LETTRE IV
Je vous remercie, très-cher ami, pour la marque Je souvenir que le jeune U*"hl m'a apporlre du vuu*. Mais que me parlezvous de lettres que je dois avoir reçues! Je n'ai reçu aucune lettre de vous, pas une ligne. Quel longdétour il faut qu'elles aient pris! A l'avenir, (rfs-cher O", quand vous m'honorerez de vos lettres, envoye/.-k'S par Tronic, et à l'adresse de mon prince.
Enfin, très-cher ami, il nous a pourtant fallu faire le pas que nous avions jusqu'à présent si heureusement évité. Les lettres de cliarige ne sont pas arrivées; c'est dans ce besoin ai pressant que , pour la première fois, elles ne sont pas arrivées, et nous avons été contraints île recourir à u-i usurier, parce que le prince prélire payer un peu plus cher, pour être sûr du secret. Ce qu'il y a du plus l'ikheux djus ci; rli'-sa^rablc iui:iili'ut. c'est qu'il retardenotre départ.
A cette occasion, nous en sommes venus, le prince et moi, a quelques explications. Tout s'était fait par les mains de lliondello, et le juif était là avant que J'en soupçonnasse quelque chose. Voir le prince réduit à cette extrémité m'a serré lecœur,
craintes de l'avenir, en sorli- quo pu, je l'avoue, pnrailre un peu morose et sombre quand l'usurier fui sorti. Le prince, que la scène précédente avait d'ailleurs rendu très-irritable, allait et venait avec humeur dans la chambre; les rouleau* étaient encore sur la laide; je nie tenais à la fenêtre, occupé à compter les carreaux de vilre île la Prûcuratic. Il y eut un long sï-
» !■'"', iiil' ilit-il, ji' ni- puis ~i ■iil!"i-î i- les i isaues .-oinluvs au-
Je gardai le silence.
« Pourquoi ne me répondez-vous pas!,.. Ke vois-je pas que le besoin d'épancher votre mécontentement vous oppresse le cienr! Je veux que vous parliez. Sans cela vous pourriez croire que vous me taisez Liu'U sail quelles merveilles de sagesse!
— Si je suis triste, monseigneur, lui dis-je, c'est seulement parce que je no vous vois pas gai.
— Je sais, poursuivit-il, que je ne suis pas à votre gré.... depuis fort longtemps — que tontes mes démarches sont désapprouvées.... que... Que vous écrit le comte d'O"!
— I* comte d'O" ne m'a rien écrit.
— IUenî... Pourquoi voulez-vous le nier? Vous avez des épanchemenls entre vous.!., vous et le comte! je le sais fort bien.... Mais avouez-le-moi toujours. Je ne me jetterai pas dans
— Le comte d'O", lui dis-je, est encore ,i répondre à la. première des trois lettres que je lui ai écrites.
— J'ai eu tort, n'est-ce pas! poursuivit-il en prenant un rouleau, .le n'aurais pas du faire cela!
— Je vois bien que cela f'-iait nécessaire.
— Je n'aurais jamais dû me mettre dans celle nécessité. •
. Sans doute! J'aurais dû ne porter jamais mes désirs au delà d'une certaine liruile, et arriver ainsi a la vieillesse, comme je suis arrivé à l'Age viril. Parce que je sors une fois de la triste uniformité de ma vie et que je regarde autour de moi pour voir si ailleurs il ne jaillirait pas quelque part une source de jouissance... Parce que je....
— Si c'était un essai, monseigneur, alors je n'ai plus rien à dire... Alors l'expi'Tii'iice qu'il vous aura jiriicnrée , vous eùt-
— Je vous félicite de pouvoir la mépriser, l'opinion du monde: Je suis sa créature, je dois être son esclave. L'opinion I sommes-nous autiv rliux 1 '.' V.n nmis .■iinii - princes tout est opinion. L'opinion est notre nourrice et noire gouvernante dans l'enfance, notre législatrice, et notre amante dans l'âge viril, notre béquille dans la vieillesse, lté tranchez- nous ce que nous tenons de l'opinion, et le àYrnir'i- homme des antres conditions' est mieux partagé que nous, parce que son destin lui a du moins fait une philosophie pour ce destin. Un prince qui se ril de l'opinion se supprime lui-même, comme le prêtre qui nie l'existence d'un Dieu.
— Et cependant, monseigneur....
— Je sais ce que vous voulez dire : je puis franchir le cercle que ma naissance a tracé autour de moi; mais puis-jo déraciner aussi de ma mémoire toutes les illusions que l'éducation et li ' [iivTiii'Tfs habitudes y ont plantées et que cent mille têtes
aime après tout à '-tre tout ii tait ce qu'il est, cl notre existence a nous est, il faut bien le dire, de paraître heureux. Parce que nous ne pouvons l'étro à votre manière, faut-il pour cela que nous ne le soyons pas du tout? Si nous ne pouvons plus puiser immédiatement la joie à sa source pure, nous est-il interdit aussi de nous abuser par une jouissance factice? Ne pouvonsnous recevoir de la main même qui nous a dépouillés un faible « l< '-iio m maternent?
— Autrefois vous le trouviez dans votre propre eccur,
— Et si je ne l'y trouve plus maintenant?... Oh! comment en sommes-nous venus à parler de cela? Qu'aviez- vous besoin de réveiller en moi ces souvenirs?... Si j'ai cherché précisément jnon refuge dans ce tumulte des sens, pour rfimrdir une vois
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