DE LA CHASTETE, QU IL LA FAUT OBSERVER
CHAP. XVIII
(a) La chasteté est le lys des vertus : elle rend les hommes presque esgaux aux Anges. Rien n'est beau(b) que par la pureté, et la pureté des hommes c'est la chasteté. Tout ce qui luy est contraire se nomme souïlleure, ordure, vilenie : on appelle la chasteté honnesteté, et la profession (c) d'icelle, honneur ; elle s'apelle intégrité, et son contraire corruption. Bref la chasteté a sa gloire tout à part, d'estre la belle et blanche (d) vertu de l'ame et du corps.
Il n'est jamais permis de tirer aucun impudique plaisir de nos corps, sinon en un légitime mariage, duquel la saincteté puisse par une juste compensation reparer le déchet qui se reçoit par la délectation. Et encore au Mariage faut-il observer l'honnesteté de l'intention, afin que s'il y a quelque messeance en la volupté qu'on exerce, il n'y aye rien que d'honnesteté en (e) la volonté qui l'exerce.
La chasteté est comme la mère perle, qui ne peut recevoir aucune goutte d'eau qui ne vienne du ciel ; car elle ne peut recevoir aucun plaisir que celuy du Mariage, qui est ordonné du Ciel. Hors (f ) de là, il n'est pas permis seulement d'y penser d'une pensée arrestée , volontaire, et entretenue, (.g )
(a) fil n'est pas besoin, Philothee, que je vous presche les louanges dej
(b) aux Anges ; — car rien n'est beau p ce semble en ce monde J
(c) possession
(d) et Hanche — ("robbe de l'ame et...J
(e) rien que — d'honneste en r l'intention. J (f ) Hors — n'enclos des lois du Mariage... J
(g) entretenue. — TNos cors sont sacrés, Philothee, il n'est pas loysible de les employer sinon aux usages sacrés : c'est pourquoy, si le Mariage n'estoit pas sacré, ou par l'institution de Nostre Seigneur qui l'a rendu Sacrement, ou par
96* Introduction a la Vie Dévote
Pour le premier degré de cette vertu, gardés vous, Philothee, d'admettre aucune sorte de volupté qui soit prohibée et défendue. Pour le second, retranchés, tant qu'il vous sera possible les délectations inutiles et superflues, quoy que loisibles et non défendues : pour le troisiesme n'attachés point vostre affection aux plaisirs et voluptés, qui vous sont commandées et ordonnées. Car bien qu'il faille pratiquer les délectations nécessaires, c'est à dire celles qui dépendent du sainct Mariage, si ne faut il pas pourtant jamais y attacher le cœur et l'esprit.
Il y a quelque similitude entre les voluptés impudiques, et celles du boire et manger : car toutes deux regardent la chair, bien que les premières à raison de leur véhémence brutalle, s'appellent simplement charnelles. J'expliqueray doncques ce que je ne puis dire des unes, par ce que je diray des autres, mais je ne parle qu'aux mariez. Pour conserver la personne, le manger est ordonné (h) ; et l'on fait les mariages pour multiplier les personnes, et conserver le genre humain. Or(0 manger pour conserver la vie c'est chose bonne, saincte, et commandée; manger, non point pour conserver la vie, mais pour conserver la juste conversation que nous devons à nostre famille, c'est chose honneste et juste : manger par simple plaisir sans excez, c'est chose tolerable, non pas toutefois louable ; mais manger avec excès, selon que l'excès est grand ou petit, c'est chose ou plus ou moins vituperable ; et l'excès du manger et du boire ne consiste pas seulement en la quantité, et à trop manger, mais aussi en la façon et manière de manger. Or les mesmes considérations doivent estre faittes pour les voluptés charnelles entre les maryez, qui seuls en peuvent user, je dis user sans en abuser.
la bénédiction que Dieu luy donna en la création, on ne pourroit pas loysiblement permettre qu'ilz fussent touchés d'aucuns attouchemens voluptueux. J (h) qu'aux marie^. — On mange pour conserver la personne ( i ) Or — fnous ne pouvons refuser de boire et de manger. J
Edition Princeps. Partie II. Chap. xviiii. 97 *