LETTRE VIII
Non, très-cher ami ; vous faites tort à l'excellent Hiondello. Certainement vous avez conçu un injuste soupçon. ie vous abandonne tous les Italiens, mais celui-ci est homme d'hon-
Vous trouvez singulier qu'un homme qui a des talents si brilkin!.* et une eoinluile .si exemplaire s'abnisse i servir, s'il n'a pas pour cela de secrets motifs, et vous en tirez. In con-
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donc quelque chose de si nouveau, qu'un homme de tête et de mérite tâche de se rendre agréable à un prince qui a le pouvoir de faire sa fortune? Est-il peut-être déshonorant de le servir? Biondollo no fait-il pis voir anse? rhirenieiit que c'est ii la personne même du prini:e qu'il est attaché! Se lui a-l-il pas avoué qu'il a une secrète prière à lui adresser? Cette prière nous expliquera sans doute tout le mystère. Il peut Lien avoir des vues secrètes ; mais ces vues ne peuvent-elles être innocentes?
Il vous semble étrange que ce Uiondello, dans les premiers mois, et c'étaient ceux où nous jouissions encore de votre pré-
LE VISIONNAIRE. 139 sence. ait terni cachés ions les grands talents qu'il fait maintenant paraître, el iju'il n'ait attiré i mi r quoi quo ce soit l'attention sur lui. Cest vrai; mais où nuraït-il eu alors l'occasion île se distinguer? Le prince n'avait pas encore besoin de lui, et c'était
le hasard qui devait nous découvrir sï aulivs talents.
Mais tout récemment il nous a donné une preuve de son dévouement et de sa probité, qui détruira tous vos soupçons. On observe le prince. On cherche h recueillir de secrètes informations sur son genre de vie, ses connaissances et ses relations. Je ne sais qui a cette curiosité ; mais écoutez :
11 existe ici, .'i Samt-deorge, une maison publique, que Biondello visite souvent : il a peut-être la quelque commerce de galanterie; je ne sais. 11 s'y présente il y a peu de jours; i! trouve une société' rassemblée, ci es avocats et des fonctionnaires du gouvernement, <l:> Joum.v compagnons • ■ t < î t ■ vieilles eotmaissances à lui. On est surpris, on est réjoui de le revoir. On renouvelle connaissance; chacun raconte son histoire jusqu'au moment présent ;Biondello doit aussi régaler de la sienne. Il le fait en quelques mots. Ou le félicite de sou nouvel établissement; on a déjà entendu parler du brillant train dévie du prince de *", de sa libéralité surtout envers ceux de ses gens qui savent garder un secret; sa liaison avec le cardinal A'"i est connue de tout le monde; il aime le jeu, etc. Biondello joue la surprise... On plaisait tu avec lui de ci: qu'il lait le iityslcrieux ; un sait pourtant qu'il est l'agent du prince. Lus doux avocats le prennent entre eux; 1rs bouteilles se vident prestement,... on le force de boire : il s'excuse parce qu'il ne peut supporter le vin; cependant il boit, pour avoir l'air de s'enivrer.
« Oui, dit ctilitt un des avocats. ISiondcIIo entend son métier; mais il ne l'a pas encore appris à fond ; il n'est formé qu'à demi.
- Que me manquc-t-il encore? demanda Biondello.
- 11 sait, dit l'autre, l'art de garder un secret, mais il ne sait pas encore celui de s'en défaire avec avantage.
- Est-ce qu'il se trouverait un acheteur'! -demanda Biondello.
A ce moment, les autres convives sortaient de la salle, et il resta tète à tête avec les deux personnages, qui parlèrent alors ouvertement. Pour abréger, ils voulaient qu'il leur donnai des
informât ions sur les rapports du priuiv aver liî cardinal el son neveu; qu'il leur indiquât la source où le prince puisait de l'argent, et fit tomber dans leurs mains les lettres qu'on écrivait au comte d'O". Biondello les a remis à une autre fois; mais il n'a pu tirer d'eux le nom de la personne qui les a mis en avant. A juger par les offres brillanlrs qui lui ont été faites, les recherches devaient vtsiir de quelqu'un de très-riche.
Hier au soir, il a tout découvert a mon maître. Le prince fut d'abord d'avis iît- fit in- nrn'ter lie! il !iirn lus négocia leurs, mais Biondello lit des objections. Il faudrait pourtant m'en les relâcher, et alors il aurait mis eu péril, parmi cette classe d'hommes, tout son crédit, et peut-ôtre même sa vie. Tous ces gens , disait-il, sont liés entre eux, ils se soutionnpul les nus les autres; il aimerait mieux avoir [mur ennemi le conseil suprême de Venise, que d'être décrié elle/ eux comme un traître; d'ailleurs il ne pourrait plus cire utile au prince, lorsqu'il aurait perdu la
Nous avons ckeivbé , ! i J : r 1 1 ' i 1 il'où p ■ ■ 1 ] v ; i i t vi-nir cel espinnnage. Qui donc à Venise peut être intéressé h savoir ee que mon maître reçoit et dépense, quelles affaires il peut avoir avec le cardinal A"*i, et ce que je vous écris? Serait-ce peut-être un legs du prince de "d*'ï Ou bien l'Arménien se remet-il en mouvement?
LE BARON DE F" AU COMTE D'O"