‹ ŒuvresChapitre 208 sur 272 · DE L OBEISSANCE · texte numérisé non relu

DE L OBEISSANCE

CHAP. XVII

Il y a deux sortes d'obéissance, l'une nécessaire, et l'autre volontaire. Par la nécessaire vous devez humblement obeïr à vos supérieurs Ecclésiastiques, comme au Pape, à l'Evesque, au Curé, et à ceux qui sont commis de leur part. Vous devez obeïr à vos supérieurs politiques, c'est à dire, à vostre Prince et aux Magistrats qu'il a estably sur vostre pays : vous devez en fin obeïr à vos supérieurs domestiques, c'est à dire à vostre père, mère, mary, maistre, maistressc. Or ceste obéissance s'appelle nécessaire, parce que nul ne se peut exempter du devoir d'obeïr à ces supérieurs là, Dieu les ayant mis en authorité de commander et gouverner, chacun en ce

en Testât de perfection, mais tous, comnTil ne se voit que trop, ne sont pas en la perfection. TLe vœu sans doute rend ces vertus — I Tasches donques, o Philothee, de bien prattiquer ces trois vertus, selon leurs degrés; car encor que hors de la Religion elles ne puissent pas vous mettre en Testât de perfection, elles vous donneront néanmoins la perfection mesme, qui est ce que vous deves chercher, puisque chacun n'est pas appelle a Testât de perfection, mais il est bien dit a un chacun des enfans de Dieu : Soyes parfaitz ainsy que vostre Père céleste est parfait.

Commençons par l'obéissance. Obéisses a tous vos supérieurs, comme sont les princes, prelatz, père, mère, mari, maistre, confesseur, père spirituel et tous autres auxquelz Dieu veut que vous soyes sujette en quelque chose. f Obéisses a vos égaux, condescendant aysement a leur volonté. J Condescendes aysement a la volonté de vos semblables, cédant a leurs opinions en ce qui n'est point mauvais, sans estre contentieuse ni revesche. ["Obéisses aux inférieurs, vous accommodant a leurs désirs 1 Accommodes vous volontier aux

désirs des moindres, autant que la rayson le permet, sans user d'aucune authorité impérieuse sur eux, pendant qu'ilz sont bons.

Edition Princeps. Partie II. Chap. xvii.

qu'ils ont en charge sur nous. Faites doncques leurs commandemens, et cela est de nécessité ; mais pour estre parfaite suyvez encor leurs conseils, et mesme leurs désirs et inclinations, autant que la charité et prudence vous le permettra. Obéissez quand ils vous ordonneront chose agréable , comme de manger , prendre de la récréation : car encore qu'il semble que ce n'est pas grande vertu d'obéir en ce cas, ce seroit neantmoins un grand vice de désobéir. Obéissez es choses indifférentes, comme à porter tel ou tel habit, aller par un chemin ou par un autre, chanter ou se taire : et ce sera une obéissance desja fort recommandable. Obéissez en choses malaisées, aspres et dures, et ce sera une obéissance parfaite. Obéissez en fin doucement sans réplique , promptement sans retardation , gayement sans chagrin. Et sur tout obéissez amoureusement, pour l'amour de Celuy qui pour l'amour de vous s'est fait obéissant jusques à la mort et la mort de la Croix : et lequel, comme dit S. Bernard, ayma mieux perdre la vie que l'obéissance.

Pour apprendre aysement à obeïr aux Supérieurs, condescendez aysement à la volonté de vos semblables, cédant à leurs opinions en ce qui n'est mauvais, sans estre contentieuse ny revesche : accommodez vous volontiers aux désirs de vos inférieurs, autant que la raison le permettra, sans exercer aucune authorité impérieuse sur eux, tandis qu'ils sont bons.

Faites les commandemens des supérieurs, car vous y estes obligée, suives leurs conseilz et mesme leurs désirs et inclinations autant que la charité et prudence vous le permettra, (i) Obéisses quand ilz vous ordonneront chose aggreable, comme de manger, prendre de la récréation et choses semblables. Il semble qu'il n'y a pas grande vertu d'obéir en ce cas, mais il y auroit pourtant un grand vice a désobéir. Obéisses es choses indifférentes, comme a porter tel ou tel habit, aller par un chemin ou par un autre, chanter ou ne chanter point ; et ce degré d'obéissance est des-ja plus grand. Obéisses en choses malaysees, aspres et dures, et en ce point gist la perfection de l'obéissance. Obéisses en fin doucement sans réplique, promptement sans retardation, gayement sans chagrin ; en fin obéisses amoureusement et non servilement, en contemplation de Celuy qui pour l'amour de vous a obéi au Créateur et aux créatures jusques a la mort et la mort de la Croix.

Ceci regarde lobeissance générale ; disons un mot de la particulière. Nostre Sauveur fut mis en croix par ce quil le voulut ; y estant il y fut cloué, et persévéra jusques a la mort. Lobeissance cest la croix du cœur, car comme le cors perd ses playsirs par les tourmens, ainsy le cœur perd sa propre volonté par l'obéissance sous laquelle il ne ["vit plus selon son goust mais selon le goust d'autruy j veut plus ce quil veut, mais Jesuschrist veut

(i) Ici commence la page du Ms. reproduite en fac-similé en tête de ce volume.

94* Introduction a la Vie Dévote

C'est un abus de croire que si l'on estoit Religieux ou Religieuse on obeïroit aysement, si l'on se treuve difficile, et revesche à rendre obéissance à ceux que Dieu a mis sur nous.

Nous appelions obéissance volontaire, celle à laquelle nous nous obligeons par nostre propre élection, et laquelle ne nous est point imposée par autruy. On ne choisit pas pour l'ordinaire son Prince et son Evesque, son père et sa mère, ny mesme souvantesfois son mary ; mais on choisit bien son Confesseur, son directeur. Or soit qu'en le choisissant on face vœu d'obéir (comme il est dit que la mère Thérèse outre l'obéissance solemnellement vouée au supérieur de son Ordre, s'obligea par un vœu simple d'obeïr au père Gratien), ou que sans vœu on se dédie à l'obéissance de quelqu'un, tousjours cette obéissance s'apelle volontaire à raison de son fondement qui dépend de nostre volonté et élection.

(a) Il faut obeï'r à tous les supérieurs, à chacun neantmoins en ce dequoy il a charge de nous, comme en ce qui regarde la police, et les choses publiques, il faut obéir aux Princes et Magistrats, (b) aux Prelatz en ce qui regarde la police ecclésiastique, es choses domestiques (c) au père, au maistre, au mary : et quant à la conduite particulière de l'ame au directeur et Confesseur particulier.

en luy. T Par les autres vertus nous layssons le monde ou la chair, mais par celleci nous nous layssons nous mesmes pour lamour de Dieu. J Les religieux Tse clouent sur la croix par le vœu solemnel d'obéissance... sont cloués en croix de clouz de fer de lobeissance J sont cloués en la croix de lobeissance par des clouz de fer qui ne peuvent estre rompuz, par ce que la vouant solemnellement ilz demeurent obligés a icelle irrévocablement et indissolublement. Cest Tpourquoy ilz sontj ce qui les met en Testât parfait dobeissance.

Quelques uns au monde la vouent d'un vœu simple, et certes, ilz sont par ce moyen encor cloués sur leur croix fniais avec des clouz de bois... quoy que non pas tant indissolublement si serrés ni invariablement que les premiers. J avec des clouz de bois qui peuvent Tquoy que malaysementJ estre rompuz plus aysement que ceux de fer. Tel fut le vœu de la M. Thérèse par lequel, outre lobeissance solemnellement vouée aux supérieurs de son Ordre, elle s'obligea par un vœu simple dobeir f en toutes choses J au P. Gracian.

Les autres se dédient a l'obéissance par des certaines fortes resolutions quilz font de suivre ladvis et la conduite de quelqu'un, et ceux ci ne sont point cloués sur la croix de lobeissance, mais seulement liés, si quilz peuvent se deslier quand ilz veulent. Tous imitent l'obéissance de Nostre Seigneur, mais les uns plus, les autres moins.

(a) Il faut obéir Ta chacun selon le degré de supériorité qu'il tient sur nous... J

(b) et Magistrats, — fen ce qui regarde la police et choses ecclésiastiques il faut obéir J aux prelatz Tet supérieurs de l'Eglise, ainsy... J

(c ) domestiques — fa ceux qui en ont la charge en la mayson : J

Edition Princeps. Partie II. Chap. xviii. 95 *

Faites vous ordonner les actions de pieté que vous devés exercer par vostre Père spirituel, parce qu'elles en seront meilleures, et auront double grâce et bonté : l'une d'elles mesmes, puis qu'elles sont pieuses, et l'autre de l'obéissance qui les aura ordonnées, et en vertu de laquelle elles seront faites.

Page 1