‹ ŒuvresChapitre 220 sur 272 · DES JEUX DE PAROLES · texte numérisé non relu

DES JEUX DE PAROLES

CHAP. XXXIIII

Mais quant aux jeux de paroles qui se font des uns aux autres, avec une modeste gayeté et joyeuseté, ils appartiennent à la vertu nommée Eutrapelie par les Grecs, et que nous pouvons appeller bonne conversation ; et par iceux on prend une honneste et amiable récréation sur les occasions frivoles, que les imperfections humaines fournissent : il se faut seulement garder de passer de cette honneste joyeuseté à la moquerie. Or la moquerie provoque à rire, par mespris, et contemnement du prochain : mais la gayeté et gausserie, provoque à rire par une simple liberté, confiance et familière franchise conjointe

n'est plus récréation, c'est occupation ; et que ce soit rarement, car les récréations ne doivent pas estre exercices ordinaires. Et ces trois mesmes conditions doivent estre observées es autres jeux, qui d'eux mesmes sont loysibles.

( 1 ) Quant aux danses, elles ne sont pas de leu r nature si mauvaises que le jeu des cartes et des dés ; elles sont néanmoins extrêmement dangereuses a rayson de l'ordinaire vanité que chacun y porte a l'envi, laquelle est une si grande disposition aux mauvaises amours qu'aysement elles s'engendrent au bal. Vous diray-je ma pensée, Philothee? il faut prendre ces récréations dangereuses comme l'on mange les potirons ou champignons. Les potirons ne sont pas un poison, mais entre les viandes dangereuses, ilz tiennent le premier rang : ainsy ces passetems.

( 1 ) Pour cet alinéa, voir le texte, pp. 119*, 120*.

124* Introduction a la Vie Dévote

à la gentillesse de quelque mot. Saint Louys quand des Religieux vouloient luy parler de choses relevées après disner : Il n'est pas temps d'alléguer, disoit il, mais de se recréer par quelque joyeuseté et quolibets ; que chacun die ce qu'il voudra honnestement : ce qu'il disoit, favorisant la noblesse qui estoit autour de luy pour recevoir des caresses de sa Majesté. Mais, Philothee, passons tellement le temps par récréation, que nous conservions la sainte éternité par dévotion.

Page 1