LETTRE III
Le marquis Civïtell» , qui nminienam est entièrement gnérï de ses blessures, s'ust lait présenter au prince, la semaine dernière, par son oncle le cardinal, el depuis ce moment il le suit comme son ombre. Sur ce marquis , Hiondeilo ne m'a pourtant pas dit la Vérité, oudumoinsill'a fort exagérée. C'est un homme d'un extérieur tris-aimable, et dont le commerce est d'un attrait inr.-isliljk:. Il n'est \\m |vi»;h^ lie liîi i;n l'iuiloir : le premier coup d'ceil m'a subjugué. Imaginez la téte la plus charmante, une attitude digne et gracieuse; une physionomie pleine d'esprit et d'ime, un air ouvert et prévenant, une voix insinuante, l'éloquence la plus facile, la plus florissante jeunesse unie à toutes les grâces de IY-dm\i1ion la plus distinguée.
Il i, i rii-o ■'l'ioi-»l ■'■ ' ■■'>.-■■' ■! 1- ■' ■!.* i -I' t • •■•<■!■ ijr
solennelle, qui nous sont si insupportables chez les autres nobiii. Tout en lui respire la juie cordiale du la jeunesse, la bienveillance, la chaleur de sentiment. On doit m'avoir beaucoup exagéré ses escés : je ne vis jamais une plus parfaite et plus belle image de la sauté. S'il est réellement aussi pervers que
le dit Riondello, c'est une Sirène à laquelle personne ne pci.t résister.
11 a été tout dation! très-franc avec moi. Il in'a avoué, avec la
plus aimable siin-r-i iti', qu'il n'est pas pai-(" i i U-ji 11 ■ ri I nntéelnv son oncle lu cardinal, et que cela pourrait bien être sa failli;; mais qu'il est sérieusement résolu de s'amender, et que tout le mérite en re viendra au prince. Il espère en même temps se réconcilier par son moyeu avec son oncle, parce que le prince peut
,,,, i.. . ,i .1 || m l.i ,|. . ji, |.i . . . , ..,r pi
guide et nu ami ; et il compte trouver l'un et l'autre ilaus mun maître.
Ce dernier use en elt'et a son égard de tous les droits d'un guide, et le traite avec ln vi^ilnurv et la sévérité (i'un mentor; niais ces rapports mêmes donnent aussi h Civilclla certains droits sur le prince, qu'il sait très-bien faire valoir. Il ne le quille plus, il esl de (unies les parties auxquelles celui-ci prend
et l'attirer à lui. On dit que personne, jusqu'ici, n'a su le dompter, et que monseigneur aura (hit un miracle et méritera une légende, al celte œuvre de géant lui réussit. Mais plutôt je crains fort que les rôles ne soient intervertis, et que le maître n'aille à l'école chez son élève : c'est a quoi toutes les circonstances
Le prince de "il" est parti, et, en vérité, c'est à notre salisfaction à tous, sans excepter même noire maître. Ce que j'avais prédit, très-cher comte, est justement arrivé. Avec des caractères si opposés, avec des collisions tellement inévitables, celte bonne intelligence ne pouvait durer. Le prince de "d" n'était pas depuis !i.n(:tenipj à Venise, que déjà une grave scission dans la société des ^eu.- d'esprit avait mis le prince en danger de perdre la moitié de ses admirateurs. Eu quelque lieu qu'il se montrât, il trouvait sur sou chemin ce rival, qui possédait justement la dose de petites ruses el de vanité présomptueuse, propre à faire valoir le moindre avantage que le prince lui donnait. Comme il avait d'ailleurs a sa disposition tous les petits nrtiliees dont un noble orgueil inier-
LE V1S10NNAJRS. 83 disait l'usa^cc dernier, il ne pouvait manquer d'avoir eu pt'.u de temps du son coté les esprits faibles i-t di- brillera laléted'un parti digue de lui ', Le plus srigi- aurait été assurément du ne s'engager dans aucune lune avec un tel adversaire, ut, quelques mots plus tilt, le prince aurait ceriahiemen] pris ce parti. Maiulenant il élail di^jà entraîné trop loin dans le torrent , pour être un état de regagner si tilt le bord. Ces misères avaient acquis pour lui , ne fùt-cu que par la force dus circonstances , une certaine valeur, et les efit-il réellement dédaignées , son orgueil ne lui permettait pas de cesser d'en lenir eomple, dans un momeiil où (.ïindescendaiitv aurait passé muins j.mir une ir.-iilution libre que pour un aveu de sa défaite. A cela s'ajoutèrent des deux eûtes les malheureux rapports laits Je l'un à l'autre du paroles blessantes , et l'esprit de rivalité qui échauffait les partisans de notre maître l'avait lui-même saisi. Aussi, pour conserver ses conquêtes, pour se niainlenir à la place, plissante que l'opinion du monde lui avait assignée , il crut devoir multiplier les occasions de briller et d'obliger , et il ne pouvait j réussir que "par une dépense royale : de là des îéles et des banquets perpétuels, dus concerts dispendieux, des présenls el un grand jeu. Et comme cette fureur étrange se communiqua bientôt ans
vous le savez , d'Ctre encore beaucoup plus éveilles que leurs maîtres sur l'article du point d'honneur, il lui fallut venir en aide, par sa libéralité, à la bonne volonté de ses gens. Long enchaînement de misères, qui [entes étaient les suites inévitables -d'une seule faiblesse, assuï pardonnante, par laquelle lu prince s'est laissé surprendre dans un moment malheureux I
Nous sommes, il est vrai, maintenant délivrés du rival, mais le mal qu'il a fait n'est pas si facile à réparer. La casselte du prince est épuisée; ce qu'il avait épargné depuis des années par une sage économie est dissipé : il faut qu'il se bdlc du
quitter Venise, s'il ne veut pas se- plonger dans les dettes, dont il s'est gardrt jusqu'ici a un: le plus firand soin. Aussi somuiesnons riTmenient résulus de partir aussitôt que nous aurons de nouvelles lettres de change.
fasse encore, si toute cette dépense avait valu A mon maître une seule joie! Mais il ne fut jamais moins brunux que niaintenant. Usent qu'il n'est plus ce qu'il était.... Il se cherche luimi'uuf.. . Il iis-'L'uitliriil de Itit-'ii'ïmc, ri se plonge dans (le nouvelles dis>ipalir)ii> pour t-i-f i ;i|>f»"i" ain suites des premières. Les nouvelles connaissances se succèdent sans interruption, et l'entraînent toujours plus avant. Je ne vois pas comment cela tinira. 11 faut partir.... c'est l'unique moyen de salut.... il nous faut quitter Venise.
Mais, très-cher ami, pas encore une seule ligne de vous! Comment dois -je [n'expliquer ce long et obstiné silencel
LE BARON DE F" AU COMTE D'O"