DES AMOURETTES
(a) Quand ces amitiés folastres se prattiquent entre gens de divers sexe, et sans prétention du mariage , elles s'appellent amourettes, car n'estans que certains avortons, ou plustost fantosmes d'amitié, elles ne peuvent porter le nom ni d'amitié, ni d'amour, pour leur incomparable vanité et imperfection. Or, par icelles, les cœurs des hommes et des femmes demeurent pris et engagés et entrelacés les uns avec les autres en vaines et folles affections, fondées sur ces frivoles communications et chetifz aggreemens desquelz je viens de parler. Et bien que ces sottes amours vont ordinairement fondre et s'abismer en des charnalités et lascivetés fort vilaines, si est ce que ce n'est pas le premier dessein de ceux qui les exercent; autrement ce ne seroyent plus amourettes, ains impudicités manifestes. Hz se passeront mesme quelquefois plusieurs années sans qu'il arrive , entre ceux qui sont atteins de cette folie, aucune chose qui soit directement contraire a la chasteté du cors, iceux s'arrestans seulement a détremper leurs cœurs en
(a) [Avec la leçon du Ms. correspondant au texte, il existe une ébauche de ce chapitre, qui est reproduite intégralement ici. ]
Il y a des certains avortons, ou plustost fantosmes d'amitié qui pour leur incomparable vanité et imperfection ne peuvent porter le nom ni d'amour ni d'amitié, ains seulement celuy d'amourettes. Ce sont certaines vaines, folles, folastres affections par lesquelles les cœurs des personnes de divers sexe s'entretiennent, pris, engagés et entrelncés les uns avec les autres. Ces folles affections vont fondre et aboutissent pour l'ordinaire en des charnalités et lascivetés fort vilaines; néanmoins ce n'est pas le premier dessein de ceux qui les prattiquent, autrement ce ne seroient plus amourettes ains impudicités et paillardises.
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souhaitz, désirs, souspirs, muguetteries et autres telles niaiseries et vanités, et ce pour diverses prétentions.
Les uns n'ont d'autre dessein que d'assouvir leurs cœurs a donner et recevoir de l'amour, suivans en cela leur inclination amoureuse, et ceux ci ne regardent a rien pour le choix de leurs amours sinon a leur goust et instinct, si qu'a la rencontre d'un sujet aggreable, sans examiner l'intérieur ni les deportemens d'iceluy, ilz commenceront cette communication d'amourettes et se fourreront dedans les misérables filetz desquelz par après ilz auront peyne de sortir. Les autres se laissent aller a cela par vanité, leur estant advis que ce ne soit pas peu de gloire de prendre et lier les cœurs par amour ; et ceux ci, faysant leur élection pour la gloire, dressent leurs pièges et tendent leurs toyles en des lieux spécieux, relevés, rares et illustres. Les autres sont portés et par leur inclination amoureuse et par la vanité tout ensemble, car encores qu'ilz ayent le cœur contourné a l'amour, si ne veulent-ilz pourtant pas en prendre qu'avec quelque advantage de gloire.
r Leurs premiers desseins doriques sont divers : les uns prœtendent d'assovir leurs cœurs a donner et recevoir de l'amour, leurs yeux a s'entreregarder, leurs espritz a s'entrecommuniquer leurs pensées, leurs cogitations, lestime réciproque qu'ilz font l'un de l'autre; et tout cela a leur advis sans autre prétention de leur costé. Je dis de leur costé, parce que le Diable a tousjours un dessein dangereux et pernicieux sur ces maudites amourettes. J
Les desseins sont donques divers en ce sujet. Les uns praetendent simplement d'assovir leurs cœurs a donner et recevoir de l'amour, a quoy fleurs inclinations les portent par ce qu'ilz sont de complexion amoureuse... J leur inclination amoureuse les porte; et ceux ci ne regardent a rien pour le choix du sujet de leurs amourettes fsinon a leur goust et a TinstinctJ , ains a la première rencontre d'un objet a leur gré se vont fourrer dedans les filetz et se rendent d'autant plus misérables en ce malheur, quilz Tsont fermes et ahurtésj ont l'esprit ferme et invariable. Les autres se laissent porter a cela par la vanité, leur estant bien advis que ce ne soit pas peu de gloire de prendre et lier les cœurs par amour ; et ceux ci, faysant leurs élections pour la gloire, s'attaquent a des sujetz spécieux, relevés et illustres s'ilz peuvent, et f fourrent, tendent leurs toyles... J mettent leurs amorces tous-jours en haut lieu, la ou les premiers se contentent de tout, pourveu quil revienne a leur gré. Les autres sont conduitz et par la complexion amoureuse et par la vanité tout ensemble, car encor quilz ayent le cœur tourné a l'amour, si ne veulent-ilz se prendre qu'avec l'advantage de la gloire.
Troisiesme Partie. Chapitre xviii. 199
Ces amitiés sont toutes mauvaises, folles et vaines : mauvaises, d'autant qu'elles aboutissent et se terminent en fin au péché de la chair, et qu'elles desrobent l'amour et par conséquent le cœur a Dieu, a la femme et au mari, a qui il estoit deu ; folles, parce qu'elles n'ont ni fondement ni rayson; vaines, parce qu'elles ne rendent aucun proufnt, ni honneur, ni contentement. Au contraire elles perdent le tems , embarrassent l'honneur, sans donner aucun playsir que celuy d'un empressement de prétendre et espérer, sans sçavoir ce qu'on veut ni qu'on prétend. Car il est tous-jours advis a ces chetifz et foibles espritz qu'il y a je ne sçai quoy a désirer es tesmoignages qu'on leur rend de l'amour réciproque, et ne sçauroyent dire que c'est ; dont leur désir ne peut finir, mays va tous-jours pressant leur cœur de perpétuelles défiances, jalousies et inquiétudes.
Saint Grégoire Nazianzene, escrivant contre les femmes vaynes, dit merveilles sur ce sujet; en voyci une petite pièce* qu'il addresse voyrement aux femmes, *Carm.,l. I, sectio
mais bonne encores pour les hommes : « la naturelle beauté suffit pour ton mari ; que si elle est pour plusieurs hommes, comme un filet tendu pour une troupe d'oyseaux, qu'en arrivera-il ? celuy la te plaira qui se plaira en ta beauté, tu rendras œillade pour œillade, regard pour regard ; soudain suivront les sousris et petitz motz d'amour, laschés a la desrobee pour le commencement, mais bientost on s'apprivoisera et passera-on a la cajolerie manifeste. Garde bien, o ma langue parleuse , de dire ce qui arrivera par après ; si diray-je néanmoins encor cette vérité : rien de tout ce que les jeunes gens et les femmes disent ou font ensemble en ces
Je laiss'a part ceux qui regardent les presens, car ceux la sont des âmes absolument perdues.
fAh que je souhaiterois de pouvoir dignement détester cet infâme amusement; Philothee, c'est la peste des cœurs et le jouet des cours ; c'est le malheur des âmes, et la ruine de toutes leurs facultés. J Tout cela, Philothee, est un très infâme amusement ; c'est le jouet des cours, mais la peste des cœurs. Helas, on s'y engage par imprudence, et on le poursuit avec
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folles complaisances n'est exempt de grans esguillons. Tous les fatras d'amourettes se tiennent l'un a l'autre et s'entresuivent tous, ne plus ne moins qu'un fer tiré par l'ajnnant en tire plusieurs autres consécutivement. »
O qu'il dit bien, ce grand Evesque : Que penses-vous
faire? Donner de l'amour, non pas? Mais personne n'en
donne volontairement qui n'en prenne nécessairement;
qui prend est pris en ce jeu. L'herbe aproxis reçoit et
•Plin., Hist. nat., conçoit le feu aussi tost qu'elle le void* : nos cœurs en