UNE ACTION MAGNANIME
fiit:i:iT Tins: m i.'uistoiiu: rwm'raRii'.i:'.!
Les dm me s et les romans nous fuit ennn.iitrc le cœur humain sous ses plus brillants aspects : noire imagination s'enflamme; notre cirur reste froid, ou du moins l'ardeur qui ainsi l'anime ne dure qu*u'n instant, et s'éteint dès qu'il s'agit de la pratique de la vie. Dans le moment même où la bonté sans apprêt de l'honnête Puiï nous louche presque jusqu'au! larmes, nous grondons et repoussons brusquement peut-être le mendiant qui frappe à notre porte.
Qui sait si ce n'es! pas précisément cette existence artificielle dans un monde idéal qui sape notre existence dans le monde réel? .Vous flottons là , pour ainsi dire , autour des deux points extrêmes de la moralité , l'atu/e et le démon, el nou9 néftlieeons ce qui est entre deux l'homme.
La présente histoire, qui a pour htfms (je suis heureui ri flt-rdele dir>'! deux Allemands, a un mérite incontMKiaiiIe rlli: vr.ne J V>;u re qu'elle hissera .1 mes le: leur* plus rhaleur d'Jmo que tous les volumes d* Grinduan et de Pamila
Deux frères, les barons de Wnnb., s'étaient épris a la fois d'une jeune et tfmniumle demoiselle de Wrtbr., sans que l'un soupçonnât la passion de l'niitre. Leur amour a tous deux était
1 . C* morceau Brli' in-'''. I.r:- > H''; ■ . ■< ii'Ihi.i:'.. r-.y.- 1 1 l'.v tir lji :in !-.]■
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tendre et fort, car ils aimaient pour la première fois. La jeune fille (Huit belle et d'une âme seu.«ih]n Les deux frères laissèrent croître jn>qu'.'i la passion leur doux penchant, ne
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ger, de tous, le plus terrible pour leur cœur : celui de trouver dans un frère un rival. Chacun d'eux voulut épargner à celle qu'il aimait un aveu prématuré, et ils s'abusèrent ainsi mutuellement , jusqu'à ce qu'un événement imprévu vint révéler tout le mystère de leurs sentiments.
Iléj.'i l'amour dfis deux frères avait atteint son plus haut degré; déjà la plus funeste des passions, qui a fait dans le genre humain des ravages presque aussi alfreux que son contraire, quelque horrible qu'il soit, s'était emparée de leurs
impossible. Yiveriu ut émue de la triste «itmition de ces deux ihlVirtunés , fi jeune tille n'osa se dédarer exclusivement pour l'un des deux, et soumit son penchant à la décision de l'amour fraternel.
Vainqueur dans cr.-fie lutte douteuse du devoir et du sentiment, que nus philosophes huii l.urjmirs si prêts a décider, et que l'homme, dans la vie pratique, hésite tant à engager, le frère aillé dit au plus jeune : ■ Je sais que tu aimes ardemment comme moi. Je ne veux point savoir qui de nous deux a les droits les plus anciens. .. Iteste ici ; je courrai le monde; je m'efforcerai de l'oublier. Si j'y parviens.... frère, elle est à toi, et que le ciel bénisse ton amour.... Si je ne le puis.... eh bien I alors, pars à ton tour et fais comme moi. >
II quitta aussitôt l'Allemagne, et alla en Hollande.... mais l'image de sa hien-aimée le suivit. Loin de la patrie de son amour, exilé d'une contrée qui renf i mait toute la félicité de son cœur, de la seule contrée où il pût vivre, le malheureux tomba malade: comme la plante dépérit quand l'Européen l'arrache violemment de la terre d'Asie sa mère , et la force à végéter dans un sol plus rude , loin de son doux soleil. Il atteignit Amsterdam, en proie au désespoir; là une lièvre chaude mit sa vie en danger. L'image de son unique amie dominait dans les rêves de son délire; la guérison dépendait de sa possession. Les médecins doutaient de son rétablissement : l'assurance
qu'on le rendrait à sa bicn-aimée put seule l'arracher à grand 'peine des bras de la mort. Squelette vivant, effrayant exemple des ravages de la douleur, il rentre dans sa ville natale, et monte, en chancelant . l'escalier qui conduit cliez celle qu'il aime, chez son frère.
• Frère, me voici de retour. Quel sacrifice j'exigeais de mon cœur, Dieu seul le sait. Je n'en puis supporter davantage. ■ Il tomba évanoui dans 1rs bras île la jeune lille.
Le plus jeune frère ne se montre pas moins résolu. Au bout de quelques semaines, il se présente en costume de voyage :
. Frère, dit-il, tu as porté ta douleur jusqu'en Hollande.... je veux essayer de porter la mienne plus loin. Ne conduis pas notre amie !i l'autel avant que je t'écrive. L'amour fraternel
toi.... alors, au nom de lliru ! qu elle soit à toi, et que le ciel bénisse votre amour! Si je ne le suis point.... que le ciel décide de la suite et prononce entre nous! Adieu! (larde ce petit paquet cache 'é, ne l'ouvre pas que je ne sois parti.... Je vais à Batavia. •
A ces mots, il s'élança dans la voiture.
Respirant à peine , ceux qu'il quiltait le suivirent d'un regard stupéfait. Il avait surpassé son frère en générosité. Il lu laissait combattu entre l'amour et le regret de perdre le plus noble des hommes. Le bruit de la voilure qui fuyait retentit comme un coup de tonnerre dans le cœur de l'aîné. On craignit pour sa vie. La jeune fille.... mais non! la fin nous instruira de ce qui la touche.
On ouvrit le paquet, C'était une donation en règle de tous les biens que l'exilé possédait en Allemagne : s'il réussissait à Batavia, son frère les devait rt cueillir. Le courageux vainqueur de lui-même mît à la voile en compagnie de marchands hollandais, et arriva lieureitsenient h Batavia. Au bout de quelques semaines , il envoya à sou frère les lignes suivantes :
■ Ici, sur cette terce itmivelle, où je reini rcie le Tout-Puissant, je pense ï loi et a celle qui nous est chère, avec le ravissement d'un martyr. Des scènes nouvelles, un nouveau destin ont agrandi mon Ame; Dieu m'a donné la force de faire il l'amitié le plus grand sacrilice. Elle est à loi..., Dieu ! ici est
tombée une larme,.,, la dernière.... J'ai triomphé.... Notre jeune unie est à loi.... frère, je ne devais pas la posséder; elle n'aurait pas été heureuse avec moi. Si jamais la pensée lui venail qu'elle eût pu l'être.... Prère!... Frère I... Oh! alors,, c'est un lourd fardeau dont j>i charge ton âme. N'oublie pas quel prix coûta sa conquête. .. Traite toujours cet ange comme
ne serreront. Adieu! ne m'écris pas quand lu célébreras tes noces.... Ma blessure s.iij.'iu' toujours.... Apprend s- moi seulement ton bonheur. Mon action même nie garantit que Dieu
gère. ■
Le marinse fut célébré. La plus heureuse des unions dura un an.... puis la femme mourut. C,s ne fut qu'en mourant qu'elle révéla à son amie la plus intime Je douloureux secret de son citur : c'était l'exilé qu'elle avail le mieux aimé.
Les deux frères vivent encore. L'aîné, remarié, vit sur ses terres en Allemagne. Le plus jeune est resté a Batavia, où il est parvenu i une brillante [>ros|, rrité. Il a fait un vœu, et l'a tenu : celui de no jamais se marier.