POUR AVOIR PERDU L'HONNEUR
Dana toute l'histoire de l'homme, il n'y a, pour le cœur et l'esprit, aucun chapitre plus instructif que les annales de ses erreurs. A chaque grand crime, une force grande à proportion a été misa en mouvement. Si, à la faible lueur des sentiments ordinaires, l'action nuMi'i-ifiisi: uY la passion demeure cachée, elle n'en devient que plus saillante, plus manifeste, plus colossale, dans l'état d'exaltation violente. L'observateur pénétrant, qui sait jusqu'à qurl point au jusie on puni faire fond sur le mécanisme de la liln'i ié habituelle du vouloir, et dans quelle mesure i! est permis de conclure par analogie, pourra, de ce domaine des égarements de l'homme, transporter dans sa psychologie plus d'une expérience, et en tirer des conséquences pour la inorale de la vie.
C'est quelque chose de si uniforme et à la fois pourtant de si composé, que le cœur humain '. Lue seule et mfniie aptitude, un
I Ce récit > paru il'iikinl .tans lu Jemi.-.rrie cahier (le la Thalie JHItYiiif, puUiO on 1786. La litre priniilif 6liil IVtTMnw am Infamie, . Crijiinel
léliquo, ai le» mÉdecinavculcnl être frams . oui recueilli leurs meilleures deccu-
lumiSres sur II phjsiolDgia. La. psychologie, li mgrals, U puissance légiiUtilo oeirsienl mirrs cm eicmjile, al elK-i-ciir nie rni-ril" ries r nn'ijirmnmh dam loi prisons, les cours de. justice, el les procMuras criminelles, qui aunl lea procès-
seul et mémo désir peut s'exercer sous mille formes el dans mille direct ions ; peut produire mille phénomènes contradictoires; peut se montrer dilP-rcuniieii! nmiliiné dans mille caractères! et, d'autre part, mille caractères el mille actions dissemblables peuvent dériver d'un seul et moitié penchant, sans qui; l'homme (c'est de sa nature pourtant qu'il s'agit) se doute le moins du monde de celte pareuté. Si, pour la race humaine, comme pour les antres règnes de la nature, il s'élevait un jour uu Linnée, qui rh—àl les hommes i l'a près leurs instincts et leurs penchants, combien ne s etuiint-i'ail-nn ]ias de rencontrer sur
uni: seule et i l m ■ 1 1 1 ■ ■ IL'ue, iivee le 1 stre lior^ia. pius d'un
iliiiiviilu {lni:[ iiiainlehriiil lis vie!-; r'luul!eii! 1 1 1 ■ i - l ■ > a i j ■ : j i e - 1 1 1 dans la sphère rétrécit de la \ie civile et lians l'étroite enceinte
En examinant les choses à ce point de vue, on trouve mainte objection 4 élever contre la commune manière de traiter l'histoire, cl 14 aussi, j'imatùne, est l'obstacle t|ui fait que l'étude île l'histoire est jusi|u'iei demeurée infructueuse pour la vie sociale. Entre la vive émotion du personnage qui est en scène, el la tranquille disposition d'esprit du lecteur devant qui l'action est représentée, il risii»! mi contraste si choquant, il eiisto une si grande distance, qu'il est dillicile, impossible même & Ce
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a entre le sujet historique et le lecteur un vide, qui éloigne toute possibilité de comparaison ou d'application; et de la sorte, au lieu de cette terreur salutaire qui vient avertir, dans sa sécurité, l'orgueilleuse santé de l'Ame, le récit n'obtient de nous que le hochement lie téte de ta surprise incrédule. Le mai-
au moment où il l'expie, était cependant un homme comme nous, nous le réarmions comme une créature d'une autre espèce, dont le san:; circule autrement que le nfltre, dont la volonté obéit 4 d'autres régies que la noire : sa destinée nous touche peu; car enfin, l'émotion ne se fonde que sur le senti-
1. Dsa* la rfcoJit. I» pbrwo H tanaii» da la maniait iiiivamo : . El il ytur..;l jinut iliii [îhii île r.ii-rnis i:e 11 1 . Iroiiïti r.i[.jn-..-i:bi.:-s, .;us n'en J ni lu clicvilicr suêiloij de jettr du:- une aicrau clss:c !c ti;.:i.-.rn^:iO[i roncflilile el la
meut confus d'un dan^iT analogue, et nous sommes ]>ïen loin de rêver seulement une pareille analogie. L'instruction se perd avec la ressemblance , el l'histoire, :ui lieu d'être une école ijui nous Tonne, est réduite à procurer mit' misérable, satisfaction à notre curiosité. Veut-elle tVtro pour nous quelque chose de plus, et atteindre son grand et véritable but: il faiit alors qu'elle choisisse de deux méthodes Tune : au donner au lecteur la chaleur du héros, ou rendre le héros aussi froid que le lecteur.
Je sais que, parnii les meilleurs historiens des temps modernes et de l'antiquité , plus d'un s'en est tenu à la première méthode, et a séduit l'âme de son lecteur par une entraînante exposition. Mais cette manière est une usurpation de l'écrivain, et porte atteinte ti la liberté toute républicaine du public qui le lit et qui a le droit île prononcer lui-même la sentence- puis, c'est une transgression des justes limites, car cette première méthode appartient Exclusivement à l'orateur et au poète. 11 ne reste a l'historien que la seconde.
11 faut que le héros devienne (raid comme le lecteur, on, ri: qui revient au même ici, que nous fassions connaissance avec lui avant qu'il agisse ; il faut que nous le voyions, non pas seulement accomplir son action, mais encore la vouloir. Ses pensées nous imporlriit infiniment plm ]in sis actes, et les sources de ses pensées bien plus que lus conséquences de ses actes. On a étudié le sol du Vésuve , pour s'expliquer l'origine de ses éruptions: pourquoi examiner de moins près un phénomène moral qu'un phénomène |iln -i'jne; Pourquoi ne pas accorder le même degré d'attention à la nature du l'tiomme coupable, et au pouvoir des circonstances au milieu desquelles il s'est trouvé, jusqu'au moment où les uialières inflammables, amassées au dedans de lui, ont pris feu! Le rêveur qui aime le merveilleux est charmé pn'i isémeiit par ce qu'il y a d'étrange et d'extraordinaire dans le [ihéoouiènc ; mais l'ami de ia vérité cherche une cause aux effets, une mère à ces enfants perdus. 11 la cherche dans l'invariable constitution de l'âme humaine et dans les conditions variables qui la déterminent du dehors ; dans ces deux sources il la trouve certainement. Alors il ne ■
couche de terre où no fleurissent du reste que des plantes sa-
lutaires, lin trouver ensemble dans lu tnbine berceau la sagesse cl la folie, le vice cl la vertu '.
rence par cela seul qu'elle extirpe celle ironie cruelle el celle orgueilleuse .-issu [-.'n n -t- . a ver U-si|!u-l it-.* la vertu qui n'est restée debout que faute de leulaliou, méprise cuimuunément la vertu tombée; puis eneore parce <[U'elle propage ce douj esprit de tolérance, sans lequel aucun fuciiif m: revient, aucune réconctlinliiin n'e^t pns-ihle entée la Ini e| >i.n vinlaleur. sans lequel
1* criminel dont je vais parler aurait-il encore eu le droit d'en appeler h cet esprit de tolérance? klait-re réellement un
I ? 1 1 ■ 1 tl I .II- [il'l'i:!] S.J ; I S t " ■ ■ C : T i L ~ p'.'llf lu l'OlpS lie l'Haï Je IL!' ll'LI.V
point prévenir le jugement iiu lecteur. .Notre indulgence ne lui peut plus servir, car il est mon de la main du bourreau.,., mais l'autopsie de son crime sera peut-être un enseignement pour l'humanité.... et peut-être aussi pour la justice.
Christian Wolf était (ils d'un aubergiste d'une petite ville de ***, dont je dois taire le nom pour des motifs qui s'expliqueront plus lard. Jusqu'à l'âge de vingt ans, il aida sa mère à tenirl'auberge; car le père était mort. L'auberge était peu achalandée, et Wolf avail des heures de dés œuvre ment. Dès le temps de l'école il était connu pour un mauvais garnement. Les grandes filles se plaignaient de son effronlerie^ et les jeunes
L'HOMME uBVENU CRIMINEL, ETC. 1 77
tion naturelle : tout cela lui donnait un aspect repoussant, qui éloigrait de lui tomes les femmes, et f( mnii ■■-ail :i rnple matière aux railleries de ses camarades '.
11 voulu! obleiiir de force ce qu'on fui refusait : parce qu'il déplaisait, il si' mil dans h lêtc di: plaire. Il n'était que sensuel, il se persuada qu'il aimait. La jeune fille qu'il choisit le malmena; il avait tout lieu de craindre que ses rivaux nu fussent - plus heureux. Elle était pauvre. • L'n cœur, pcnsa-t-il, qui restait fermé à ses pri.lestatinns s'ouvrirait peut-être a ses présents. ■ Mai- i'intjip'ticc le |,n-.-iit hii-iEn'mc, et ses ïiiiiies
qu'il gagnait avec sa méchante ai.bergc. Trop ami de ses aises et irop ignorant pour relevi-r ses affaires par quelque spéculation, trop orgueilleux et aussi trop mou pour devenir un paysan, après avoir été jusque-là un monsieur, et pour renoncer à sa chère liberté, il ne vit devant lui qu'un moyen de sortir d'embarras, moyen que mille autres, avantet après lui, ont, employé avec plus de succès ; celui de voler honnêtement. Sa ville natale était voisine d'un bois domanial : il se lit bracon nier, et son butin passa (id''-lcmetil dans le;; muins de ;a hieu-
l'armi les amoureux île Jeannette se trouvait Robert, un des gardes-chasse du lïiresiiec. Heheii remarqua bien vite l'avantage que son rival avait pris sur lui par ses générosités, et il chercha d'un œil envieux l'origine de ce changement. H se montra plus assidûment à l'auberge du Snlrii (e était l'enseigne de Wolf), et ses regards scrutateurs, aiguisés par la rivalité et la
son de correction. Robert fut infatigable à surveiller les secrètes allées de son ennemi : il réussit enlin à prendre l'imprudent sur le fait. Wolf fui arrêté, el ce ne fut qu'en sacrifiant tout son petit avoir, qu'il parvint, à grand 'peine, à échapper, au moyen d'une amende, au chitimeut qu'il avait encouru.
I . t.. Ttuihc ;< i';i uni' pli ['lu- ; ■■ l.i' = 1 1 ^- 1 -- rt ^ j i;i - iium- .iv.iit rlr-
■1:j:::±Li'.j:i • I- [il >V::l: h. .t j lis.»
178 JIËLANtiLS.
Robert triomphait. Sun rival était exclu de la lice, el la faveur de Jeannette perdue pour le mendiant. Wolf connaissait son ennemi, el cet ennemi était l'heureux possesseur do sa Jeanne. Le sentiment amer de sou indigence se joignit à son orgueil offensé. I* besoin et la jalousie excitent A l'erivi sa passion: la faim le pousse à s expatrier, à courir le monde; la vengea née et l'amour le retiennent. Il redevient braconnier; mais la vigilance redoublée de Hubert le surprend île nouveau. Cette rois, il ■ éprouve toute la sévérité de la loi : ear il n'a plus rien à donnez-,
poids du malheur. A peine a-t-il sa liberté, qu'il se Mille de retourner au lieu du sa naissance, pour se montrer à sa chère. Jeanne. 11 parait : on le fuit. Le besoin impérieux a enfin plié sa lierlé" et vaincu sa mollesse : il se présente, aux riches de l'endroit, et demande à servir pour un salaire. Le paysan hausse les épaules à la vue de ce gars amolli et ehétif; la solide charpente de ses robnslcs concurrents le supplante auprès de cet impitoyable patron. Il hasarde un dernier essai. Un emploi est encore vacant, l'extrême et dernière ressource d'un honnéle homme.... il s'ollre pour élre le bercer de la pelite ville ; mais les pa\ sans ne veulent point confier leurs pourceaux à un vaurien. Déçu dans loules ses tentatives, parlool éconduit . il devient braconnier pour la troisième fois, el, pour la troisième fois, le malheur le fait tomber entre les mains de son vigilant ennemi.
La double récidive avait a^ravé son délit. Les juges lurent dans le livre de la loi, mais pas un dans l'âme du prévenu. L'édit porté contre les braconniers reehuiait une sanction solennelle et exemplaire, et Wolf lut condamné à travailler trois ans dans une forteresse, après <ju'<m fer chaud lui aurait flétri le dos du signe de la potence.
l>tte période encore, s'écoula, e[ ii nu-iil de la forteresse.,.,
faits lui-même à l'ecclésiastique nui l'assistait, el à la justice.
■ En entrain dans la forteresse , dit-il , jetais un malheureux égaré, et j'en sortis nu coquin, .lusqui'-l'i j'avais encore dans le monde quelque chose r|ui m êlait cher, et mon orgueil se courbait sous le poids de la Iioute. Lorsqu'on m'amena a la forteresse, on m'enferma avec vingt- trois prisonniers, parmi lesquels il y avait deux meurtriers; tous les autres étaient des voleurs et des vagabonds décriés. Du se moquait de moi quand je parlais de Dieu , et l'on m'excitait à proférer d'hiTames blasphèmes contre le Ucdcniplcur. Un me chantait des chansons obscènes, que je ne pouvais, tout vaurien que j'étais, entendre sans dégoût et sans horreur; mais ce que je voyais l'aire me révoltait bien plus encore. Il m; se passait point de juin- qui.' je n'entendisse raconter mie vie scandaleuse ou projeter quelque mouvais coup. D'abord , je fuyais cette rare , et me dérobais autant qu'il m'Était possible, il ces propos; mais j'avais besoin de la société d'uni: créature qiiHrmique, cl la barbarie de mes geôliers m'avait Musé .iitsqu'.ï mon chien. I.e travail était dur
tance; pour parler sinivremem. j'avais besoin de pitié, et cette pitié, je ne pus l'acheter qu'eu sacrifiant le peu qu'il me restait de conscience. C'est ainsi que je m'habituai enlin aux plus grandes horreurs, et, dans le dernier trimestre, j'avais dépasse nies maîtres.
■ A partir de cette époque , j'aspirai avidement au jour de
et comme une victime des lois Je secouais mes chaînes en grinçant des dents lorsque le soleil se levait derrière la montagne de ma forteresse : une vaste perspective est un double enler pour un prisonnier. Le vent , l'air libre qui sil'llait à travers les soupiraux de la tour, et l'hirondelle qui se posait sur la barre de 1er de ma grille, semblaient me narguer avec leur liberté, et me rendaient nia captivité d'autant plus affreuse. Alors, je vouai une haine ardente, implacable, à tout ce qui ressemblait à l'homme, et ce vœu, je l'ai fidèlement accompli.
• lia première pensée , aussitôt que je me vis libre , fut ma ville natale. Si je ne pouvais espérer d'y trouver désormais des
ilence quand je vis de
satisfaction de creur que j'avais éprouvée à mon premier retour: le souvenir de loul le mal, de loutes les persécutions que j'y avais soufferts autrefois, sVvcilla knit d'un coup comme d'un affreux sommeil de mort; tnutvs mes blessures recommencèrent .i saigner, louiez mes niati'i'Vs si- l'ouvrirent. Je doublai le pas, car je jouissais à l'avance d'cil'i-ayi'i' mes ennemis par
ii.i •■[-■■■ . | .( .h -i, • i j i ..il dl-i ■ !■ " M --» t ••n-i
liations , autant que je les avais redoutées jadis.
. Les cloches sonnaient les vêpres, lorsque je me trouvai au milieu de la plaee du mai'dié. Us p'iis (le la paroisse se rendaient en foule à l'église, lin me reconnut bien vite; chacun de ceux qui me rencontraient reculait avec crainte. De tout temps j'avais beaucoup aimé les petits enfants, et, dans ce moment même, par je ne sais quelle impulsion irrésistible, j'offris un (,-ros à un petit gaiviin qui passait devant moi en sautillant. L'enfant me regarda fixement une minute, et me jela le gros à la face. Si j'avais eu tant soit peu plus de sang-froid, je me serais souvenu que la longue barbe que je rapportais dn ma prison défigurait affreusement les traits de mon visage.... mais mou mauvais crnir avail [.■iiiTuiiipu ma raison. Des larmes, connut! j muais je n'eu avrils versé, coulèrent sur mes joues.
" bêle immonde. Suis-je donc marqué quelque part au front, - ou ai-je cessé de ressembler i un homme , parce que je sens « que je n'en puis plus ainirr aiiriiu? ■ Le mépris de cet enfant me causait une souffrance plus amère que mes trois années de travaux forcés, car je lui avais fait du bien, et à lui je ne pouvais imputer aucune haine personnelle.
• Je me plaçai ilans un chantier en face de l'église. Ce que je voulais précisément, je. ne puis le dire; pourtant je sais encore que je me levai exaspéré en voyant que, de tontes mes connaissances qui passèrent devant moi, pas une ne me jugea digne d'un salut, pas une seule. Indigné, je quittai ma place, pour chercher une auberge. Comme je tournais le coin d'une rue,
L'HOMME DEVENU CRIMINEL, ETC. 181 je me trouvai face à face avec ma Jeanne. - L'holc du Soleil I ■ g'écria-t-elle tout haut, et elle lit un mouvement pour m'embrasser. « Te voilà de retour, cher Christian! que Dieu soi! ■ loué de l'avoir ramené ! > La faim et la misère se trahissaient dans ses vêtements, nue maladie houleuse, sur son visage : tout son aspect révélait une créature perdue, le dernier degré d'avilissement. Je vis tout de suite ce qui avait pu arriver : quelques dragons de la garde que je venais de rencontrer me firent deviner qu'il y avait une garnison dans la petite ville. « Une fille
dessous du moi dans 1 'échelle des êtres. Je ne l'avais jamais
- Ma mère était morte. Mes créanciers s'étaient payés avec ma petite maison. Je n'avais plus personne, je n'avais plus rien. Tout le monde me l'uiail comme un animal venimeux,
trait aux regards des hommes , parce que le mépris m'était
à les Taire fuir. J'étais content de n'avoir plus rien à perdre, plus rien dont il faillit rue panier. Je n'avais plus liesoin d'aucune bonne qualité, parce qu'on ne m'en supposait plus 1 .
« Le monde entier m'était ouvert; peut-être, dans une province étrangère , aurais-je pu passer pour un honnête homme ; mais j'avais perdu jusqu'à l'envie de le paraître. Le désespoir et la honte avaient fini par me réduire à de tels sentiments. Désormais mou unique ressource était d'apprendre à me passer de l'honneur, car je n'y pouvais plus prétendre. Si ma vanité et mon orgueil eussent survécu à mon abaissement', j'aurais été contraint de me tuer.
«J'ignorais encore moi-niéioe à quoi j'étais décidé. Je voulais faire le mal : voilà tout ce queje me rappelle confusément. Je
I. On til .le plus dans lu Thatir:* On me toi sait nivr rie- inr.im.es qur Je n'avais pas ciiorc comm !.,■ u-<ti:t lnm;;.m M.iil num .].'■ !.i l-Tjr : j'avais lu ilmu
île Un fcbirv l.iul Ih- rn.'l ■ 1 - - 1 1 li'.n ■.■ l'.'v.ii* I:i .■!';[].'. Mim .l^ti-mnen r .'[.il
|i. i ;.|i '.,1 aVL'c liii Mit.W:^ iIll |iu:l j.^ ;...ui]i^ i-n:i.rc laire grau
voulais mériter mon sorl. ■ Les lois, pensaïs-je, son! des bien- ■ faits pour le monde : :■ je pris dune !:i r< -s-i h î ti*~ n île les violi:r. Autrefois, j'avais péché pur iiéues^iti: et légèreté; à parlir de
. ■ m. .m. 1,1, . . p.ii . i i |....jf |.| ,i 'f
La première cho-r < [ l:>: ji: fis, fut de l'unlinuer mon hra- ,71|]N, , l La i il !■■-!■ ri! !';;[ ■ - 1 : =. L T j.ru .'i |)i'U devenue f lie? inni
une passion , et d'ailleurs il fallait bien vivre. Mais ce n'était
prince et d'offenser mon souverain autant que je le pouvais. Être arrêté, je ne m'en inquiétais plus, car maintenant j'avais nue balle prèle pour qui me découvrirait, et je savais bien que mon coup ne manquerait pas son homme. Je tuais tout le gibier ipir j- rencontrais . je n'en vend;;!- ,'i la frontière qu'um! petite quantité, j'en laissais pourrir sur place la plus grande partie. Je vivais misi'nilili'iistîiit , peur .-uT'ire avant tout à ma dépense de poudre et de plomb. Mes dévastations dans le gros gibier faisaient grand brui! ; mais le soupçon ne pesait plus sur moi. Mon aspect \c. dissipait. .Mon nom était oublié.
■ Je menai ce genre de vie pendant plusieurs mois. Un malin . ['ai nis, se i. m mon luln-mie, parc- nus] le imis, p ■nr suivre la piste d'un cerf. Durant deux heure* je mêlai? l'aligné en
(eut ii coup je la découvris ù portée de mon fusil. Je veus mettre en joue et tirer.... niais soudain je remarque avec saisissement un chapeau étendu par terre à quelques pas de moi. Je regarde plus attentivement, et j'aperçois et reconnais le garde -chasse Robert, qui, derrière le tronc d'un gros chêne, vise précisément la même bête à qui j'avais destiné mon coup. A cette vue, un froid mortel parcourt mes os. C'était justement l'homme que, parmi tous les êtres vivants, je détestais le plus a ttreti sèment, et cet homme était là, u la portée de ma balle. En ce moment, il me sembla que je tenais le monde entier sous mon coup de fusil , et que la haine de toute ma vie se concentrait au bout de ce seul doigt qui allait accomplir la pression meurtrière. Une main invisible, effroyable, planait au-dessus de moi: l'ai-uillede nia destinée marquait irrévocablement cette noire minute. Mon bras tremblait, tandis que je laissais à mon fusil ce choix terrible.... mes dents claquaient
L'HOMME DEVENU CRIMINEL, ETC.. IP'i comme dans le frisson de la lièvre, et ma respiration haletante s'arrêtait dans ma poitrine. Hésitant entre l'homme et cerf, ](■ cation ■:!'■ riiitn î'n-i! ] j .a '■ ■ i r : ■ ■ ; c une niisniti-. jush: enltv
La vengeance et la conscience se livrent un combat opiniâtre et doutcui ; mais la vengeance l'emporte, et le garde -(liasse tombe
t lion arme m'échoppe avec le coup.... ■ Meurtrier!... » bégayai-je lentement.... la forêt était silencieuse comme un cimetière.... je m'enlondis ]iniL-nn' , i»it- distinctement dire : ■ Meurtrier! » Je me «lisse plus prés de lui : à ce moment même il expire. Je demeurai lortgt ps sans voix, debout devant le mort; enfin, un sonore éclat de rire me rendit la respiration. ■ Te tairas-Ut inaititetianf, ilis-je, oinn bon ainiï • et je m'avançai avec audace, et tournai vers !e jour le visage de la victime. .Ses jeux étaient grands ouverts, .le devins sérieux, et de nouveau je me tus tout à coup. Je commençais à me sentir dans une disposition étrange.
■ Le mal que j'avais fait jusque-là, je le mettais sur le compte de mon infamie; mais je venais de commettre une
ciel rien de plus misérable que mot ; maintenant je commençais a soupçonner une je pouvais bien, une heure auparavant, être digne d'envie.
• L'idée des jugements de Dieu ne me vînt point à l'esprit.... mais je ne sais quel souvenir confus de corde et do glaive, et
tenait à lu [ii-licc. .li' il" tuer rappelle néii rie plus, l'en après, je me pris a désirer qu'il vécût encore. Je me faisais violence pour ranimer le souvenir de tout le mal que le mort m'avait fait pendant sa vie; mais, chose étrange! ma mémoire était comme éteinte. Je ne pouvais plus rien lue représenter de ce qui, un quart d'heure plus lût, m'avait exalte jusqu'à la rage. Je ne concevais pas le moins do monde comment j'en étais venu à ce meurtre.
184 M fil. AN fi ES
« J'Étais encore là, toujours debout devant le cadavre. Ocu claquements de fouet et le iiruit de quelques chariots qui traversaient le liois un; rappc li: relit à tiiui-iiléitle. Cétait a peine à un quart de mille do la grande route que le crime avait été commis. Il me fallait songer à ma sûreté.
■ Involontairement je m'cii^.iL'i .ii ilavautaKE- dans le bois.
vint que le mort possédait autren d'argenl pour atteindre la fron-
. Alors je m'enfuis au cœur de la forêt. Je savais qu'elle s'étendait vers le nord dans une longueur de quatre milles allemands, et que là elle touchait à Ja l'nmiii Te du pays. Je. courus hors d'haleine jusqu'à midi La précipitation de ma fuite avait d'abord dissipé mes remords ; mais ils revenaient plus terribles à mesure que mes forces s'épuisaient. Mille fantômes horribles me passaient devant les yeux , et il me semblait qu'ils m'enfonçaient des laines tram-liantes d;ms la pdilntu*. Entre une vie empoisonnée par la crainte continuelle de la mort et une mort volontaire, il me restait à faire un dioiv épouvantable, un choix nécessaire. Je n'avais point le cœur de sortir de ce monde par un suicide, et j'étais ell'rayé à l'idre d'y rester. Pressé entre les tourments certains du la vie et lus craintes incertaines de l'éternité, r'-;:ali.'inviil ;ri!'ap;tti]>' de vivre et de inouï ir', je passai de la sorte la sixième heure de ma fuite , heure où s'entassèrent
I, «Trop Italie pour i lue cl ooji Uchs pour mouiir. • (Tftulir,)
L'HOMME DEVENU CRI MI NUL, ETC. 185 du telles souffrances que jamais homme vivant n'en eut ù raconter dépareilles'.
• Replie sur moi-même, marchant à pas lents, mon chapeau
enfoncé, ii mon insu, bien lias sur 1b visai»', c me si cela eùl
pu me rendre méconnaissable aux yeux de la nature inanimée, j'avais suivi, sans m'en apercevoir, un étroit sentier, qui me conduisait par le fourré le plus sombre.... lorsque soudain une voix rude et impérieuse i. fin devant moi : ■ Halte! • La voix ('■tait tome [■rni'hi- , in.i ;i"rniru[;i[n>ii et mon chapeau eo-
sauvage, qui portait un jîrainl li.it"n nouou\. Si structure- était d'un Réant (c'est du moins ce que m'avait fait croire mon premier saisissement); la couleur de sa peau était un jaune de mulâtre tirant sur le noir, d'où ressortait affreusement la blancheur d'un œil louche. Il avait , au lieu de ceinture, une grosse corde qui faisait deux fois le tour d'un surtout de laine verte, et dans laquelle était passé un large coutelas auprès d'un pistolet. Le-cri de halte fut répété, et un bras vigoureux me saisit fortement. La voix d'un homme m'avait effrayé; mais la vue d'un scélérat me donna du cœur. Dans l'étal où je me trouvais en ce moment, j'avais îles raisons de trembler devant tout honnête homme, mais devant un brigand , je n'en avais plus.
. Ouï es-Ui.' dit cette apparilinn.
. — Ton semblable, ropondis-jc , si lu es véritablement ce ■ que tu parais.
■ — Ce n'est pas là la route. Qu'as-tu à chercher ici!
« — Et toi, répliquai-je d'un ton de défi, de quel droit m'm- • terrages-tu ï ■
• L'homme m'examina deux fois ries pieds à la tête. On eût dit qu'il voulait comparer ma figure à la sienne et ma réponse à ma figure.. . « Tu parles brutalement, comme un mendiant, > dit- il enfin.
« — Cela peutélre Je fêtais encore hier.... •
■ L'homme se mit à rire. - On jugerait, s'écria-t-il, que main-
• tenant encore tu n'as pas envie île passer pour mieux que cela.
■ — Alors, pour pis que cela, sans doute? » — Je voulus continuer mon chemin.
« Tout doux, l'ami! Qu'est-ce qui te presse donc ainsi? Ton
• temps est-il si précieux? »
» Je réfléchis un instant. Je no sais comment cette parole me vint à la bouche : « La vie est courte, dis-je lentement, et
• l'enfer est éternel. »
• Il me regarda fixement. « Dieu me damne, dit-il enfin , si ■ tu n'as ]Miint ellletiré de Lien près la polnicel
« — Ceht pourra Lien venir. Au revoir donc, camarade !
« — Tôpe, camarade ! ■ crin-i-il , en tirant de sa gibecière une bouteille d'élaitl , dont il Lui une bonne gorgée , et qu'il me
dans tout le cours de celle é[iouiautaLh' journée, rien encore n'avait passÉ par mes livres, .le craignis déjà de mourir d'inanition dans eu pays boise, où. à trois milles à la ronde, je n'avais rien à attendre pour me restaurer. Qu'on juge avec quelle joie je lis raison à celtn santé qu'on me portait. Avec la boisson bienfaisante, de imuielles forces coulèrent dans mes membres, et dans mon cœur un nouveau courage, avec l'espérance et l'amour de la vie. Je commençai à croire que je n'étais pourtant \>;n tout à fait misérable : ce Tut l'effet de ce bienheureux breuvage, (lui , je l'avoue , ma situation touchait de nouveau au bonheur; car à la fin, après mille espérances
,|. i ii ... II.. ni' • f.;.,[pjl. .pi |. irji;4ji| j. int I p L i -. p
moi. Dans l'état où j'Étais lombÉ, j'aurais fait amitié , le verre en main, avec un démon de l'enfer, rien que pour avoir un confident.
< L'homme s'était étendu sur l'Lerlio ; j'en lis autant.
« Ton breuvage, dis-je, m'a fait du bien. Il faut que nous
i II battit le briquet, pour allumer sa pipe
■ Y a-t-i! déjà hm^-loinps que tu l'iiin lit métier'.' -■
- Il me regarda fixement.... « fju'enteuds-tu par là?
■ — Y a-t-il eu déjà soin eut du sang là? ■ Je lirai le couteau de sa ceinture.