‹ Œuvres de Schiller Mélanges de Schiller preécédés du Visionnaire. 7Chapitre 21 sur 95 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

Le prince nage dnns l'amour et la joie ; il a retrouvé sa Grecque. Écoutez comment cela est arrivé.

L'n étranger, qui élai! venu ji.ii 1 Cliioz/a, et qui vanlait beaucoup la belle position de celte ville sur le golfe, rendit le prince curieuxdc la voir. Celle excursion a eu lieu hier, et, pour éviter la conlrainte ol la dépense, il ne voulut pas d'autre compagnon que Z'" et moi, avec Biondello, et il désira garder l'incognito. Sous trouvâmes un bateau qui justement partait pour cet endroit, et nous y louâmes des places. La société était fort mêlée, rn.li» il. nknifi in|.-, - il* lr ly i i.. ul il ■■ -J. I- |" il i

Hhioïza estbilli stir pilotis comme Venise, et compte, dit-on, quarante mille habitants environ. 11 s'y trouve peu de noblesse, mais, !\ chaque pas, on rencontre des pécheurs ou des matelots. Quiconque porte une perruque et un manteau passe pour riche ; le bonnet et le sarrau annoncent le pauvre. La situation de la ville est belle, mais il faut n'avoir pas vu Venise,

Nous ne restâmes pas longtemps. II fallait que le patron, qui avait encore d'au 1res passagers, retournât de bonne heure àVe-

nise, et rien no retenait le prince à Chiozza. Tout lo monde avait déjà pris place dans le bateau, quand nous arrivâmes. Gomme la société rions avait fort iiieomnenlés en venant, nmis

manda quels étaient les autres passagers. On lui répondit qu'il y avait un dominicain et quelques liâmes qui revenaient à Venise. Mon maitre n'eut pas la curiosité de les voir, et entra aussitôt dans sa chambre.

La Grecque avilit été le sujet de notre conversation en venant; elle le fut encore pendant le retour. Le prince se rappelait avec passion le moment où elle lui apparut dans l'église; des plans furent lai M et ivjetés; les heures passaient comme tien minutes ; avant que nous nous en fussions avisas, Venise était devant nous. Quelques-uns des passa-ers débarquèrent; le dominicain était du nombre. Le patron se rendit auprès des dames, qui n'étaient séparées de nous que par une mince cloison, ce que nous ne sûmes qu'il ce moment, et il leur demanda où il devait aborder. On répondit : « A l'île Murano, ■ et l'on indiqua la maison. « L'Ile Murano! . s'écria le prince, et lefrisson du pressentiment sembla traverser son flme. Avant que j'eusse le temps de lui parler, Hîondello se précipita dans la chambre. ■ Savez-vous bien avec qui nous voyageons? . Le prince se leva d'un bond, i Elle est ici I elle-même! poursuivit Biondello. Je viens ilo quitter I J i ■ ■ : i : r 1 : . - qui l'arruuij-ia-iie ■

Le prince s'élança hors de la chambre. Elle était trop étroite pour lui, le monde entier l'aurait été dans ce moment. Mille sensations se heurtaient en lui; ses genoux tremblaient; on le voyait rougir et pûlir tour à tour. Je tremblais avec lui, plein

laissa plus de doute. Je n'ai jamais rien vu de plus beau; toutes les descriptions du prince étaient restées au-dessous de la réalité. L'nc ardente rougeur couvrit son visage, lorsqu'elle remarqua le prince. Elle avait du entendre toute notre conversation, et ne pouvait douter non plus qu'elle n'en eût été l'objet. Elle jeta il su compagne un regard d'intelligence, comme pour lui dire : * C'est lui ! > et elle baissa les yeux avec embarras. Une

LE VISIONNAIRE. 143 étroite planche fui posée <ii- la barque au rivage; elle devait passer dessus. Elle paru! y mettre le pied avec inquiétude, mais moins, lia; qu'il un: si' m Ma, pai' ta craint.' île laisser, que parce qu'elle ne pouvait iras i.ts tir sans stvnurs étranger, et que le prince avançai l déjà la main pour l'aider. La nécessité triompha du scrupule. Kl le accepta sa main et atteignit le bord. La violente émotion du prince le rendît incivil; il oublia l'autre dame, qui attendait le même service.... One n'aurait-il pas oublié dans ■ ■ m. m. nit !• in !■ )>mIi ii ■ "lin l- ■) ' -rr . ■ t ■■■ 1 1 lue M perdre le début d'une conversation qui avait commencé entre mon maître et la dame.

Il tenait toujours sa main dans la sienne.... par distraction, je pense, et sans le savoir lui-même.

.. Ce n'est pas la première fois, signora, que.... que.... • 11 ne pouvait achever.

. Je crois m'en souvenir, dît-elle h voix basse.

— Dans l'église de continua-t-il.

— Oui, dans l'église de •", répondit-elle.

— Et pouvais-jt: snunriimicr aujourd'hui que si prés de moi.... ■

Elle relira doucement sa main.... Il se troublait visiblement. Biondello qui, sur l'entrefaile, avait causé ai te le domestique, vint au secours du prince.

• Signor, lui dit-il, ces dames ont commandé ici des litières; mais nous sommes revenus plus lot qu'elles n'avaient pensé. 11 y a près d'ici un jardin, où vous pouvez entrer en attendant, pour éviter la foule. •

La proposition fut acceptée, et vous pouvez juger avec quel empressement de la part du prince, fin resta dans lu jardin jusqu'au soir. Nous réussîmes, 7,"' et moi, a occuper la vieille dame, afin que le prince pût i iiirelriiir la jeune sans être dérangé. Qu'il ait su bien employer ces instants, c'est ce que vous pouvez conclure de la permission qu'il a obtenue de lui rendre visite. Au moment même où je vous écris, il est chez elle. Lorsqu'il reviendra, j'en saurai davantage.

Hier, en rentrant a la maison , nous avons aussi trouvé à la fin les lettres de change que nous attendions de notre cour, mais accompagnées d'une lettre qui a fait jeter à mon martre

ikk LE VISIONS AIRE,

feu et flamme. On le rappelle, et d'un Ion auquel il n*est pas du tout ai'coLiluiiit 1 . 11 a ivjjufnUi iuconniii'Ht sur le ruemu Ion, ut il restera. Les lettres de change sont tout jusle suffisanles pour payer les intérêts du capital qu'il doit. Nous attendons avec impatience une réponse de sa sœur.

LE BARON DE F " AU COMTE D'O"

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