‹ Œuvres de Schiller Mélanges de Schiller preécédés du Visionnaire. 7Chapitre 3 sur 95 · I.i cikua -Mer si loin.. l'I'emi&rc éJilinji · texte numérisé non relu

I.i cikua -Mer si loin.. l'I'emi&rc éJilinji

■J. Au Lieu 'les mois ■ i'.lm ou rclai en .-.ycc. I- a:(i:n! u îles esprits.. \.i rTc:niÎTC

million nsimptcnienl dr'ti.-csla • , el au lieu d'à auiratoia, . on y Ul ».le Mut

l'évo favori, et, depuis celle pn'iniric appariliiiu de l'Arménien, toutes les idées que sa raison plus mûre 1 avait jusque-là écartées s'étaient réveillées chez lui. Il prit le Sicilien à part, el je l'entendis conférer très-sérieusement avec lui.

« Vous avez devant vous, poursuivit-il, un homme qui brûle d'impatience d'arriver dans cette matière importante à une conviction. J'embrasserais comme mon bienfaiteur, comme mon meilleur ami, celui qui dissiperait mes doutes b. ce sujet, et qui tirerait le \oile de devant mes yeux.... Voulez-vous me rendre ce grand service ï

— Que demandez- vous de moi? ditle magicien avec hésitation.

— Pour le moment, rien qu'une preuve de votre art. Faitesmoi voir une apparition.

-A quoi celaméncra-t-ilï

— Vous pourrez jucer ensuite , quand tous me connaîtrez

y a dans votre physionomie une puissance setrète^que vous ne

vous-même'. Vous pouvez disposer absolument de tout mon pouvoir.... mais....

— Eh bien, faites-moi voir une apparition.

— Mais il faut d'abord que je sois sûr que vous no me faites pas celte demande par curiosité. Quoique les puissances invisibles soient dans une certaine mesure à mes ordres, c'est sous la condition sacrée que je ne profanerai pas les saints secrets 1 , que je n'abuserai pas do mon pouvoir.

— Mes internions sont les plus pures. Je cherche la vérité. . A ce moment, ils quittèrent leur place, et s'approchèrent

d'une fenêtre éloignée, où je' ne pus les entendre davantage. L'Anglais , qui avait écouté comme moi cette conversation , me prit ï part.

• Votre prince esl un noble cœur. Je suis affligé qu'il se commette avec un imposteur'.

- Il faut voir d'abord, lui K'pori<lis-je, comment notre homme se tirera de celle affaire

— Savez-vousï me ilit l'Anglais. Le pauvre diable fait à présent le renchéri : il ne fera pas étalage île son art avant d'avoir entendu sonner Tarant. Nous sommes neuf : Taisons une collecte, et séduisons-le par un beau prix". Cela lui cassera le cou et ouvrira les' yeux a votre prince.

— Je le veu\ bien. ■

L'Anglais jela siv guinées sur uiit! assiette, et fit une quête a la ronde. Chacun donna quelques louis ; le Russe parut surtout s'intéresser extrêmement à notre proposition, il mit sur l'assiette une baiiknote île ceul sequius, prodigalité dont l'Anglais fut surpris'. Nous portâmes la collecte au prince. * Ayez la lnHilé, dit l'Anglais, île parler en notre faveur à ce monsieur, afin qu'il nous fasse voirune preuve de son art, et qu'il accepte cette petite marque de notre reconnaissance. » Le prince milen-

qui réfléchit quelques secondes. . Mes bienveillants seigneurs, dit-il ensuite, celte générosité me rend confus. Il parait que vous me méconnaissez, mais je code a votre désir 1 . Votre vœu sera rempli (à ces mots il tira le cordon d'une sonnette). Quant à cet or, auquel je n'ai mni-tr.é:oe iiucun droit , vous me permettrez de le déposer pour œuvres pies dans le plus proche couvent de Bénédictins. Cet anneau, je le garde comme un précieui souvenir, qui me rappellera le plus digne des princes.*

A ce moment entra l'hôte, auquel il remit aussitôt l'argent.

« Et pourtant c'est un coquin, me dit l'Anglais à l'oreille. Il refuse l'argent parce que le prince est maintenant pour lui de plus grande conséquence.

— Ou que l'hôte comprend sa commission, ■ dit un autre'.

■ Qui demandez-vous *î ■ ilit alors au prince la magicien.

Le prince se recueillit un instant : • Plutôt un grand homme

— C'est Iflelieux, dit l'Anglais. IViiK-tn) anrions-iLOus appris de lui de quelle maladie il est mort.

— Lu marquis do Lanoy, reprit alors le prince, brigadier français dans la dernière guerre', était mon plus intime ami. A la bataille d'Haslmbcck il reçut une blessure mortelle. On l'apporta dans ma fwile, où il mourut bioiil'M .'iprés dans mes bras. Comme il luttait déjà avec la mort, il me lit signe d'approcher: « Prince, me dit-il, je ne reverrai pris ma pairie : apprenez, donc • un secret dont personne que moi n'a connaissance. Dans a un couvenl, & la IriuilU'iu de Flandre, vit une. .. » A. ce mol il expira. La main de la mort coupa le fil de son discours : je voudrais le voir ici, et entendre la suite.

— C'est beaucoup demander, par Uicul s'écria l'Anglais. Je vous proclame un autre Salomon', si vous résolvez ce problème. ■

Nous admirâmes le choix ingénieux du prince, et nous y donnâmes tout d'une voir notre approbation. Cependant le magicien allait et venait à grands pas, et paraissait indécis et combattu on lui-même.

■ Et c'est la tout ce que le mourant vous a confié ?

— Tout.

— Elles furent toutes inutiles.

— Le marquis de Lanoy avait- il vécu sans reproches?... Je ne puis évoquer toute sorte de morts.

■ — li est mortavec le repentir des égarements de sa jeunesse.

— Portez- vous peut-être quelque souvenir de lui!

t. Celle pbrsso manque dini la première Édition. ■ ■!. .Que ilgmanJei-vmiiT» (Première eJiuon.) 3. . rjam4i guerre de sept un ■ ITbalil.)

i,. « Je \o m proclame le plus gr™! ariLiie ilu gloL>e. t (Creimire OJil'Wi.)

— Ouï. (Le prince portait en effet sur lui une tabatière, où se trouvait sur émail le portrait en miniature du marquis, et qui avait été posée sue- la table ,'[ nité île lui.)

— Je ne demande pas de savoir ce que c'est.... Laissez-moi seul. Vous verrez le défunt. ■

Nous.fùmes priés ili: nmis rendre dans l'autre pavillon jusqu'à ce qu'il nous apprl.il. Aussitôt il lit ivlircr'tousles meubles de la salle, enlever les fenêtres, et fermer avec le plus grand soin les volets. 11 ordonna A l'hdte, avec qui il paraissait être familier, d'apporter un vase avec dos eharbons ardents, et d'éteindre soi-

sortk', il il i: manda ;ï eU/iiruT] i.!e nous -.1 pirek' d'il mineur i\c.çnrder un éternel silence sur ce que nous allions voir el entendre. Derriereuous,toutesleschambiesdi pai illonnuvnt ■, i t-r-i ju i 1 ] l'-t-^ .

11 était plus de onze heures, et un profond silence ■ régnait dans toute la maison. Au moment où nous sortions, le Russe me demanda si nous avions sur nous des pistolets chargés. ■ A quoi lion? lui dis-je. — ("est ;■ tout iiasiu'ii, r'e;irit-il. Allou.ief

un instanlje vais y pourvoir. ■ II s'éloigna. Le baron de F""' et moi, nous ouvrîmes uns ternît re, qui donnait sur le pavillon en face, et il nous sembla entendre deux hommes chuchoter ensemble, et unbruit comme si l'on appuyait une échelle. Mais ce It'-ISJl 'j'i '10- înpf." iU'-i'. • 1J" •• I» 'J-'Lii* r [ -'il i- ii-

dée. Le Russe revint avec une paire de pistolets, après une demiheure d'absence. Nous le vîmes ks dnr.u'er à bail.'. U i-tait etn i ron deux heures, quand le magicien reparut, et nous annonça que le moment était venu. Avant d'entrer, nous fumes invités à ùter nos souliers, et k ne garder que la chemise, les bas et les chausses. On tira les verrous derrière nous comme la première

Quand nous rentrâmes dans la salle, nous y trouvâmes un grand cercle tracé au cliru-liou, qui pouvait nous contenir aisément tous les dix. Tout autour, le long des quatre murs de la chambre, on avait enlevé le parquet, en sorte que nous étions comme dans une Ile. Un autel, couvert de drap noir, était

1 . Un silence (!e mari. . [PremlSre êiiilion.) î. . Le chambellan do f". . (TftaKf.1

dressé au milieu du cercle, et sous l'autel on avait étendu un lapis lie satin rouge. Luc bible ''1iali:.'.i'|i;e ■ ■ 1 . 1 i T ouuTlr. anncés d'une tête de mort, sur l'autel, où r-iait lixé un crucifix d'argent.

étouffait presque la lumière. Le conjurateur était déshabillé comme nous, mais nti-pieds ; autour de son cou nu il portait uni; amulette suspendue ù une chaîne de cheveux; autour de ses reins il avait attael ir un tablier blanc marqué de chiffres mystérieux et de ligures symboliques. 11 nous invitai nous donner la main les uns aux autres, et à garder un profond silence; il nous recommanda surtout de ne l'aire aucune question au fantôme. H demanda a l'Anglais et a moi (c'était de nous deux qu'il paraissait le plus se délier) de tenir lixemcm deux épres nues en croii, ,'l un [jmii.t au-des-us de mi irir. aussi 1 ■ h i l: r i ■ r i b | ■ s que iliuvrail l'opération. Nous étions debout en dcmi-ccrcle autour do lui; l'oflicier russe était serré contre l'Anglais, et se trouvait le plus près de l'autel. Alors, le visage tourné vers l'orient, le magicien se plaça sur le tapis, fit des aspersions d'eau bénite versles quatre points cardinaux, et s'inciina trois fn'n ilovant la Itible. La

étaient le plus près derrière lui de le tenir ferme par les cheveux. Au milieu des plus violentes convulsions, il appela trois fois le défunt par son nom, et la troisième fois il étendit la main vers le crucifix....

Tout à coup nous ressentîmes tous ensemble une secousse, comme d'un coup de foudre, en sorte que nos mains se séparè-

le couvercle de la capsule s'abaltlt, la lumière .s'éteignit, et u la muraille vis-.Vvts, au-dessus de la cheminée, se montra urie figure humaine, pale, eu chemise .sanglante, et avec le visage d'un mourant

• Ljui m'appelle.' dit une voix sourde et qu'on entendait h peine.

— Ton ami, répondit le conjurateur, qui honore ta mémoire et qui prie pour ton âme. > En même temps, il articula le nom du prince.

Les réponses venaient toujours après un très-long intervalle.

— Que demande- t-il '.' poursuivit !;i voix.

— Il veu! entendre la lin du la Confidence , que tu as commencée dans ce monde cl que lu n'as pas achevée.

■ Dans un couvent, à l;i frontière de Klamlre. l it.... ■

Ici I il maison trembla de nouveau, La porte s'ouvrit d'ellemême, sous un violent coup de tonnerre; OB éclair illumina la chambre, et une autre ligure, pâle comme la première, ,l|nis plus effrayante, un corps sanglant, parut sur le seuil. L'cspritde-vin recommença de lui-même à brûler 1 , et la salle Tut éclairée comme auparavant.

■ Qui est parmi nousT » s'écria le magirien effrayé, rt il jela un regard épouvanté sur l'assemblée,... * Je ne t'ai pas demandé! ■

Le fantôme s'avança droit vers l'autel, d'une marche légère el majestueuse, se plaça sur le tapis vis-à-vis de nous, et saisit le crucilix. Kous ne vhnes plus la première ligure".

■ Qui m'appelle? » dît celte seconde apparition.

Le magicien commença à trembler violemment. L'effroi et l'étonnement nous tenaient enchaînés. Je saisis un pistolet ; le magicien me l'arracha de la main et lit feu sur le fantôme. La balle roula lentement sur l'autel, e! le spectre sortit de la fumée, tel qu'il était auparavant. Le magicien tomba évanoui.

■ Qu'csl-ce que cela? • s'écria l'Anglais plein d'étonnometit. ut il voulut porter au fantôme un coup d'Ôpée : le fantôme lui tnuclia le bras et la lame tomba à [erre. Alors une sueur d'angoisse me baigna le front. Le baron île F** 1 nous avoua depuis qu'il avait prié 1 . Pendant tout ce temps, le prince resta intrépide et tranquille, les yeux lixéssur l'apparition.

<• Oui, je te reconnais.. s 'écria-l-il eniiu, plein d'émotion ; tu es Lanoy, tu es mon ami.... D'oïl viens-luî

— L'éternité est muetle, interroge-moi sur ma vie passée.

J. « Lu lirumiùre figura n'èliil plm. - |I7io[n.)

— Oui vil dans le couvent que lu m'as désigne'

— Ma fille.

— Comment, tu as été pèroï

— Malheur à moi, de ne l'avoir pas été 1

— N'es-tu pas heureux, Lanoy !

— Ilieuajugé.

— Puis-je encore le rendre quelque service dans ce monde?

Jet éclata un nouveau coup de tonnerre; un nuage de fumée noire remplit la chambre : lorsqu'elle fut dissipée, nous ne trouvâmes plus de fantôme. Je poussai un volet : il faisait jour.

Alors le magicien revint aussi de son étourdisscmenl. ■ Où sommes-nous? • s'écria-t-il, en voyant la lumière du jour. L'officier russe se tenait tout près derrière lui, et le regarda pardessus les épaules. « Jongleur, lui dit-il avec un regard terrible, tu n'évoqueras plus d'esprits. ■

Le Sicilien se retourna, le regarda attentivement ou visage, poussa un grand cri, et tomba a ses pieds.

Alors nous pui'[,ini!'«, Ion*, nos renards sui'le llns^e supposé. I - |- r ■ " '■>. I- 11- i- trj.i. i. i, lrrï,< i>i< ii,

et l'cil'roi'nous avaient tous eiimme pétrifiés. Silencieux, immobiles, nous avions, tous, les yeux fixés sur cet être mystérieux, qui nous pénétrait avec un regard rie tranquille puissance et de grandeur. Ce silence dura une minute.... et une minute encore. Du n'entendait pas un souille dans toute l'assemblée.

Quelques coups violents l'rappés à la porte nous rappelèrent enfin a nous-mi-mes. La porte tomba en éclats dans la salle, el des sergents de justice pénétrèrent avec la garde. « Rli I nous les trouvons ici ensemble, • s'écria le chef, et il se tourna Vers ceux qui l'accompagnaient. « Au nom du gouvernement, nous dit-il, je tous arrête. * Nous n'eûmes pas lo temps de nous reconnaitre : en peu d'instants nous lûmes entourés. L'nflidor russe, que j'appellerai maintenant l'Arménien, prit à part le cher des sergents et, autant que celte confusion me le permit, je remarquai

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LE VISIONNAinK. Î3 qu'il lui dit secrètement quelques murs h l'oreille ef lui présenta un écrit. Aussitôt le sergent le quitln avec uni! inclination muette et respectueuse, puis il se tourna vers nous et Ûla son chïi|>cau. ■ Pardonnez-moi, messieurs, dit-il, d'avoir pu vous confondre avec cet imposteur. Je no veux pas demander qui vous êtes..,, mais monsieur m'assure que j'ui' devant moi des sens d'honneur. « En même temps, ii lit signe à ses compagnons de nous laisser Mitres. Uuaiit nu Sicilien, il ordonna de ie bien garder et de l'enchaîner » Le drôle est plus que mur, ajouta-t-il, il y a déjà sept mois que nous le guettons. »

Ce misérable était vraiment un objet de pitié. La double terrcurde la deuxième npparition et île celle surprise inattendue lui avait troublé les sens. 11 se laissa lier comme un enfant; ses jeux étaient tout grands ouverts et hagards, dans un visage cadavéreux ; agitées de spasmes nuiels, ses lèvres tremblaient, sans proférer un seul son. A chaque instant nous attendions une crise de convulsions. Le prince eut pitié de son état, et entreprit d'obtenir sa liberté du sergent, auquel il se fit con- ■ nattre.

« Monseigneur, dit celui-ci, savez -von s quel est l'homme pour lequel vous vous employez .si généreuseinciil? Le mauvais tour qu'il songeait à vous jouer est le moindre de ses crimes. Nous tenons ses complices. Ils disent de lui des choses horribles. Il peut s'estimer heureux , s'il en est quille [iour les galères. ■

nnil ù travers la cour, liés avec des cordes. - El celui-là aussi ? s'écria le prince. Quel crime a-t il dont commis? — C'était son complice et sou recéleur , répondit le chef des sergents, il l'aidait dans ses escamotages et ses vols . et partageait avec lui le butin. Vous en serez. iiientM ronvainni , monseigneur, » Puis, se tournant vers ses gens : - Qu'on visite toute la maison , et qu'on vienne aussilût me rendre compte de ce qu'on aura

Alors le prince chercha des veux l'Arménien, mais il n'était

Le prince était inconsolable ; il voulait aussitôt envoyer lous ses gens après lui; il voulait lui-même le chercher et m 'entraîner ■

avec lui. Je courus à la fenêtre; toute lu maison était environnée de curieux , que le bruit de cotte aventure avait attirés. Il était impossible de percer la foule. Je représentai nu prince que, si cet Arménien avilit sérieusement résolu ite se caclier à nous, il connaissait sans doute mieux que nous les issues et les détours, et' que nos recherches seraient vaines. «Restons ici plutôt, monseigneur, l'eut-élrc cet unifier de justice, auquel, si du moins j'ai bien vu , il s'est découvert, pourra-t-il nous donner qui Ique inlVirniation é. son sujet. =

billes. .Nous eourûmos dans untre ehambre remcllre en tondhâte nos babils. Quand nous revînmes, la visite domiciliaire était terminée.

Après qu'on eut enlevé l'autel et brisé le parquet de la salle ,

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modément se tenir assis, sans se courber; elle était pourvue d'une porte qui conduisait A la ca 1 . e par un étroit escalier. Sous cette voûte on trouva une machine elretrii|tic, une horloge et une petite cloche d'argent, qui était, ainsi que la machine électrique, en communication avec l'autel et avec la croix fixée dessus. Un volet, qui se trouvait en face de la cheminée, était percé d'un trou et muni d'une coulisse, pour ajuster dans l'ouverture, comme nous l'apprîmes depuis, me- lanterne magique. d'où la figure demandée, était lombée sur la muraille, an-dessus de la cheminée. Du grenier et de la cave ou apporta divers tambours, auxquels étaient atlaclicos par des cordons de grosses balles de plomb, vraisemblablement pour imiter le bruit de tonnerre que nous avions entendu. En fouillant les vêtements du Sicilien , on trouva dans un étui différentes poudres, comme aussi

du vif- aident dans des lioles et des boîtes, du phosphore dans

une bouteille de verre , un anneau , que nous reconnûmes aussitôt pour magnétique, parce qu'il demeura suspendu à un bouton d'acier, dont on l'avait approché par hasard; dans les poches de l'habit, un chapelet, une barhe de juif, des pistolets de poche et un poignard. - Voyons s'ils sont chargés, ■ dit un des sbires, eu prenant un des pistolets, et il tira dans la cheminée. -Jésus Marie!- s'écria une voix sourde, celle même que nous avions entendue k la première apparition, et dans

le même instant nous vîmes tomber du tuyau un corps sanglant. ■ Pas encore rentré dans Ion repos, pauvre esprit, ■ s'écria l'Anglais, tandis que nous autres nous recalions d'elfroi. • Retourne dans ton sépulcre. Tu as paru ce que tu n étais pas, et maintenant tu seras ce que lu paraissais.

— Jésus Marie I je suis blessé, ■ répéta l'homme dans la cheminée. La balle lui avail fracassé la jambe droite. Ou prit soin aussitôt du faire panser sa blessure.

• Mais qui es-tu donc, el quel mauvais génie t'amène iciï

— Je suis un pauvre moim. 1 déchaussé, répondit le blessé. L'n étranger m'a donné un sequin pour....

— l'our réciler une formule f... Et pourquoi ne t'es-tu donc pas retiré de là aussitôt après?

— Il devait me donner un signal pour commuer; mais le signai n'est pas venu, el, quand j'ai voulu distendre pour m'en aller, l'échelle était enlevée.

— Et quelle était celte (bnnulc , qu'il ['avait apprise!... •

Ici l'homme s'évanouit, en sorte qu'on n'eu pul rien tirer davantage. En l'observant de plus près, nous le reconnûmes pour le même religieux fini s'était présenté la veille sur le passage du prince, et qui lui avail adressé la parole d'une manière si solennelle ',

Cependant le prince s'était tourné vers le chef des sergenLs. • Vous nous avez sauvés dt-s mains d'un imposteur, lui dit-il, en lui glissant quelques pièces d'or dans la main, et, sans nous connaître encore, vous nous avez rendu justice. Voulez-vous maintenant mettre le comble à votre obligeance, et nous apprendre qui était l'inconnu auquel deux mots ont suffi pour nous Taire mettre en liberté?

— Oui voulez-vous dire? demanda le chef tics sergents, d'un air qui montrait clairement combien la questiou était inutile.

— Je veux dire le seigneur en uniforme russe, qui vous a tout li l'heure pris à part, vous a montré un écrit, vous a dit quelques mots à l'oreille, après quoi vous nous avez aussitôt relâchés.

1. Csiib pbnM manqua du» ti prtmlin édition tl dam U rhe.'i'l.

~ Vous ne commisse donc pas ce monsieur? reprit l'autre. Il n'était pas de votre compagnie?

je voudrais le mieux connaître.

— Je ne le connais pas mieux moi- m Orne, répondit le sergent. Je ne sais pas mémo son nom, cl je l'ai vu aujourd'hui pour la première fois do ma vie.

— Comment? Et en si peu de temps, avec deux mots, il a eu sur vous assez de pouvoir pour que vous l'ayez déclaré inno-

— -t'a:! inconnu , maiiM'k-iiriir, dil i'ollîcii )• do ji^tifi: on jiesant les sequins dans sa main.... vous avez été trop généreux avec moi pour qui/ je vous eu fasse plus loniid înps un secret... Cet inconnu était.... un officier île l'inquisition d'État.

— Ile l'inquisition d'État!... lui!...

— l'as au!i-r' i/lifi.r, :ti.i 1 1 s*'i^ri''u r. et c'est de quoi m'a convaincu le papier qu'il in'a montré.

— Cet homme, dites-vous!... Ce n'est pas possible.

— Je vous dirai plus encore, monseigneur; c'est sur sa propre dénonciation qui; j'ai é[é envoyé ici, pour arrêter le né-

Nous nous regardâmes a vue [dus d etmmoiuent encore.

. Eli! nous savons maintenant, s'écria enfin l'Anglais, pourquoi le pauvre diable de conjuraleur a tressailli avec tant d'effroi quand il a regardé cet homme en face, de plus près. Il l'a reconnu pour un espion, et c'est pourquoi il a poussé ce cri et s'est jeté à ses pieds.

— Non, non, dit le prince; cet homme est tout ce qu'il veut être et tout ce que les ci irons taures veulent qu'il soit. Ce qu'il est réellement, aucun mortel'nc l'a encore appris. Avez-vousvu le Sicilien s'affaisser sur lui-même quand il lui a crié ces mots dans l'oreille ; ■ Tu n'évoqueras plus d'esprilsl - 11 y a quelque chose de plus la-dessous. Qu'on puisse être tellement effrayé

de quelque chose d'humain, c'est ce qu'on ne me peruudera

— I.i' magicien lui-même, dit le lord.poui nous donner là-dessus les meilleures explications, si monsieur, ajoiiia-i-il en se tournant vers l'ofiicier de justice, veut nous procurer

rorr.i>iun de parler I ion priMMItlicr. •

Le chef des sbires nous le promit, ni nous convînmes avec l'Anglais de le visiter dûs le lendemain malin. Puis nous retournâmes à Venise 1 .

Lord Seymour (c'était le nom de l'Anglais) vint nous prendre de tris-grand matin, el bientôt après parut une personne de confiance, que l'oilicier de justice avait envovi-o pour nous conduire à la prison. J'ai oublié de raconter que, depuis quelques jours déjà, le prince s'apenvi nil dV l'alisi-ucc d'un de ses chasseurs, natif de Ilrémc, qui l'avait servi honnêtement pendant beaucoup d'années el oui avait possédé toute sa confiance. S'il avait péri, s'il avait été enlevé ou s'il l'était enfui, nul ne le savait. La dernière supposition u'aiiit aucune vraisemblance , parce qu'il avait toujours été un homme tranquille, ranRé, el qu'on n'avait jamais trouve en lui rien ù blâmer. Tout ce que ses camarades pouvaient se rappeler, c'est que, dans les derniers temps, il avait été fort iiifl/utciliiiue : dès qu'il pouvait saisir un moment, il visitait un certain couvent de minorités, dans la Gîudecca, oii il avait avec quelques frères de fréquents entretiens. Cela nous fil supposer qu'il était peut-être tombé dans les mains des moines', et s'étail fait catholique. Et, comme alors le prince était encore très-indifférent ■ sur cet article,

après quelques recherches infructueuses il ne s'en inquiéta

plus. Cependant il nweihii d'avoir perdu cet homme, qu'il

l' jil ■ '-l-l du,» |.-ul<« !■■ - ■■■IMf'It.n:-. | »>;■!

toujours Été (idùk'iiii'iii attaché, et qu'il n'était pas si facile de remplacer dans un pays étranger. Ce jour-là , comme noua étions sur le point de sortir, on annonça le banquier du prince, qui avait été chargé de procurer un nouveau domestique' Il présenta au prince un homme bien l'ait et bien velu, de moyen Age, qui avait été longtemps au service d'un procurateur comme secrétaire, qui parlait le français et de plus un peu l'allemand, et éiuit d'ailleurs pourvu des meilleurs ecrlificals. Sa physionomie plut, et, comme du reste il déclara que ses gages dépendra [[■ut du la manière diiiil le prince serait salis- Nous trouvâmes le Sicilien dnos une prison particulière, où, pour complaire au prince, comme nous le dit l 'officier de justice, on l'avait placé provisoirement, avant de le transférer sous les plomhs, où nul ne peut plus avoir accès. Ces plombs sont la plus affreuse prison de Venise, sous le toit du palais de Snint-Marc. où les malheureux criminels sentirent, souvent

de l'accident de la veille , et se leva respectueusement à la vue du prince. Il avait une jambe et une main enchaînées, mais il pouvait d'ailleurs marcher librement dans la chambre. A notre entrée , la sentinelle se retira et se plaça devant la porte.

■ Je viens, dil le prince, après que nous eûmes pris place 1 , vous demander une explication sur deux poinls : sur l'un, vous me la devez, et vous n'aurez pas à vous repentir de m'a\oir satisfait sur l'autre. *

— Mon rôle est fini, répondit le Sicilien ; mon sort est dans

— Votre franchise, reprit io prince, penl seule l'adoucir,

— Interrogez -moi, monseigneur; je iuis prêt à répondre, car je n'ai plus rien h perdre.

idn'ion? m ° U P 5 P P q P

Dhitcod b-,- Ci

— Voua avez rail paraître ii mes yeux, dans votre miroir, le visage de l'Arménien. Comiji<-iii avez-vous fait cela?

— Ce n'est pas un miroir que vous avei vu. l T n simple portrait au pastel derrière un ïerre, et oui représentait uu homme en habit d'Arménien, vous n trompé, Ma prestesse, le crépuscule, votre surprise, ont aidé !l l'illusion. Le portrait se irouvera parmi les autres objets qu'on il saisis (ians l'hôtel.

-<- Mais comment ave/-votis pu savoir si bien mes pensées et deviner justement l'Armé nienl

— Cela n'était nullement difficile, monseigneur. Vous vous êtes sarw doute ouvert souvent \ table, en présence de vos domestiques, sur ce qui s'eut passé entre vous et l'Arménien, In de mes gens a fait par hasard conmiiunce dans la Gludecca avec un chasseur, qui est . votre service ', el il a su en tirer peu a. peu tout ce que j'avais besoin de savoir

— (ïi« est ce chasseur? demanda le prince II tue nian<|ue, et assurément vous savez ce qu'il en est de sa disparition

— Je vous jure, monseigneur, que je n'en sais absolument rien. Je ne l'ai moi-même jamais vu, et jo n'ai jamais eu sur lui d'autres tues que celle dont je viens de vuus parler.

— Commue/, dit le prince

— C'est aussi par cette voie que j'appris pour la première fois votre séjour et vos aventures a Venise , et je résolus aussitôt d'en faire mon profit. Vous voyez, monseigneur, que je suis Mncère. Je connus «otre projet de promenade sur la Brenta : je m'étais réglé la-dessus , el une clef, que vous laissâtes tomber par hasard , me fournil la première occasion 1 ■ •

— Comment? .le me serais donc trompé.? Le tour de la clef était votre ouvrage, et non celui de l'Arménien! Cette clef, dites-vous, je l'aurais laissée tomber?

— En tirant votre bourse.... et je saisis le moment où personne ne m'observait, pour mettre vite le pied dessus. La personne auprès de qui vous prîtes les billets de loterie était d'intelligence avec moi. Elle vous lit lirer votre billet d'un vase où il n'y avait

point de billets blancs, et la clef était dans la tabaliàre longtemps avant que vous l'eussiez eaçaéa.

— A présenl je conçois; et le nwiiie déchaussé, qui s'est présenté sur mon chemin, et qui m'a parlé d'un ton si solennel t.. .

— Était le même qui, à ce que j'entends, a élé relire blessé de la cheminée. C'est un île mes camarades, qui, sous ce dégniscmenl, m'a déjà rendu plusieurs bons services.

— Mais pour quel le lin avjc/-vnus arrangé cela!

— l'uni' mus duimer a iviliVliir: o ur préparer en ions mu: disposition d'esprit qui vous rendit accessible au merveilleux que j'avais dessein d'employer sur vous.

— M;iis au moins la danse pantomime, ijui prit un tour si surprenant et si étrange.... elle nÏNiit pas de votre invention?

— La jeune fille qui représentai! la reine élait instruite par moi, et tout son rôle élait mon ouvrage. Je présumais que Votre Altesse ne serait pas peu surprise d cire comme en ce lieu, et (panlonnez-mni, monseigneur; votre aventure avec l'Arménien me faisait espérer que vous seriez déjà disposé à dédaigner les explications naturelles et à chercher plus haut les sources de l'extraordinaire.

— Dans le fait, s'écria le prince, d'un air qui exprimait à la fois le mécontentement et l'admiration, et en m'adressant, à moi en particulier, un regard signilicalif : dans le fait, je ne m'attendais pas à cela 1 1

1. Ici, dans h premier fiilimi. Irr.u™ lu r:i,^ sniv.mle. avec ces mnls : Xolt <fe IMiltuT, cl dans [a ÏTldKl aves la (Ignallire S. : . Kl vrai sembla lile-

p"iéi! 4 sas |jirds 1 l"iiiipro\i-le <■[ .1 s 1 .niin-ll- mi>M, r:ippr,>.;iéi: (le la priipbi',|ir. antérieure de l'Ariai-uicu . parait 10 1 1 il 1 1: si n.iliircIVmcm. d-jnc manière si pou forcée, A un bul terUirn , rpi'.ï la pn-msiTi! Evi-turr ri u en. lt(rai>:rcs je' me soi. r,. m,,,l,,r.1;iil,^l'.rlO i-l li'|-l,-- .:.,]il;nl -<■ iii'. sirilr.s si,, : i ri:- i[v llac-

beili ; . Salin ,1 lui, Tlinne <|.> lilanns, >jiii seras roi I ■ cl plus d'un proba- Ijk'.llieill II cpiinivï: 1,1 !|-.i"T:l.- .In,-i\ [.:l-.[ll'iiln: 'si l'nlri'i: rhii. Te*pnt

.'elles qui licniieul ,i la Builc, |«iul |,.-u quVHi's ak'iil lu iimimlri: la aixc h prcniiie, s'J ratlaeiii-nt « se nii'lifr.l ilan. une corlmiie rr-lnliau avec elle. Le SiciliL-n, qui , a ce n;ii'il [■iiiait, m: vnul.iil litn ik liioius ni ripn lie plus iinç

fiur[irL'iji[f I.: l'rinci' iti lu, faisan: :-i in- :i]i.rr 7,111 iaa' élan c. ir. a

prépare, sans s'en douler, les voies h l'Arménien ; mais, quoique la etnsu perde beaucoup rio son inierel quand 011 supprime ce but plus élevé auquel elle semblait tendre d'abord, je n'ai pas [0 droit do porter atteinte k la vëriii, et Je racunie le fait tel que je IV Iroirté..

LE VI510SK.WRE. 31

— Mais, poursuivit- il aprèi un long silence, comment iveivous produit la figure qui a paru sur lu muraille, au-dessus du la cheminée?

— Par la lanterne magique, qui était adaptée au volet placé lis-à-via, où vous avez dû remarquer aussi l'ouverture faite

— Mais comment s'est-il fait qu'aucun de nous ne l'ail remarquée ? demanda lord Scymour.

— Vous vous souvenez, monsieur, qu'une épaisse fumée' obscurcit loutc la salle quand vous y filles revenus. J'avais eu en même temps la précaution de l'aire appuyer contre la fenêtre rj il était ajustée la lanterne, niai: ii pie, les plaui'lies du parquet qu'on avait enlevées : par là j'eiupéeliai que ce volel n'attirât d'abord voire vue. D'ailleurs la lanterne resta couverte d'une coulisse jusqu'au inornent où vous faites ions pris vos places, et où l'on n'eut plus à craindre que vous lissiez dans la chambre aucune recherche.

— Il me sembla, lui dis-je, que j'entendais poser une échelle dans le voisinage de la salle , taudis que je regardais par la fenêtre dans l'autre pavillon, lilail-ce vrai î

— Tout a fait. C'était juslemeul l'échelle par laquelle mou camarade a grimpé, à cette fenêtre, pour diriger la lanterne magique.

— La ligure, poursuivit le prince, semblait réellement avoir une vague ressemblance avec mon défunt ami ; il se trouvait surtout qu'elle était très-blonde. Était-ce un simple hasard, ou bien ofi l'avei-vous prise?

— Votre Altesse se souvient qu'elle avait eu pendant le repas une tabatière posée auprès d'elle, sur laquelle était le portrait sur émail d'un officier, en uniforme do". Je vous demandai si vous ne portiez point sur vous quelque souvenir de votre ami : à quoi vous répondîtes allirmalivement, et j'en conclus que ce pouvait être la tabatière. J'avais observé attentivement le portrait pendant le repas, et, comme je suis très-exercé dans le dessin, el très-heureux pour attraper la ressemblance, il me fut aisé de donner î la figure cette conformité vague

1, ■ Uni enaïua (um6c d'oncoiii. • (Premiers édition.)

que vous niez remarquée : d'autant plus que les traits du marquis sont trés-frappants.

— Mais pourtant la ligure semblait se mouvoir....

— Ellu le semblait; mais ce n'était pas la figure, c'était la ruinée, éclairée par son reflet.

— Et l'homme qui est tombé du tuyau de la cheminée répondait donc pour le fantôme t

— Mais il ne pouvait bien entendre les questions?

— Il n'en avait pas besoin. Vous vous souvenez, très-auguste prince, que je vous avais interdit à tous, de la manière la plus absolue, d'adresser vous-mêmes aucune question au spectre. Ce que je devais lui demander et ce qu'il devait me répondre était convenu ; et, pour qu'il n'y eût aucune méprise, je lui faisais observer <k: bogues pansus, qu'il devait calculer au battement d'une pendule.

— Vous ordonnâtes ï l'hôte de faire éteindre soigneusement ■ avec de l'eau tous les feux de la maison ; c'était sans doute....

— Pour préserver mon homme dans la cheminée du danger d'être étouffé, parce que les cheminées de la maison communiquent entre elles, et que je n'étais pas loul à fait sûr de votre

— Mais comment s'est-il fait, demanda lord Seymour, que votre esprit n'ait été là ni plus tôt ni plus lard que vous n'en

— Mon esprit était depuis assez longtemps dans la chambre avant l'évocation ; mais, tant que l'esprit-de-viu brûlait, on ne pomait vuii' d'Ile t'ai li [i ■ li:c;ir. ijmml ma formule de conjuration fut achevée, je fis tomber le couvercle du vase où l'espritde-vin flambait ; il fit nuit dans la salle , et alors seulement on remarqua sur la muraille la ligure qui s'y ré liée! lissa il depuis longtemps.

— Mais, à l'instant môme oh le spectre parut, nous ressentîmes tous une secousse électrique. Comment l'avez-vous produite ?

— Vous avez découvert la machine sous l'autel. Vous avez vu aussi que je me tenais sur un tapis de soie. Je vous lis ranger en demi-cercle autour do mot, et vous donner la main. Quaod

LE VISIOKKAIRE. 33 le moment approcha , je lis signe !i un il ■ ■ vous de me prendre par les cheveux. Le crueilix il'.u j^i-i it étaii le rnnduclcur, et vuus reçûtes le coup quand je le louchai avec la main.

— Voua nous avez ordonné., au comte d'O" et à moi, dit lord Seymour, de tenir sur notre tête deux èpèw nues en croix, tant que durerai! la conjuration : pourquoi celaï

— Uniquement [mur vous occuper [jemlanl loule l'opération, parce que c'était à vous deux qui; je mi' liais le moins. Vous vous rappelez que je vous fixai expressémenl un pouce de hauteur ; par la nécessité d'oh server toujours celte dislance, vous étiez empêchés de porter vos regards oii je ne voulais pas les avoir. Je n'avais pas du tout remarqué jusqu'alors mon plus dangereux ennemi.

— J'avoue, s'écria lord Seymoui-, que cela s'appelle agir avec précaution... mais pourquoi fallut-il nous déshabiller?

— Seulement pour donner , : i l'acle plus de solennité, cl exalter votre imagina lion par l'extraord inaire.

— La seconde apparition n'a pas permis ci votre speclra de prendre la parole, dil le prim e lju*a» rions- nous ap[iris de lui !

— Presque les mêmes choses que vous ave?, ensuite entendues. Je demandai , non sans dessein, !i Votre Altesse si vous m'aviez dit tout ce que le mourant vous avait confié, cl si vous n'aviez Tait aucune recherche ultérieure dans sa pairie. J'avais besoin de savoir cela pour ne pas heu rie r des la ils qui auraient pucontredire le langage de mon fantôme. Je demandai, au sujet de certains péchés de jeunesse, si le déliinl avait vécu saris reproche ; puis, sur votre réponse, je balis mon invention.

— Sur ce point, dit le prima* après un moment de silence, vous m'avez donné des explicaiioiis satisfaisantes; niais il reste encore une circonstance essentielle, sur laquelle je vous demande des éclaircissements.

— Si c'est en mou pouvoir, et....

— Point de conditions! La justice, dans les mains de laquelle vous files, ne vous interrogerai! pas avec lant de ménagement. Oui était cet inconnu, devant lequel nous vous vîmes tomber à terre? Que savez-vous de lui? D'où le connaissez- voust lit quel rapport a-t-il avec cette seconde apparition?

— Monseigneur.,..

— Quand vous l'ave/ regardé de plus pn'-s au visage, vous avez poussé un grand cri, ut vous êtes tombé à sus pieds. Pourquoi cela? iju'esl-iv que O'Ia signifiait!

— Cet inconnu, tr.'s-auL'usii> prince... . ■ Leprisonniers'arréta; il devint visiblement plus inquiet, et nous regarda tous à la ronde avec embarras. • Oui, par le ciel ! monseigneur, cet inconnu est un être épouvantable.

— Que savez-vous de lui? Comment est-il en relation avec vous!... N'espérez pris nous déguiser la vérité.

— Ju m'en garderai bien.... car qui me répond qu'il n'est

riants, moitié ellrajés ', nous regard il mes autour de nous dans la chambre.,., Eh! cola n'est pas possible!

— Oh! cet homme.... ou cet Ûtrc, quel qu'il soit.... est capable du choses qui sont encore bien moins compréhen-

— Mais qui esl-il doue? Quelle est son origine? Est-il Arménien ou Russe',' Iles qualités qu'il se dorme, laquelle est véri-

iblu?

— Il n'est rien do ce qu'il parait être. Il y a peu d'états, dp caractères* et de nations dont il n'ait déjà porté le masque. Qui est-il? D'où cst-il venu! Où va-t-îl? Personne ne le sait. Qu'il ait longtemps véi'u mi Egypte, mmine beaucoup de gens

science occulte.je ne \eù\ ni l'affirmer ni le nier. Chez nous on ne le tonnait que sous le nom de Yliiijiciirtruhk. Quel Age, par «sumplc, lui donnez-vous!

— A en juger par l'apparence extérieure, il doit U peine avoir quarante ans.

— Et quel âge pensez-vous que j'aie?

— l'as loin de cinquante.

— Tout juste, et, si je vous dis maintenant que j'étais un garçon de dix-sept ans, quand mon grand-père me parlait de

L'n i z>:d b, Go

ce thaumaturge , qu'il avait vu , à Famagouate, à peu pris du même qu'il parait avoir maintenant?...

— Cela est ridicule, iiicroyahle T exagéré.

— Pas le moins du monde. Si ces fers ne rue retenaient, je vous produirais des gai-aiiis dont l'autorité respec table ne vous laisserait aucun doute. Il y a lies gens dignes do foi qui se souviennent de l'avoir vu en même temps en différentes parties du monde. 11 n'y a pas de pointe dopée <pii le puisse percer, de poison qui agisse sur lui, de feu qui le brûle, de vaisseau qui coule quand il est dessus. Le temps même semble perdre sa force sur lui , les années ne dessèchent pas sa séve, et l'âge ne peut blanchir ses cheveux. Personne ne l'a vu prendre de nourriture; il n'a jamais louché une. fVumie; le sommeil ne visite point ses yens. De toulrs les heures du jour, on n'en connaît qu'une seule dont il n'est pas le maître, pendant laquelle personne ne l'a vu , pendant laquelle il n'accomplit pas d'acte

— ■ Vraiment'.' dit le pliure. l'A quelle est rette heure?

— Minuit. Aus-iiiM un.- la rlmiic > .■] ,i ■ le ji ii/iètiu: <:uu]>, il n'appartient plus aux vivants. Kn quelque lieu qu'il soit, il faut qu'il se relire; quelque affaire qu'il fasse, il faut qu'il l'hi- [('[■l'Diiijie. Ile lerrildr duit/e-ine i-inip de rlm'lie l'arrache des bras de l'amitié, l'arrache du pied de l'autel, et le rappellerait même de l'agonie. Personne ne sait alors où il va, ni ce qu'il

encore le suivre; car, aussitôt que cette heure redoutée vient à sonner, ses traits se romraeieut soudain d'un.: manière si sombre et si terriblement sérieuse, que nul n'a plus le courage de le regarder en face ou de lui adresser la parole, lin profond silence de mort interrompt alors sur-le-champ le plus vif entretien, et tous ceux qui l 'environnent attendent son retour avec une

respectueuse terreur, satin user seule ut se lever de leur place

ni ouvrir la porte par laquelle il est sorti.

— Mais, demanda l'un de nous, ne remarque -t-on rien d'e.vtraordinaire en lui a son retour?

— Hien, si ce n'est qu'il parait pale et abattu, à peu prés comme un homme qui a subi une douloureuse opérai ion ou qui reçoit une affreuse nouvelle, yuelques-uns veulent avoir vu des

gouttes du sans si"' sa chemise; mais c'est ce que je ne puisaf-

— Et n'a-t-on jamais essaie tout ;iu moins de lui cacher celle heure, ou (le I eiu.u. v d ; 1 1 : s de telles distnn lions qu'il dût l'orl-

— L : nu seule fois, dit-on, il passa !e tenue. La compagnie Était nombreuse , on veilla fort avant dans la nuit; toutes les pendules étaient mal réglées à dessein, elle feu de la enuversation l'entraîna. Quand l'heure létale arriva, il devint muet tout à coup, et resta immobile; tous ses membres se raidirent dans la même position où cet accidcnl h's mail surpris; il avait les

ploya pour le réveiller furent inutiles, et cet état dura jusqu'à ce que l'heure fut é ru niée. Alors il se ranima tout à coup de luimême, ouvrit les yeux, et poursuivit son discours à la même syllabe od il avait été interrompu. La consternation générale lui décela ce qui était arrivé, et il déclara avec une gravité ef-

ville ri Ci cela lui était at'riir. La itii} aijc« .ncnérale e-l que, dans cette heure mystérieuse, il a des entretiens avec son génie. Quelques-uns pensent mémo . j lu ■ c est un trépassé, à qui il esl permis de vivre parmi les hommes vingt-trois heures par jour; mais que, pendant la dernière, son âme doit retourner dans

gens aussi le tiennent pour le fameux Apollonius de T varie, et d'autres même pour l'apùtre saint Jean, dont il esl dit qu'il doit rester ici ->j as jusqu'au jui.-erih.iit dernier.

— Sur un homme si extraordinaire, dit le prince, les conjectures aventureuses ne peuvent manquer sans doute; mais tout ce que vous avez dil jusqu'à présent, vous le savez simplement par ouï-dire, et cependant sa conduite envers vous, et la vôtre envers lui, m'ont semble indiquer une plus intime connaissance. N'y a-t-il pas là-dessous une histoire parlirulière, à laquelle vous avez été mùU vous-même .' \c nous cachez rien. »

Le Sicilien nous regardad'un air de Joule et se tut. « S'il s'agit , poursuivi! le prince, il' mie al'aire que vous n 'aimiez pas à ébruiter, je vous pr omets, au nom de eus deux mes-

siuurs.lt plus inviolable silence. Mais parlei si tut '■rem en! cl sans rien dissimuler.

— Si je peux espérer, dit le prisonnier après un Ihiir silence, que vous n'en ferez pas un léruoiynawe contre mot, je mus raconterai surcel Arménien une remarquable aventure, dont j'ai élé témoin oculaire, el qui ne mus laissera aucun doute sur le pouvoir occulte de cel liorame; mais il faut, ajeuta-l-il, qu'il me soil permis de taire quelques noms.

— Ne pomez-vous parler sans relie condition!

— N'on, monseigneur : dans '.''.'lté histoire se trouve mêlée une famille que j'ai sujet de ménager'.

— Écoulons, dil !e prince.

— Il peul y avoir cinq ans, cltl le Sicilien, qu'étant a Nnples, oit j'exerçais mon arl avec assez de succès, je lis la connaissance d'un certain Lorenzo de] M"'nie, chevalier de l'ordre de Saint- Ëtienne, jeune el riche cavalier d'une des premières maisons du royaume, qui me comblait de prévenances , el paraissait avoir beaucoup d'estime pour mes secrets. Il me découvrit que son père, le marquis del U"nte, était ïélé. partisan de la cabale, et s'estimerait heure UX d'avoir sous son loi! un pliîlosopiie, comme il se plaisait h me nommer. Le vieillard demeurai! dans un de ses domaines, au bord île la mer. environ li sept milles de Naples, et là, presque l'ulièrcnirnl sépare des hummes, il pleurail un lils chéri, qu'une nllrelise destinée lui avait arraché. Le chevalier me fil entendre qu'il se pourrait bien qu'un jour lui et sa famille eussent besoin de moi, dans une allairc irès-sorieusc, pour obtenir peut-être de ma science secrète la solution d'une question au sujet de laquelle on avait épuisé vainement tons les moyens naturels. Lui, particulièrement, ajoula-t-i) d'un air très-significatif, il aurait lieu peut-être de me considérer comme l'auteur de son repos et de tout sou bonheur terrestre. Je ne hasardai pas île lui demander des explications plus précises, et pour le moment nous eu restâmes a

celte déclaration Unis miri quelle l'iait la chose :

• Lorenzo était le second fils du marquis, et par conséquent

1 Dt&a I» urewHr» Mllinn . rt'bonorfr. •

dE'stim 1 ù IVtat ecclésiastique; les biens de la famille devaient

Échoir ù son frère aîné. Geronimo, c'était le nom de ce frère,

patrie, environ se.pl ans avant l'aventure que je raconte, pour conclure, avec la fllle unique du comte C*"lti, leur voisin , un mariage, sur lequel les deus familles s'étaient accordées dès la naissance do ces entants, Filiu de réunir leurs biens considérables. Quoique cctli' ,1 11 i.iii ce lui uniquement une affaire de convenance entre les parents, et que les cnutrs des deux (lancés

avaient été élevé.- eusrmbli', rl lr [n'ii île gène iinpnsé aux relations des deux enfants, qu'on émît dès lors accoutumé à regarder connue un couple, avait fait naître de bonne heure entre eux une tendre intelligence, que fortifia encore l'harmonie des caractères, et qui, avec les années, dei int aisément de l'amour. Lue alt-enc de quatre ans avait plutôt enflammé que refroidi, ce sentiment, et llernuiino ru venait dans les bras de sa fiancée, aussi fidèle, aussi ardent, que s'il ne s'en fût jamais arraché.

. Le- eiu b.in'.'iorn:- .in ri-l'isir dmaieut rinioy, et l'un [naissait de la manière la plus vive les préparatifs du mariage, quand le fiancé.... disparut. Il allait souvent passer des soirées entières dans une maison rie campagne qui avait la vue de la mer, et s'y donnai] quelquefois le plaisir d'une promenade sur l'eau. Après une de ces soirées, il arriva que son absence se prolongea d'une manière inaccoutumée. On envoya des messagers h la découverte ; di s barques le cherchèrent sur la mer : personne ne l'avait vu. Aucun de ses domestiques ne manquait, aucun ne pouvait donc l'avoir suivi. La nuit vint, et il ne parut pas. Le matin.... midi..,, le soir, point de Ceronimo. Déjà l'on commençait k former les plus affreuses roujeeiures, quand la nouvelle arriva qu'un corsaire algérien ,i\ai! abordé la veille à celte cote, et que divers baliilauls avaient été emmenés captif. Aussitôt on équipe deux nali'-rrs. qui se trouvaient prèles à mettre à la voile; le vieux marquis monte lui-même la première,

résolu à délivrer son fils au péril de sa vie. Le matin du troisième jour, on aperçoit le corsaire, sur lequel on .unit l'avantage du vent; on l'a bientôt ;itteiui. et l'on s'en approeh" de si près, que I.oremo, qui se trouve sur la première galère 1 , croit reconnaître sur le pont ennemi li s signaux de son frère, quand tout h coup une tempête sépare les deux navires. Les liàtïtnents avariés y résilient avec peine, mais la prise cependant a disparu, el ils sont forces d'aborder à Malle, La douleur de la famille est sans bornes. Le vieux marquis, inconsolable, arrache ses cheveux Uàncs; on craint pour la vie de la jeune comtesse.

- Cinq années se passent en informations inutiles. (In va aux renseignements sur toute la côte barbaresque i on offre un prix énorme pour la liberté; du jeune marquis, mais personne ne se présente pour le gabier. Kulïn on s'arrêta à la supposition vraisemblable, que la tempe te qui avait «ép nv île n i seaux avait englouti le corsaire, et ijue tout l'équipage avait péri dans les flots.

« Si plausible que fût cette supposition, elle était loin cependant d'être une certitude, et rien n'autorisait à rejeter complètement l'espérance que l'absent pût reparaître un jour. Mais, si l'on ne devait plus le revoir, la famille s'éteignait avec lui, ii moins que le second frère ne renonçât à l'état ecclésiastique el ne succédât aux droits île l'aîné. Si hasardeux que Tùt ce parti, et si injuste qu'il parut en soi d'exclure de ses droits naturels ce frère peut-être encore vivant, on crut cependant qu'il ne fallait pas, en considération d'une rh.-mre si incertaine, risquer l'avenir d'une antique et brillante race, qui, sans cet arrangement, était exposée au danger de s'éteindre '. L'âge et le chagrin poussaient ie vieux marquis vers la tombe; a. chaque nouvelle tentative inutile s'affaiblissait chez lui l'espérance de retrouver le (ils qui avait disparu : il voyait la i nitie de sa maison, qu'il pouvait empêcher par une petite injustice, c 'est-a-dire s'il voulait seulement se résoudre a favoriser le frère cadet aux dépens de l'alné. Pour remplir ses engagements avec la famille du comte

ll*"tti. il suiiisait ili' chaude]' un nmn : li' Lut des deux familles était également atteint, que la comtesse Antonia fût la femme de Lorenzo ou de Geronfmo. La faible possibilité que ce dernier reparût ne pouvait balancer un malheur certain et imminent, l'extinction totale delà famille; et le vieux marquis, qui sentait plus fortement chaque jour l\ipiu-ochc de sa fin, désirait avec impatience mourir libre du mains de celte inquiétude.

« Celui qui retardait seul cet arrangement, et qui résistait avec le plus d'opiniâtreté, était celui même qui devait le plus y gagner, Lorenzo. Insensible à l'appât de Liens immenses, indifférent môme a la possession de la femme la plus aimable, qu'oïl voulait placer dans ses bras, il refusait, avec le plus généreux scrupule, de dépouiller un frère, qui vivait peut-être encore et pouvait redemander son bien. . Le sort de mon cher i lleronimo n'est-il pas déjà assez all'ivux. disait-il, par cette

■ longue captivité, sans qui: je l'aggrave encore par un voi

- qui lui ravit tout ce qu'il avait de plus cher? De quel cœur « prierais-je le Ciel poursuit retour, quand su femme serait dans

■ mes bras? Ile quel front rourrais-je au-devant de lui, si un ■■ miracle nous le rendait à la fin ? Kl, suppnsé qu'il nous suit

- enlevé pour toujours, cunuiicnt pouvons-nous mieux honorer « sa mémoire, qu'en laissant subsister à jamais le vide que sa

■ mort a fait au milieu de nous, en sacrifiant sur sa tombe

■ toutes nos espérât il' es, et en tardant intari, comme un dépôt < sacré, ce qui était à lui? •

■ Mais tous les motifs qu'imaginait la délicatesse fraternelle, ne pouvaieut réconcilier le vieux marquis avec l'idée de voir s'éteindre une race qui avait fleuri pendant des siècles '. Tout ce que Luïenzo obtint de lui fut un nouveau délai de deux ans, avant de conduire h l'autel la liam'ée de son frère. Dans l'intervalle, les recherches furent continuées avec la plus grande ardeur. Lorenzo lui-même tit plusieurs voyages sur mer, exposa sa personne à maint danger; aucune peine, aucune dépense ne furent épargnées pour découvrir l'absent. Mais ces deux années s'écoulèrent inutilement , comme toutes les

1, ■ Qui »>tt Heurt nea! IIMei. ■ (Fremiàre (dllloa,)

ililcs rien de son état. Se serai t-clle si tranquillement résignée h son son? Je ne puis le eroire.

— L'état d'Antonia était le plus affreux combat entre le devoir et la passion, l 'éloignera ew et l'admiration. La générosité désintéressée de l'amour fraternel la touchait; elle se sentait

aimer: déchiré par îles M'iilimrnls mnirairep .son cœur saignai t. Mois sa répugnance pour le chevalier semblait croître, àmesure qu'il acquérait plus de droits à son estime. Lui cependant observait avec une profonde douli'in- le cl taurin mue! qui consumait la jeunesse d'Antonia. Une tendre compassion succéda peu à peu à lïndiirérence avec laquelle il l'avait jusqu'alors regardée; mais ce sentiment sAlnrtrur l'abusa, et bientôt une passion furieuse lui rendit plus difrieil-.' r^eri'lee iVum: vertu resiée jusque-là supérieure « toutes les tentations '. Toutefois, même aux dépens de son r(i:ui',il écoutait curare les inspirations de sa générosité: lui seul, il protégeait la malheureuse victime contre la tyrannie de sa famille. .Maid tous ses efforts échouèrent; chaque victoire qu'il remportait sur sa passion ne faisait que le montrer pins digne d'Antonia, et la générosité avec laquelle il la refusait ne servait qu'à 01er toute excuse à la résistance de la jeune fille.

. Us choses en étaient là quand le chevalier me persuada île l'aller voir à sa maison de campagne. La chaude recommandation de mon protecteur m'y prépara un accueil qui surpassa Ions mes vœux. Je ne dois pas oublier d'ajouter ici que j'avais réussi, par quelques preuves remarquables de mon art, à rendre mon nom fameux dans les loges du pays, ce qui a pu contribuerà augmenter la confirmer, du vieux marquis, et à grandir les espérances qu'il fondait sur moi. Dispensez-moi de vous raconter jusqu'où j'en suis venu avec lui et quels chemins j'ai suivis pour cela. Iles aveux que je vous ai déjà faits, vous pouvez conclure tout le reste, rumine jïUn.liais tous les ouvrages mystiques qui se trouvaient dans la bibliothèque trèsronsidérnblo du marquis, je réussis bientôt à lui parler son

1. . O'unc venu jtiKiiic-ll sans ciomple. . [Prtjûiir* édition.)

voulus , et il aurait juré ihit autant de ainfiaiice sur l'Iiymcn tirs |iliilnM-i|hhr^ ni i'i' 1rs s.ïl.iriirmilnurs et les s; Ijilmles que sur un ïirti<:lc du canon des Kcritures. Connue il était d'ailleurs Irès-rcligicux, et qu'.i l'école dp. la foi il avait déi eloppé à un liaut degré ses dispositions à croire, nies contes trouvaient auprès de lui un accès d'autant plus facile; et à la lin je l'avais tellement enlacé et enveloppé tic mysticité, que nulle chose n'avait plus du crédit auprès de lui dès qu'elle était naturelle. Bientôt je fus l'api'itre adoré tic la maison. Le leste ordinaire de mes lenui.i è[;iil l'r ■ valt:i ( inn de la nature humaine et le commerce avec les éLres su pi' rie tirs ; mon parant, l'infaLUiblc comte def.abalis. La jeune comtesse, qui d'ailleurs, depuis la perte de son amant, vivait dans le monde des esprits plus que dans le monde réel, et qui, par l'essor de son imagination enthousiaste, ''tait emportée avec un intérêt passionné vers les objets

pour attraper ça .el là quelques-unes de mes paroles, cherchaient îi se créer quelque m-nipalimi dans la chambre lorsque je discourais, et ils combinaient ensuite à leur façon ces fragments épars.

• Je pouvais avoir passé du cette manière deux mois environ dans ce château, lorsqu'un matin Je chevalier entra, dans ma chambre. Un pruluml chagrin se peignai! sur son visage, tous ses traits ctaicnt hou leversrs ; il sejela sur un siège, avec tous les signes du désespoir.

« Capitaine, me dit-il, c'est fait de moi. 11 faut que je parte. « Je ne peus durer ici plus longtemps.

■ — Que vous arrive-l-il , chevalier? qn'avez-vous?

■ —Oh! celte affreuse passion! - Il se leva brusquement de son siège et se jeta dans mes bras. « Je l'ai combattue en « homme.... Maintenant je no peux plus.

- ■ Mais de quidoncdépend lachose, sinon de vous seul.clïur ° ami? Tout n'est-il pas en votre pouvoir! Le père, la famille....

. — Le père! la famille! Que me fait tout cela?... Ycux-je une " main contrainte ou une inclination volontaire?... N"ai-je pas

■ un rival?... Ah! et quel rival!... Un rival peut-être parmi les = mocts.... 01» ! laissez-iniii , laissez-moi. Duss-é-je aller au bout <■ du monde , il faut que je retrouve mon frère.

« — Comment? Après tant de vaines tentatives, avez -vous

■ encore l'espérance...?

- — L'espérance!... Elle est morte depuis longtemps dans

- mon Cœur. Mais l'est-elle aussi dans son cecur a elle?...

- Qu'importe que moi, j'espère ou non?... Suîs-je heureux,

- aussi longtemps qu'une lueur de cette espérance brille cn-

- raient terminer mon martyre.... Mais c'est en vain.... Mon

- sort restera miseï;ibli. , jus. |u"j'i ee i|in; l'ëieniité rompe son

- long silence et que les ton) lu nui: déposent pour moi.

- — Est-ce donc tel in certitude qui peut vous re;idre heu-

- reux?

. — Heureux! oh! je duute <|ue je puisse jamais l'être oui core! Mais l'incertitude est le plus horrible supplice. .. Après un moment de silence, il se modéra, et poursuivit avec tristesse. » S'il voyait mes douleursi... ,1'cut-elle le rendre . heureux, cette fidélité qui fait le malheur de son frère?

■ peut plus jouir?... S'il savait mon tourment 1... ( Ici il se mit à pleurer violemment , et pressa son visage sur ma poitrine)

■ . peut-être, oui peut-être, l'amènerait-il lui-même dans mes « liras.

« — Mais ce vœu, serait-il doue absolument impossible qu'il « s'accomplit!

. — Mon ami , que dites-vous?... » Il me regarda avec effroi.

. — Des motifs beaucoup moins graves, poursuivis-je , ont fait intervenir les trépassés dans les destinées des vivants. Tout le bonheur temporel d'un homme.... d'un frère ...

. — Tout le bonheur temporel! Oh! je le sens! Combien . vous avez dit vrai ! Toute ma félicité !

> — Et le repos d'une famille en deuil, ne seraient-ils pas

• invisibles 1 ? Certes, si jamais un intérêt d'iei-uas peut au-

■ toriscr a troubler le repus tics Iiirtilii-umix — à faire usage « d'un pouvoir....

"—Mon ami, nu nom du ciel, a'ècria-t-il en m'interrom-

■ pant, plus un mot de cela. Autrefois, je l'avoue, j'ai nourri . une telle pensée.... il me semble que je vous en ai parié.... . mais je l'ai depuis longtemps rejetée pomme impie et abomi-

« Vous voyez dés à présent , nous dit If Sieilien, poursuivant son récit , où cela nous a conduits. Je m'efforçai de dissiper les scrupules du chevalier , et cela me réussit a ta fin. Il fut résolu qu'on évoquerail lïliite du défunt, el pour cela je ne demandai qu'un délai de quinze jours, sous prétexte de me préparer dignement. Après que ce terme fut écoulé et que mes machines furent conveiiablemenl dressées, je profitai d'une soirée lugubre, où la famille était, suivant l'usage, rassemblée autour de moi , pour lui dérober son consentement, ou

plutôt pdiii' l'amener insensiblement i'i mi' taire elle-même cotte prière. Le plus difficile était île réussir auprès de la jeune comtesse , tlotil la présence éliiit pourtant si essentielle ; mais l'essor enthousiaste de sa passion vint à notre aide, et peut-être plus encore une failli: lueur d'e.pérance que celui qu'on croyait mort vivait toujours et ne répondrait pas à r.nppcl. La défiance

a Aussitôt (pte la famille eut donné son consentement, on fixa l'opération au troisième jour. Iles prières, qui durent être prolongées jusqu'à minuit, le jeûne , les veilles, la solitude et un enseignement mystique, joints à l'usage d'un certain instrument de musique encore inconnu, que je trouvais très-effi-

et ils réussirent tellement a souhait, que l'enthousiasme fanatique de tues auditeurs échaull'a ma propre imagination et

I. Dam la promit:™ Mi lien, il ï a simplement : . Ne soraionl-ill pai une pu>racMi..i. Icpilisul ».

1. » Peul-etin icul-il |.arler il'im lurmunica. ■ (Nuit lie la TîioJlc.)

LE VISIONNA III E. 45 n'augmenta pas peu l'illusion oîi devaient tendre en celle occurrence loua mes efforts. ICniin arriva l'Iicuro attendue...

— Je devine', s'écria le prince , qui vous allez nom amener maintenant.... Mais poursuivez seulement.... poursuiieî....

— Non, monseigneur, la conjuration réussil à souhait.

— Mais quoi?... On reste donc l'Arménien!

— fie craignez pas, répondit le Sicilien : l'Arménien ne paraîtra que trop tût.

■ Je ne m'engage pas dans la description de la jonglerie , ce qui d'ailleurs m'en! rainerait trop loin. Il suffira de vous dire qu'elle remplit toute mon a tien le. Le vieux marquis, la jeune comtesse avec sa mère . le chevain e ci quelques autres parents étaient présents. Vous l'imaginez sans peine, pendant le long séjour que j'avais fait dans celte maison, je n'avais pas manqué d'occasions pour recueillir les informations les plus exactes sur tout ce qui concernait le défunt. Plusieurs portraits <le lui , que j'y trouvai, me mirent en étal de donner h l'apparition la plus décevante ressemblance , et , comme je ne lis parler l'esprit que par signes , sa voix ne pouvait non plus éveiller aucun soupçon. \& mort apparut hu-ménus en habit d'esclave harbaresque, ayant au cou une profonde blessure, Vous remarquez, dit le Sicilien, qu'on ceci je m'écartai de la conjecture générale , qui le [rusai! périr dans les [lois . parce que j'avais en lieu d'espérer que ce tour inattendu n'augmenterait pas peu l'autorité de la vision , tout comme au conlrairc rien ne me paraissait plus dangereux que de me rapprocher trop scrupuleusement du naturel.

— Je crois que c'était fort bien juger , dil le prince, en se tournant vers nous '. Dans une série d'apparitions extraordinaires, la plus vraisemblable sérail justement, je crois, celle qui choquerait. La facilité à comprendre la révélation obtenue n'aurait fait ici que déprécier lu moyen par lequel on y était parvenu ; la facilité de l'invention aurai! même rendu ce moyen suspect; car à quoi bon déranger un fantôme, si l'on ne doit rien apprendre de lui que ce qu'on pouvait deviner sans lui ,

avec le secours du simple sens commun? Mais la nouveau»! surprenante et la difficulté de la découverte est ici comme une garantie du proche par k"[uul on l'a obtenue : en efTet qui révoquera en doute le surnaturel d une nperutinn , si ce qui a été produit par elle ne pouvait lïlre par les tirccs naturelles?... Je vous ai interrompu , ajouta le prim e. Achevé/ votre récit.

— Je demandai à l'esprit, poursuivit le* prisonnier , s'il n'y avait plus rien dans ce monde qu'il réclamât comme son bien , et s'il n'y avilit rien laissé qui lui fût cher? L'esprit secoua trois Tois la tête et leva une de ses mains vers le ciel. Avant

à terre après sa disparition. Quand la comtesse l'eut considéré plus al len li veinent , ellr nvnmiul Slid nituran île liai hm il les.

— Soi) anneau de fiançailles! s'écria le prince avec étonnement. Son anneau ! Mais comment étiez- vous parvenu a l'avoir ?

— Je.... Ce n'était pas le véritable, monseigneur.... Je l'avais.... Ce n'était qu'une imitation.

— Une imitation! répéta le prince. Eh! pour imiter, vous aviez besoin du véritable , et comment l'avez-vous eu , puisque le défunt ne l'avait certainement jamais 6léde son doigt*

— C'est vrai , dit le Sicilien , non sans laisser voir quelque trouble.... mais par une description qu'on m'avait faite du vé-

— Qui vous l'avait faite 1

— Il y avait déjà longtemps, dit le Sicilien.... C'était un anneau d'or tros-simple, avec le nom de la jeune comtesse, je crois.... Mais vous m'aie; l'ait perdre tout le fil de mon récit..,.

— fju'arriva-t-il ensuite? dit le prince, d'un air tres-mal

en vie. Dès ce jour , la famille publia sa mort et prit formellement le deuil. La circonstance de l'anneau ne permettait plus aucun doute à Anlonia elle-même, et appuya la recherche du chevalier. Mais l'impression violenle que cette apparition avait faite sur elle lui causa une ihuiiiejyLM! maladie, qui faillit bientùt anéantir .'i jaunis les espérances de son amant. IJuaini elle fut guérie, elle voulait absolument prendre le voile, et n'en put être détournée que par les plus pressantes représenta-

LE VISIONNAIRE. 47 lions de son confesseur , eu qui elle avait une confiance nm bornes. Knlin les efforts réunis de eel homme el rte ia famille réussirent à lui arracher son consentement. Le dernier jour du deuil devait aire le jour heureux, que le vieux marquis se proposai! de rendre l'himi-h plus t.oli;iiik-l |>ar la ccssiun de tous ses biens a l'héritier légitime,

> 11 parut co jour , cl Lorenio reçut à l'autel sa tianeéc tremblante. Le soir vint, un festin magnifique aiteudail les joyeux conviés dans la salle îles noces brillamment illuminée, et une bruyante musique s'associait à la tumultueuse allégresse. L'heureux vieillard avait voulu que tout le monde prit par! à sa joie; toutes les entrées de son palais étaient ouvertes, e! quiconque le fdlidtail était le bienvenu. Mans celte foule.... •

Ici le Sicilien s'arrêta, el le frisson de l'attente suspendit noire respiration....

• Dans celle foule, poursuivit-il , la personne qui était assise auprès de moi me lit remarquer un mmne li anciscain, qui était là debout, immobile comme une colonne, d'une taille longue cl maigre, le visage gris cendré, le regard sérieux el trisle, fixé sur les deux époux. La joie, qui riait alentour sur tous les visages, semblait fuir celui-là ^'iilement : sa face restait invariablement la même, comme un buste au milieu de figures vivantes. Cette vision extraordinaire, qui agit sur moi d'autant plus fortement qu'elle me surprit au milieu de la joie et qu'elle

contrastait d'une r

lanière at choquante ave

tcurajt alors, lai

ssa dans mon ame une

impression ineQa-

table, et c'est là connaître , chose du moine dans h

uniquement ce qui m'a absolument impossible s i physionomie du nuise run doute qu'il us form seule cl même pemm

mis en élat de reins cela, les traits

nez déjà sans au vent de détourne

; car vous romprec avec lui et voire *> J'essayais sou-

r les yeux de celle oûïi

lyanle ligure, mais

involontairement

ils retombaient sur elle. F

i la lmmaien! mu-

sien : la même eut

<e poussai du coude mon voisin, celui-ci le ■iusiié, la n/'ine surprise parcourut toute ia

table; les conversa lions s'am-lèrem; il se fi! tout à coup un silence général : le moine n'en fu! point troublé. Le moine se tenait immobile el toujours le même, le regard sérieux el triste.

k g f.B V1SI0SNAIBE.

lixé sur les deux époux. Cette apparition é pou vantait tout le momie; la jeune comtesse, elle seule, retrouvait sa propre tristesse Mil' le vis : :i Je cet étranger, et s'arrêtait avec une sécrète

éMit passé ' les sous di- la musique coniuieuraieul à s affaiblir et a se perdre, les bougies ,'i s'obscurcir et à no brûler plus que çà el là, les en I retiens à chuchoter plus bas, toujours plus bas.... et la salle des noces, lugubrement éehiréc, deventiit diserte, île plus en plus déserte; le nmiuo restait iniinobile et toujours le mémo, avec son calme et triste regard, filé sur les deux époux.

» La table est enlevée, les conviés se dispersent de côté cl d'autre; la famille se réunit dans un cercle plus étroit; le moine demeure , sans y être invité, dans ce cercle plus étroit. Je ne sais d'où venait que personne no voulait lui adresser h parole: personne ne la lui adressa. Déjà les amies se serrent autour de l'épouse tremblante, qui adresse au vénérable étranger un regard suppliant, comme pour invoquer son appui : l'étranger n'y répond point....

« Les hommes se rassemblent de leur côté autour de rélard, mii seul de nous tous semblait no pas remarquer l'inconnu ou du moins ne pus s'étonner à sa vue. « Faut-il que « nous soyons si heureux, dit-il, et que mon lils (Jéronimo nous < manque!

- ■ L'as-tn d'Hic invité et a-t-il uée;lif;é de venir? ■■ demanda le moine. C'était la première fois qu'il ouvrait la bouche. Nous le regardâmes avec terreur.

Ah! il ' allé ijii l'ours; si.ni [-il rti rm llemrnl j tûiiie. in . vitation, répliqua le vieillard. Vénérable l'ère, vous me com- « prenez mal : mon (ils tiérouimo est mort.

■ — Peut-être aussi craint-il seulement de se montrer dans

■ une pareille soeièLé, poursuivi! le moine, uui sait quel air il

■ peut avoir, ton fils Ciéronimo fais qu'il entende la voix

]. Lot mou : ■ El puUgic • mihi|kum dut!* Thaï*.

I,E VISIONNAIRE. " i9

• qu'il a entendue la dernière !... Prie ton lils Lorunzo do « l'appeler.

« — Qui! veut-il dire; - murmurait tint lu monde. Lorcnzo changea de couli'ur. Je ne nie pas que nus Hieveux commençaient à se draner sur ma tète.

■ Cependant le innîne sciait approclié du bulfet , où il prit un verre de (in et le porta à ses lèvres....

- A la mémoire de noire cher Géronjmo I s'écria-1-il. (Jui- « conque aima le défunt fasse comme moi!

• — D'où que vous venta, homme vénérable, s'écria enfin le

■ marquis, vous avez prononcé un nom chéri. Soyez le Lien- « venul... Venez. , mes amis, njmita-t-il en aM ou niant vers nous

■ et faisant circuler les verres, qu'un étranger ne nous fasse pas

■ rougir!... A la mémoire de mon lils (iéronimo. »

• Jamais, je le crois, on ne but une santé dans de pires dispositions.

. 11 reste la encore un verre plein,... Pourquoi mon lils l.o-

■ renzo refuse-l-il de ré| dre à ce tuait amical; »

■ Lorenzo reçut en tremblant lu verre du la main du franciscain, le porta en tremblant a ses livres : « A mon bien-aimé

• frère Géi onimol ■ bégaj a-I-il, et il posa le verre en frissun-

• — C'est la voix de mon assassin! • cria un fautdme épouvantable, qui se dressa soudain au milieu de nous, en habits dégouttants de sa n.j,' deliguié par d'Ii'irnHcn blessures....

« Mais qu'on ne m'en demande pas davantage, dit le Sicilien, dont le visage portail tous lus signes du la terreur. J'avais perdu connaissance dès le moment où j'avais jeté les jeu» sur le spectre, ainsi que Ions ceux qui étaient présents. Quand nous revînmes à nous, Lorenzo luttait avec la mort; le moine et le fantôme avaient disparu. On porta au lit le chevalier en proie !i d'affreuses convulsions, Peisoiuic n'assista le mourant qu'un ecclésiastique, et l'infortuné \ icillard, qui lû- suivit quelques semaines après dans la tombe. Ses aveux restèrent ensevelis dans le sein du prêtre qui entendit sa dernière confession, et aucun homme vivant ne les a connus.

■ l'eu de tenjps après cet événement, il arriva qu'on cul à curer un puits, qui se trouvait dans l'arrière-rour de la maison

la famille del M"nleosl éteinte, d dans un enuvcnt non loin de- Salcrne on montre 1«- tombeau d'Antonia.

■ Voua savoz maintenant, poursuivit le Sicilien, en nous voyant ions encore muels et (roubles, sans que personne voulût prendre la parole, vous sawz quelle est l'origine de nies rapports avec cet officier russe, ou ce moine franciscain, ou cet Arménien, Jui;i'z maintenant si j'ai eu sojel ilu trembler devant un iHre qui s'est je lé deux fuis, d'une façon si terrible, sur mon chemin.

— Hépondez encore à Line seule question, dit le prince en se levant. Aveï-vous été sincère dans tout votre récit sur ce qui regardait le chevalier!

— Je ne sache pas..,, reprit le Sicilien.

■ - Vous l'avez donc tenu [vrlIeiiU'M pour un honnête hommeï

■- Même lorsqu'il vous donna l'anneau que vous savez?

— Comment?... Il ne m'a point donné d'anneau.... Khi je n'ai pas dit que ce soit lui qui m'ait donné l'anneau.

— Fort bien , dit le prince en tirant le cordon de la sonnette et se disposant à .se retirer, lit le spectre du marquis de I.anov, demanda-t-il en revenant sur ses pas , que ce Russe a fait succéder hier au votre, vous le tenez donc pour un véritable et réel esprit?

— Venez, • nous dit le prince. I.e geôlier entra. « Kous sommes piiîls, ■ lui dit-il. Puis, sr tournant vers le Sicilien, il .... . il» 1 ijii.: ■>■• , * < iiUndn : ■ n- ■ t- |. irl. i l. ru-..

— Monseigneur, dis-je au prince quand nous fûmes seuls, je vous ferais volontiers à vous-même la dernière question que vous avez adressée au jongleur. S'enscz-vous que la seconde apparition soit réelle et véritable!

— Moi! Non vraiment, je ne le pense plus.

— Vous ne le pensez plus? Vous l'avez donc penséî

— , l'avoue que je me suis laissé entraîner un moment à voir dans ce prestige quelque chose de plus qu'une illusion.

— El je voudras bien voir, ni7rriai-je, qui dans ces circonstances pourrait se di'fendre d'une pareille conjecture! Mais quels motifs avcï-votis maintenant pour changer d'opinion? Après ce qu'on noua a raconta île cel Arménien, la croyance a son pouvoir magique devrait avoir augmenté plutôt

le prince d'un ton grave. Car vous ne doutez plus, maintenant, je l'espère, que nous n'ayons eu affaire à un misérable?

— Non, lui dis-je, mais son témoignage devrait-il pour cela....

— Le témoignage d'un misérable.... quand je n'aurais aucun autre motif dele révaqucren doute.... ne peut fitre pris en considération contre la vérité et la saine raison. Un homme qui m'a plusieurs luis tr::ir;[n\ ijiii a i'W mi-ù'-ï <h- la noiiinerie. oirntrt-il d'être écouté dans une affaire où la plus sincère véracité doit commencer elle-même par se laver de tout soupçon pour mériter la confiance 1 ? Un tel homme, qui n'a peut-être jamais dit une vérité pour elle-nn'irii' . mérito-t-il la conliance lorsqu'il vient [éituu^ixT [■(iiilrc lii raison humaine et l'ordre éler-

nel de la nature! C'est justement comme si je voulais cliarger un scélérat flétri par le bourreau de porter plainte contre l'innocence pure et sans reproche.

— Mais quelles misons pourrait-il avoir de rendre Un si glorieux témoignage & un bomme qu'il a tant de sujets de liair ou de craindre du moins?

— De ce que je ne vois pas ers raison-, s ensuit-il qu'il ne les ait pas? Sais-je qui l'a payé pour me tromper? J'avoue que je ne pénètre pas encore tout le tissu de son imposture; mais il a rendu à la cause pour laquelle il travaille un très-mauvais service, en se dévoilant à mfli comme un fourbe.... et peut-être quelque chose de pire.

— La circonstance de l'anneau me semble en effet un peu suspecte.

— Elle est plus que cela, dit le prince, elle est décisive. Cet anneau (laissez-moi supposer provisoirement qu'il nous a ta-

1. Les mou : . Pour nKriler U MU lianes > Ht tout point iljcs In Thoiit.

conté une aventure véritable ■), il l'a reçu rie l'assassin, et, a l 'instant même, il a dû être convaincu mie cet homme était l'assassin. Quel autre ijuc le mctirtrii'i' pouvait avoir enlevé au défunt un anneau qu'il n'iliail assurément jamais de son doigt! Dans toute sa narrali'.ui, il a cherché à (unis persuader qu'il avait été lui-même trompé parle chevalier, et qu'il avait cru le tromper. Pourquoi ce subterfupe, s'il n'avait pas senti combien il

son récit n'est iiiatiifesienu'iit qu'une suite d'inventions, pour lier ensemble le peu de vérité qu'il a trouvé bon de nous livrer. Et un misérable que j'ai surpris dis fois à mentir, je devrais me faire un plus (jrand scrupule de l'accuser d'un onzième riif'iisinisi'. que de hisser interrompre l'ordre fondamental de la nature, où je n'ai encore observé, aucune dissonance!

— k cela je ne puis rien vous répondre, lui dis-jc; mais l'apparition que nous vîmes hier ne m'en reste pa3 moins in— compréhensible.

— A moi aussi, répondit le prince, quoique j'éprouve la tentation d'en chercher la clef.

— Comment cela ! lui dis-je.

— Ne vous rappelez-vous pas que le second fantôme, aussitôt qu'il fut entré, s'avança vers l'autel, prit le crucifix dans sa main cl se tint sur le tapis!

— Oui, je l'ai remarqué,

— Kl le eruiili*., nous dit te Sicilien, était un conducteur. Vous voyez donc par là que le fanion ju se hâta de s electriscr. Le coup que lord .Sermon r lui porta avec l'épée ne pouvait donc que rester sans effet, parce que la commotion électrique paralysa son bras.

— Ce serait bien pour l'épéo; mais la balle que le Sicilien a tirée sur lui, et que nous avons entendue rouler lentement sur

— Etes-vous bien sur aussi que ce soit la balle tirée que nous avons entendue rouler!... Je ne veux pas même m'arréter â la supposition que le mannequin ou l'homme qui représentait le

1. Les mois 'nul tisln; (.anur!-.' t r» iiwrii|iie jni la |iii'mii'rï Mil'inn cl

dvig li natif.

fantôme, pouvait élre si bien cuirassé, qu'il fût i l'épreuve de la balle et de râpée.... niais songer donc un peu qui a chargé les pistolets!

— C'est vrai, ■ lui dis-je, et une soudaine lumière ra'écinira.... C'était ie Musse qui les avait charpés. - Mais cela s'est fait sous nos yeux : comment pouvait-il y avoir de la

— Pourquoi n'y en aurait-il pas eu î Vous eles-VOUB dès lors méfié de cet homme, si bien que vous avez cru nécessaire de l'observer? Avez-vous examiné ta balle avant qu'il la mit dans le canon, et ne pouvait-elle pas être de mercure nu simplement d'argile peinte ? Avez-vous remarqué s'il la mettait réellement dans le canon du pistolet, ou s'il ne l'a pas laissée tomber h coté, dans sa main? Oui vous [ironie, à supposer mémo qu'il ait effectivement chargé les pi>inlets .'i Lille, qu'il ait bien emporté les pistolets chargés dans l'antre pavillon, et qu'il n'y ait pas substitut: une autre paire : ce qui était si facile, puisque personne n'avait l'idée de l'observer cl que nous étions d'ailleurs occupés k nous désh;iiii[[cr? r.l le fantôme ne pouvait-il, au moment où la fumée de la poudre nous le dérobait, laisser tomber sur l'autel une autre balle dont il était pourvu dans cette prévision? De toutes ces choses laquelle est impossible?

— Vous avez raison. Mais cette frappante ressemblance du spectre avec votre défunt ami*... Je l'ai vu très-souvent chez vous, et je l'ai reconnu sur-le-champ dans le fantôme.

— Mol aussi, et je ne puis nier que l'illusion ne Tilt portée au plus haut point. Mais, si lo Sicilien, après quelques regards jetés à la dérobée sur ma tabatière, a su donner à son imago ù lui une vague 1 ressemblance, qui nous a surpris vous et moi, pourquoi pas à plus forte raison le Itusse, qui, pendant tout le repas, avait eu le libre usnge de ma tabatière ; qui avait l'avantage de rester toujours et absolument iimb.^.Tïé. elà qui d'ailleurs j'avais dit familièrement quelle était la personne représentée sur la tabatière .'... Ajoutez encore, ce que le Sicilien a fait lui-même observer, que le t; pt- du marquis n'oil'rail que de ces traits de visage qui se laissent imiter même grossière-

meut.... Qu'y a-t-il après cola [l'inexplicable ihns Imite cette npiiai'iliniiï

— Mais le Tond de ses paroles? L'éclaircissement bu sujet de votre ami!

— Comment! Le Sicilien ne nous a-l-il pas dil qu'avec le

ii.li* rr|<i<ti<)u i >»« -fU'.*Li -iil> il 11 ail «fr.ii'C* On»

luii ir. >■ fullit I- i . I ■ il. [-r.-gt ■ ■!■■! [ ■ ■ml.i»ii il ■ 1

turol de tomber justement sur cette invention* D'ailleurs les réponses du spectre avaient tellement ruhsnirité des oracles, qu'il ne pouvait nullement courir le risque d'être surpris en contradiction. Supposez que le compère du jongleur qui faisait le revenant eût de la pénétration et de la présence d'esprit, et qu'il fût instruit tant soit peu des circonstances.... jus-

l'Arménien, pour une fourberie aussi compliquée, auraient dù être i 'UL'j! f.railiieu de temps il aurait fjliu ! Combien île temps seulement pour cnpicr d'uni; manière si liiiéle une téte humaine sur une autre, comme nous le supposons ici! Combien de temps pour instruire assiv. bien ce fantôme substitué, de sorte qu'on fut a l'abri d'une erreur grossière ! Combien d'attention auraient exigé tous ces petits accessoires sans nom, qui devaient faciliter la chose, ou bien auxquels il fallait parer de quelque manière, pane qu'ils [juiivaieul venir à la traverse! Et maintenant considérez que le Russe n'a pas été absent plus

plus, disposer seulement tout ce qui était ici le plus indispensable?... En vérité, monseigneur, un auteur dramatique, ayant souci des trois impitoyables unités île son Aristotc, n'aurait pas lui-même entassé tant d'action dans un entr'acte, ni supposé a son parlerre une foi si robuste.

— Comment? Vous croyez donc ab.-oluiiteut impossible que dans cette petite demi-heure on ait pu faire tous ces préparatifs î

— Oui, m'écrtai-je, autant dire impossible.

— Je ne comprends pas ce langage. îlépugne-t-il à toutes 'es conditions du temps, de l'espace ci des effets physiques, qu'un esprit aussi habile que i'e.-t inruiite-talvemeiit rri Arménien,

LE VISIONNAIRE. M avec l'aide de ses comparas, peut-être aussi hShiles, dans l'ombre de In nuil, n'étant observé de personne , pourvu de tous les moyens dont un homme de ce métier ne se sépare jamais : qu'un tel homme, favorisé pnr de tulles eirconsiarires, ail pu venir à bout, on si peu de temps, de tes préparatifs; Est-ce absolument inconcevable, esl-ee absurde de croire qu'il puisse, avec peu de mots, d'ordres ou de signes, donner à ses compares des commissions détaillées; décrire, avec peu de frais de parole, des opérations minutieuses cl L-iimpliquécs'!.., Kl peut-on opposer autre chose qu'une impossibilité évidente, aux lois éternelles de la nature? Aimez-vous mieux croire un prodige qu'admettre une invraisemblance! renverser îes foi-ces de la nature, que supposer une cumliiiiaisuii ingénieuse et peu ordinaire de ces

— Si le fait Jie justifie pas une conclusion si hardie, vous m'accorderez du moins qu'il dépasse de beaucoup notre conception ?

— J'aurais presque envie de vous contester aussi cela, dit le prince avec une malicieuse gaieté. Comment, cher comte! s'il se trouvait, par exemple, qu'on Bât travaillé pour cet Arménien non-seulement pendant cette demi-heure et après, non-seulement i la haie et en passant, mais toute la soirée et toute la nuitî Songez que le Sicilien a employé près de trois heures pour ses préparai ils.

— Le Sicilien 1 monseigneur.

— Et comment me prouverei-vous donc qu'- le Sicilien n'a pas eu autant de part au second fantôme qu'au premier?

— Comment! monseigneur.

— Iju'il n'était pas le principal complice de l'Arménien; en un mot, qu'ils ne jouent pas le même jeu!

— Cela pourrait être dillicilu à prouver, m'écriai-je assez surpris.

— l'as si difficile que vous pouvez croire, mon cher comte. Comment! Ce serait par hasard que ces deu* hommes se seraient rencontrés , en même temps et au même lieu, dans une entreprise si singulière et si compliquée, faite sur la même personne; qu'il se trouverait entre leurs opérations respectives une si surprenante harmonie, un accord si bien concerté que

l'un travaillai t'en quelque façon pour l'autre? Supposée que le Russe se soit servi île la jonglerie plus •rrossièrr, pour donner du relief à la plus subtile'. Supjiusf-z qu'il ait débuté par ce premier tour, pour dérouvrir le degré de crédulité sur lequel il pouvait compter avec moi; pour explorer les voies qui mènent a ma confiance ; .pour se familiariser avec son sujet par cette tentative, qui pouvait manquer sans nuire au reste de son plan ; bref, pour essayer ainsi son instrument. Supposez qu'il ait fait cela pour exciter mon attention, et, la tenant il dessein éveillé!; sur nu point, l'endormir par 1S mémo sut 1 un autre, qui lui importait davantage. Supposez qu'il eût à recueillir quelques renseignements, et qu'il désirât, pour éloigner le soupçon de la piste véritable, que rené recherche parût être le fait de l'escamoteur....

— Comment l'entendez-vous!

— Admettons qu'il ait gagné un de mes domestiques, pour avoir par son moyen certaines informations secrètes.... peutêtre même des documents.... qui servaient son dessein. Mon chasseur a disparu. Oui m'empêche de croire que l'Arménien soit pour quelque chose dans la disparition de cet homme! Mais le hasard peut faire que j'aie vent de cette intrigue : une lettre peut élre surprise, on ifniuestiqiu; pi-ul jaser. Tuiile son autorité fait naufrage, si je découvre les sources de sa toute- science. II interpose doue cet escamoteur, qui fera sur moi telle ou telle eu [reprise.. .. Il lie uégliL-e pas de rue saunier à temps l'existence et les vues de cet homme. Mes soupçons? .quoi que je puisse découvrir, ne tomberont donc que sur ce jongleur; et le Sicilien prêtera son nom aux recherches dont lui , l'Arménien, profilera, C'est la poupée avec laquelle il me

fait joui

■t, pendant que lui-même, sr

ins être ni observé ni sus-

pect, m

aide lui

fines le

i secrets de son art! Ne doit

-il pas craindre qu'en dé-

montrant la vanité d'une illusion portée a un aussi haut degré de vérité ijum l'était en elle! l'opération du Sicilien, il n'allai-

l U uieniiire édiliuri iijuulf: - Us'csl crté un Utclvr [mur hi £tti; l'Adliltc.t

Misse en général votre confiance et ne se rende beaucoup plus diuVili' à 1 « q ï — r 1 1 r* 1 1 ] ( : l'exécution de ses plans futurs'!

— Quels sont les secrets qu'il me livre? Assurément aucun de ceux qu'il sii propose de mctlrc en lisait: avec moi. Il n'a donc rien perdu en les profanant.... Mais combien n'a-t-il pas gagné au contraire, si cr,|)i -l'iundu triomphe sur la fourberie et la jonglerie me donne sécurité cl confiance ; s'il a réussi par ce moyen à diriger ma vigilance vers un point opposé, à fixer mes soupçons encore vaincs et incertains sur des objets fort éloignes du véritable point d'alfaque?... 11 pouvait prévoir que (("•1 nu tard, par ma pr ;piv li.'-iiaiur nu par uni: impulsion étrangère, je cli<TL-hi*rais ilans l'escamotage la clef de ses prodiges.... Pouvait-il mieux faire que de placer lui-mémo cote ù côte l'escamotai;*: et sus prodiges; de me mettre en quelque sorte la mesura à la main, et, on posant fi la jonglerie des limites artificielles, de rehausser on d'égarer d'autant plus mes idées au sujet de ses miracles à lui? Combien de conjectures a-t-il d'un seul coup prévenues par cet artifice I Combien de sortes d'explications a-t-il d'avance réfutées, que j'aurais peut- .ôtre rencontrées dans la suite!

aiguisant la vue du cens qu'il wulail (romper : il a affaibli leur foi à la puissance mugique en général . en démasquant une si adroite fourberie'. Vous êtes vous-même, monseigneur, la meilleure réfutation de son plan , s'il faut admettre qu'il en avait un.

— Peut-être s'esl-il trompé sur mon compte, mais il n'en apas moins subtilement raisonné pour cela, Pouvait-il prévoir que je KnnliT.'iis précisément dans ma mémoire tv qui pouvait devenir 1,1 rlef île ses jii'Odi^es'! KnliMil-fl dans se n plan que le çampère dont il se servait nie livrât des endroits si vulnérables? Savonsnous si le Sicilien n'a pas déliassé de beaucoup ses pouvoirs.... Au sujet de l'anneau, c'est une chose certaine. ... Et cependant

de cet homme. Coitnisc un plan si [incim iii tracé peut ê(re aisément gâté par l'emploi d'un instrument trop grossierl Assurément ce. n'était pas sou intention que sa gloire nous fùl trompette d'un ton de charlatan par cet escamoteur; qu'il nous régalât de ces contes qui ne supportent pas le plus léger

peut-il avancer que son thaumaturge doive cesser au coup de minuit tout commerce avec les hommes .' Ne l'avons- nous pas vu nous-mêmes i cette heure au milieu de nous?

— C'est vrai, m 'écriai -je 11 l'an"! qu'il l'ait oublié!

— Mais c'est dans le caractère des gens de cette sorte d'exagérer de pareilles commissions, et de gâter par l'excès tout ce qu'une fourberie discrète et mesurée aurait accompli à souhait.

à ne voir dans toute cette atlaire qu'une ruse concertée. Comment'! L'effroi du Sicilien, les convulsions, l'évanouissement, tout l'état lamentable de cet homme , qui nous faisait compassion à nous-mflrues ; tout cela n'aurait été qu'un rôle étudié? En accordant même que le prestige théâtral puisse aller fort, loin, le talent de l'acteur ne peut toutefois commander aux organes de la vie !

— Sur ce point, mon ami..,, j'ai vu Garrïck dans Rkhnrd III,... Et dans ce moment étions-nous assez froids et de loisir pour observer sans prévention? "cuvions-nous juger l'émotion de cet homme quand la nôtre nous maîtrisait? De plus, la crise décisive , même celle d'une imposture, est pour l'imposteur lui-même une affaire si grave, que chez lui l'attente peut aisément produire des sjiuptùmes aussi violents que la surprise chez celui que l'on trompe. Ajoutez encore à cela l'apparition inattendue des sbires....

— Précisé ment, monseigneur.... Je vous remercie do m'en

faire snuu-uir. Aurait-il hier! Iin^inii 1 il'eipo-t'i' un nl.oi >: dangereux a l'œil do la justice? Ile mettre à une épreuve si délicate la fidélité de son second?... Et pour quelle fin?

— I.aissez-lui co souci : il doit connaître ses gens. Savonsnous quels crimes secrets lui répondent du silence de cet homme?... Vous avez entendu quel emploi il exerçait à Venise.

tlroyez-vous qu'il ail lif.KKOujj île peine k sauver ce drôle, qui n'a pas d'autre accusateur que lui? ■

(Et fin effet l'événement n'a que trop justifié' le soupçon du prince. Quelques jours après, comme nous demandions des nouvelles Je notre prisonnier, on nous répondit qu'il avait disparu.)

■ Pour quelle fin, demandei-vous! Par quoi autre moyen que par cette violente pouvait-il arracher au Sicilien une confession si invraisemblable, si honteuse, et pourtant si essentielle pour lui-même? ijuel autre qu'un homme désespère:, qui n*a pïus rien à perdre, pourra se résoudre à faire sur sa propre conduite des révélations si humiliantes? Dana quelle

— ■ J'arroi'ilu tout, tn/s-i^Tineux prince, lui dis-je enfin. Les deux apparitions une ' , ■: n i'-i] :i ■ ; le Sicilien nous a t'ail , je

le veux bien, tout uniment un conte, que son maître lui avait dicté; tous deux agissent de concert en vue du même but, et c'est par ce concert qu'il Tant expliquer tous ces incidents merveilleux qui nous ont frappés dVionnemem dans le cours de cette aventure. Cette prophétie de la place Saint-Marc, le premier prodige, qui a ouvert la porte a tous les autres, n'en reste pas moins inexpliquée; et que nous sert la clef de tous les autres, si nom désespérons d'avoir la solution de celui-la?

— lien versez plutôt la proposition, cher comte, me répondit là-dessus le prince. Dites : que prouvent tous ces prodiges, si je découvre qu'il y avait dans le nombre ne fût-ce qu'une jonglerie! Celte prophétie.... je vous le confesse..., passe ma conception. Si elle était seule , si l'Arménien avait terminé son rûle par elle , comme c'est par elle qu'il l'a commencé, j'avoue que je ne sais jusqu'où elle aurait pu nie conduire. En si abjecte compagnie , elle m'est un peu suspecte,

— D'accord, monseigneur! Cependant elle reste incompréhensible, et je délie tous nos philosophes de m'en donner une explication.

— Mais serait-elle en etlct tellement iiie\pl irai il i ■ ''. poursuivit le prince , après avoir iviléclii quelques moments. Je suis bien

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