencement de sa conversion, son cœur se fondoit en suavité, et ses yeux(k) en larmes de pieté. Et puis (afin que je le die une fois pour toutes) il y a tousjours plus de bien et de consolation aux offices publiques de l'Eglise, que non pas aux actions particulières : Dieu ayant ainsi ordonné que la communion soit préférée à toute sorte de particularité.
Entrez volontiers aux Confrairies du lieu où vous estes, et particulièrement en celles, desquelles les exercices apportent plus de fruict et d'édification : car en cela vous ferez une sorte d'obeïssance fort agréable à Dieu : d'autant qu'encor que les Confrairies ne soyent pas commandées, elles sont neantmoins recommandées par l'Eglise : laquelle pour tesmoigner qu'elle désire que plusieurs s'y enrollent, donne des Indulgences et autres privilèges aux Confraires. Et puis c'est tousjours une chose fort charitable de concourir avec plusieurs, et coopérer aux autres pour leurs bons desseins. Et bien qu'il puisse arriver que l'on fist d'aussi bons exercices à part soy, comme l'on fait aux Confrairies en commun, et que peut estre l'on goustast plus de les faire en particulier ; si est-ce que Dieu est plus glorifié de l'union et contribution que nous faisons de nos bien-faits avec nos frères et prochains.
J'en dis de mesme de toutes sortes de prières et dévotions publiques, ausquelles, tant qu'il nous est possible, nous devons porter nostre bon exemple pour l'édification du prochain, et nostre affection pour la gloire de Dieu, et l'intention commune.
(a) rOn ne sçauroit asses dire combien de prouffit spirituel on reçoit d'assister dévotement a la sainte Messe tous les jours, maysj
(b) et ses yeux — ["distilloient J
80* Introduction a la Vie Dévote
(a) QUTL FAUT INVOQUER ET HONNORER LES SAINCTS
CHAP. XII
Puisque Dieu nous envoyé bien souvent les inspirations par ses Anges, nous devons aussi luy renvoyer fréquemment nos aspirations par la mesme entremise. Les sainctes âmes des Trespassez qui sont en Paradis avec les Anges, et comme dit nostre Seigneur, esgales et pareilles aux Anges, font aussi le mesme office d'inspirer en nous, et d'aspirer pour nous par leurs sainctes oraisons.
Ma Philothee, joignons nos cœurs à ces célestes esprits et âmes bien heureuses : car comme les petits rossignols apprennent à chanter avec les grands, ainsi par le sainct commerce que nous ferons avec les Saincts, nous sçaurons bien mieux prier et chanter les louanges divines. Je psalmodiray, disoit David, à la veuë de vos Anges.
Honnorez , rêverez , et respectez d'un amour spécial la sacrée et glorieuse Vierge Marie : elle est Mère de nostre souverain Père, et par conséquent nostre grand Mère. Recourons donc à elle, et comme ses petits enfans jettons nous à son gyron avec une confiance parfaite : à tous momens, à toutes occurrences reclamons ceste douce Mère, invoquons son amour maternel : et taschans d'imiter ses vertus, ayons en son endroit un vray cœur filial.
Rendez vous fort familière avec les Anges, voyez les souvent invisiblement presens à vostre vie : et sur tout aymez et rêverez celuy du Diœcese auquel vous estes, ceux des personnes avec lesquelles vous vivez, et spécialement le vostre : suppliez les souvent, louez les ordinairement, et requérez leur ayde et secours en toutes vos affaires, soit spirituelles, soit temporelles, afin qu'ils coopèrent à vos sainctes intentions.
Le grand Pierre Favre, premier compagnon du B. Ignace de Loyole, premier Prestre, premier Prédicateur, premier lecteur de Théologie, de la saincte Compagnie du nom de Jésus, venant un jour d'Allemaigne, où il avoit fait de grands services à la gloire de
(a) [Ce chapitre n'étant pas inséré dans le Ms. , il en résulte que le chap. xii se trouve être le treizième de l'Edition Princeps. ]
Edition Princeps. Partie II. Chap.
nostre Seigneur; et passant en ce Diœcese lieu de sa naissance, racontoit qu'ayant traversé plusieurs lieux pleins d'heretiques , il avoit receu mille consolations d'avoir salué en abordant chasque Parroisse les Anges protecteurs d'icelles, lesquels il avoit cogneu sensiblement luy avoir esté propices : soit pour le garentir des embusches des hérétiques, soit pour luy rendre plusieurs âmes douces et dociles à recevoir la doctrine de salut. Et disoit cela avec tant de recommandation, qu'une Damoiselle lors jeune, l'ayant ouy de sa bouche le recitoit, il n'y a que quatre ans, c'est à dire plus de soixante ans après, avec un extrême sentiment. Je fus consolé ceste année passée de consacrer un autel sur la place en laquelle Dieu fist naistre ce bien-heureux homme, au petit village du Vilaret, entre nos plus aspres montagnes.
Choisissez quelques Saincts particuliers, la vie desquels vous puissiez mieux savourer et imiter, et en l'intercession desquels vous ayez une particulière confiance. Celuy de vostre nom vous est desja tout assigné dés vostre baptesme.