‹ ŒuvresChapitre 215 sur 272 · DES INJURES · texte numérisé non relu

DES INJURES

CHAP. XXVII

Gardez vous des parolles injurieuses, pour petites qu'elles soient. Qui dira à son frère, sot, dit nostre Seigneur, il sera coulpable du feu d'enfer. Il est permis de corriger les inférieurs avec des parolles aspres et dures, en leur reprochant leur vie et leurs vices, comme l'Apostre S. Paul ne fait nulle difficulté d'apeller les Galates insensés ; et S. Jean Baptiste les Juifs engeance de vipères, et lors ces parolles aspres ne tiennent pas lieu d'injure, ains de correction : et n'ont pas leur origine de l'ire, mais de la charité et du zèle. Or on en peut user ainsi avec les inférieurs : mais si vous me croyez, Philothée, ce sera si peu souvent, que l'on connoisse bien que ce n'est pas d'un esprit injurieux que ces parolles sortent de vostre bouche. Que si vous pouvés absolument n'en point dire, ce sera chose beaucoup meilleure, à raison du danger qu'il y a de mesprendre entre nous autres, qui ne sommes pas parfaits comme saint Jean Baptiste, et saint Paul : et puis la vérité est que si l'esprit de Dieu ne fait dire telles paroles, comme il faisoit en eux, elles n'apportent nulle sorte de correction. Si je dis à un inférieur, vous estes un sot, ou une beste, il interprétera ces mots à cholere, non pas à correction ; si que il n'en fera nullement son proffit : mais si je luy remonstre sa faute avec des paroles roides et fermes, sans tesmoignage de courroux, il s'en rendra plus aysement.

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