‹ ŒuvresChapitre 205 sur 272 · DE LA SAINCTE CONFESSION · texte numérisé non relu

DE LA SAINCTE CONFESSION

CHAP. XIII

Nostre Sauveur a laissé en son Eglise le Sacrement de Pénitence et de Confession, afin qu'en iceluy nous nous lavions de toutes nos iniquitez, toutefois et quantes que nous en serons souillez. Ne permettez jamais, Philothee, que vostre cœur demeure long temps infecté de péché, puis que vous avez un remède si présent et facile. La lionne qui a esté accostée du leopart va vistement se laver pour oster la puanteur que ceste accointance luy a laissée, afin que le lion venant n'en soit point offensé et irrité. L'ame qui a consenty au péché doit avoir horreur de soy mesme, et se nettoyer au plustost pour le respect qu'elle doit porter aux yeux de sa divine Majesté qui la regarde. Mais pourquoy mourons nous de la mort spirituelle, puis que nous avons un remède si souverain ?

Ne laissez pas de vous confesser humblement et dévotement tous les huict jours : et tousjours quand vous communierez, encor que vous ne sentiez point en vostre conscience aucun reproche de péché mortel ; car par la confession vous ne recevez pas seulement l'absolution des péchez véniels que vous confesserez : mais aussi une

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grande force pour les esviter à l'advenir, une grande lumière pour les bien discerner, et une. grâce abondante pour effacer toute la perte qu'ils vous avoyent apportée. Vous pratiquerez la saincte vertu d'humilité, d'obeïssance, de simplicité, et de charité : et en ceste seule action de la confession vous exercerez plus de vertu qu'en nulle autre.

Ayes tousjours un vray desplaisir des péchez que vous confesserez pour petits qu'ils soyent, avec une ferme resolution de vous en corriger à l'advenir.

Plusieurs se confessans par coustume des péchez véniels, et comme par manière d'adjancement(a), sans penser nullement à s'en corriger, en demeurent toute leur vie chargez, et par ce moyen perdent beaucoup de biens et proffîts spirituels (b). Doncques si vous vous confessez d'avoir menty, quoy que sans nuisance, ou d'avoir dit quelque parolle desreglée, ou d'avoir trop joué, repentez vous en, et ayez ferme propos de vous en amender ; car c'est un abus de se confesser de quelque sorte de péché, soit mortel, soit véniel, sans vouloir s'en purger, puis que la Confession n'est instituée que pour cela.

Ne faictes(c) seulement ces accusations superflues que plusieurs font par routine. Je n'ay pas tant aimé Dieu que je devois, je n'ay pas prié avec tant de dévotion comme je devois, je n'ay pas chéri le prochain comme je devois, je n'ay pas receu les Sacremens avec la révérence que je devois, et telles semblables. La raison est, parce qu'en disant cela vous ne dites rien de particulier qui puisse faire entendre au Confesseur Testât de vostre conscience : d'autant que tous les Saincts de Paradis, et tous les hommes de la terre pourroient dire les mesmes choses s'ils se confessoient. Regardez doncques quel sujet particulier vous avez de faire ces accusations là : et lors que vous l'aurez découvert, accusez vous du manquement que vous aurez commis tout simplement et naïvement. Par exemple, vous vous accusez de n'avoir pas chery le prochain tant comme vous deviez : c'est peut estre, parce qu'ayant veu quelque pauvre fort nécessiteux que vous pouviez fort aisément secourir et consoler , vous n'en avez eu nul soing. Et bien, accusez vous doncques de ceste particularité, et dites : ayant veu un pauvre nécessiteux, je ne l'ay pas secouru comme je pouvois, par négligence, ou par dureté de cœur,

(a) d 'avancement — aU reste fde leur confession J

(b) proffits spirituels — r que les péchés venielz les empeschent de recevoir. J

( c) Ne faites jamais

Edition Princeps. Partie II. Chap. xiii. 83*

ou par mespris, selon que vous cognoistrez l'occasion de ceste faute. De mesme ne vous accusez pas de n'avoir pas prié Dieu avec telle dévotion comme vous devez : mais si vous avez eu des distractions volontaires, ou que vous ayez négligé de prendre le lieu, le temps, et la contenance requise, pour avoir l'attention en la prière, accusez vous en tout simplement, selon que vous treuverez y avoir manqué, sans alléguer ceste généralité, qui ne fait ny froid ny chaud en la confession.

Ne vous contentez pas de dire vos péchez véniels quant au fait, mais accusez vous du motif qui vous a induit à les commettre. Par exemple, ne vous contantez pas de dire que vous avez menty sans intéresser personne, mais dites si c'a esté ou par vaine gloire, afin de vous louer, et excuser, ou par vaine joye, ou par opiniastreté. Si vous avez péché à jouer, expliquez si c'a esté pour le désir du gain, ou pour le plaisir de la conversation, ainsi des autres : car encore que communément on ne soit pas obligé d'estre si pointileux en la déclaration des péchez véniels, et que mesme on ne soit pas tenu absolument de les confesser ; si est-ce que ceux qui veulent bien espurer leurs âmes pour mieux atteindre à la saincte dévotion, ils doivent estre soigneux de bien faire cognoistre au médecin spirituel, le mal pour petit qu'il soit, duquel ils veulent estre guéris. N'espargnez point de dire ce qui est requis pour bien faire entendre la qualité de vostre offence, comme seroit à dire, le sujet que vous avez eu de vous mettre en colère, ou de suporter quelqu'un en son vice : par exemple, un homme lequel me desplait, me dira quelque légère parolle pour rire : je le prendray en mauvaise part, et me mettray en colère. Que si un autre qui m'eust esté agréable en eut dit une plus aspre, je l'eusse prins en bonne part. Je n'espargneray donc point de dire : je me suis relâchée de dire des parolles de courroux, contre une personne ayant prins de luy en mauvaise part quelque parolle qu'il m'a dit, non point pour la qualité des parolles, mais parce que celuy là m'estoit désagréable : et s'il est encore besoing de particulariser les parolles pour vous bien déclarer, je pense qu'il seroit bon de les dire. Car s'accusant ainsi nay vement on ne découvre pas seulement les péchés qu'on a fait ; mais aussi les mauvaises inclinations, coustumes, habitudes, et autres racines du péché. Au moyen dequoy le Père spirituel prend une plus entière connoissance du cœur qu'il traitte, et des remèdes qui luy sont propres. Il faut neantmoins tousjours tenir couvert le tiers qui aura coopéré à vostre péché tant qu'il (d) sera possible.

(d) qu'il — vous

(e) Prenez garde à une quantité de péchez qui vivent et régnent bien souvant insensiblement dedans la conscience, affin que vous les confessiez (f), et que vous puissiez vous en purger : et à cest effet lisez diligemment le chapitre 39. et 45. de cette Partie (g). Ne changez pas aysement de Confesseur ; (h) mais en ayant choisi un, continuez à luy rendre conte de vostre conscience aux jours qui sont destinez pour cela, luy disant nayvement les péchez que vous aurez commis, et de temps en temps, comme seroit de mois en mois, ou de deux mois en deux mois dittes luy encore Testât de vos inclinations quoy que par icelles vous n'ayez pas péché. Comme si vous estes tourmentée de la tristesse , du chagrin , ou si vous estes portée à la joye, aux désirs d'acquérir des biens, et semblables inclinations.

(e) [Le Saint a résumé dans la première phrase de cet alinéa la leçon suivante, qui se trouve dans le Ms. aussi bien que le texte définitif. Cf. chap. xxxix.]

Prenes bien garde a un tas de certains péchés insensibles qui , comme renardeaux, démolissent la vigne de la conscience ; et néanmoins personne ne les confesse, ains personne ne les considère, sinon quil soit fort esclairé du Ciel et quil ayt Tla conscience] Tame fort douillette. J'en marqueray quelques uns : Topiniastreté en chose indifférente, par laquelle on Veut que son jugement propre soit préféré a celuy des autres, la curiosité de sçavoir la vie d'autruy, une certaine petite iniquité par laquelle on treuve mauvais tout ce que font ceux ausquelz l'on n'a pas de l'inclination ; au contraire , on treuve bon tout ce que font ceux a qui on a de l'inclination. On ne tient conte du pauvre quoy que vertueux, et au contraire on respecte le riche quoy que vicieux; on excuse toutes sortes de fautes en ceux que Ton ayme , et on aggrandit toutes les fautes de ceux que Ton n'ayme point; on contriste pour choses légères les uns, on est chagrin en leur amour, et ne peut on cesser de les piquer et heurter par diverses contradictions, reprehensions et mespris ; et au contraire on supporte, on console, on flatte sans rayson

( f ) vous les confessiez — ["bien purement J

(g) lise\ diligemment — le chap

(h) de Confesseur ; — je dis en cas que vostre directeur ne soit pas vostre confesseur :

Edition Princeps. Partie II. Chap. xiiii. 85*

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