CONNEXION DES DEUX NATURES DE L'HOMME. S
De là, la pesanteur, le vide de pensées, l'humeur chagrine, qui suivent la surcharge de l'estomac et l'excès du tous les plaisirs des sens ; de la, ces merveilleux effets du vin chez ceux qui en boivent avec modération. « Quand vous avez bu du vin, dit frère Martin', votre tïiaîuiiCi; est Jcul'lce ; la pensée est une fois plus facile, la résolution plus aisée, l'exécution plus prompte. ■ De là, par un temps pur et sain, la bonne humeur, le sentiment de bien-être, qui résultent on partie, il est vrai, de l'association îles idées, mais qui uni leur raison principale dans le jeu alors plus facile des fonotiiois un In roi les. • Je lue trouve bien, ' disent ordinairement les personnes placées dans ces n.nu!i lions, et. dans le même temps, olles sont mieux disposées à tous les travaux de l'esprit, cl leur ereur est plus ouvert aux sentiments d'humanité et à la pratique des devoirs moraux. I! en est de même du caractère national des peuples. L'habitant de sombres contrées partage la tristesse de la nature environnante ; l'homme devient sauvage dans les zones sauvages et orageuses; il est riant sous un doux climat ; il est sympathique dans une atmosphère purifiée. Ce n'est que sous le ciel aimable de la Grèce qu'il y eut un Homère, un Platon, un Phidias; là seulement prii enl naissance les .Muses et les Grâces, tandis que la brumeuse Laponie enfante à peine des hommes, et jamais un génie. (Juand noire Allemagne était encore couverte de forêts, rude et marécageuse, l'Allemand était un chasseur aussi faroucheque les bêtes fauves dont la peau couvrait ses épaules. Aussitôt que le travail eut changé la face de son pays, commença pour lui l'époque île la civilisation. Je ne prétends pas que le climat soit la source unique du caractère; mais, sons au-
1. Frèio Martin oit un des personnages du Gttfj ûe BertirAinjcn de Goethe, l'en dans une de? prurniÛM's m-l-iks ihi jjTîniiiT iiCic qu'if pro[li>!]ce les parole* que cite Schiller.
cun doute, pour civiliser un peuple, une des conditions les.
celui qui maintien! sou corps dans l'état de santé. C'est en cela précisément que consiste ré|jouvni]lahle arlilice des corrupteurs de la jeunesse, et il devait bien coimaitn.- l'homine ce recruteur de bandits, lorsqu'il disait : » Il faut corrompre le corps et l'Ame'. » Catilina était un délia oché avant de devenir un incendiaire, et Duria se trompai! étraugemeut en crevant n'avoir rien h craindre du voluptueux Ficsco. En gênerai, on remarque que la méchanceté de l'ame habite très-souvent dans un corps malade.
Dans les maladies, celle sympathie est encore plus frappante. Toutes les maladies graves, surtout cellci qu'on nomme maillent, à des degrés divers, par une révolution étrange dans le caractère. Alors qu'elles se glissent, sourdement encore, dans les replis les plus cachés de l'organisme et minent la force vitale des nerfs, l'ame commence il sentir, par de vagues pressentiments, l'approche de la ruine qui menace son compagnon. C'est un des Cléments principaux de cet état qu'un grand médecin nous a décrit de main de maître sous le nom de frissons avant-coureurs [horrores). De li, chez ces personnes, une morosité dont nul ne peut indiquer la cause, le changement dans les inclinations, le dégoût pour tout rv qu'elles aimaient le plus auparavant. L'homme doux de caractère devient querelleur; Je rieur, bourru ; et celui qui naeiière aimait à se lancer dans le tumulte du inonde affairé, fuit le regard de ses semblables, el va cacher dans la solitude sa mélancolie silencieuse. Sous le voile de ce repos perlide, la maladie s'apprête A son attaque meurtrière. Le tumulte général de la machine, lorsque le mal
éclate ouvertement a\ee loute sa fureur, nous fournit la preuve h plus claire de la dépendance ''tniniiiiiie de l'âme par rapport au corps. CniN|j, i,r lIi: mille ijÈi|jr.'^-iij]is douloureuses, le sentiment de la dissolution générale dus otaries occasionne dans le système des sentiments spirituels un épouvantable désordre. Les idées les plus >-llr;i> ;uUi^s se réveillent. Le scélérat que rien n'a touché, succombe sous k> peuds des tenvurs de l'organisme. Winchester mourant hurle dans les fureurs du désespoir. L'Ame paraît rechercher à plaisir ce qui peut la plonger dans de plus profondes ténèbres, et se roidir avec mie aversion frénétique contre toute espèce de consolations. )-e sentiment de la souffrance donne le ton à tout l'être, et cette douleur profonde de l'âme, déterminée par les désordres de la machine, contribue a rendre ces désordres plus violents et plus généraux.
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Mais on a des eïeuiplrs journaliers de malades qui dominent,
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a;i milieu des arigoissirs de I':!g. u lie (in rorps, sVrrieul ; ■ 0 mort, où est ton aiguillon? ■ La sagesse, pourrait-on objecter, seraitelle impuissante à fournir des armes contre les aveugles terreurs de l 'organisme ï Ce qui est encore plus que ta sagesse, la religion aurait-elle si peu de pouvoir pour protéger ses amis contre les attaques de la poussière? ou, ce. qui revient au même, . la manière dont l'âme supporte les altérations des mouvements vitaux, ne dépend-elle pas aussi de son état antérieur!
C'est là une vérité iiiconleslalile. i.a philosophie , cl bien plus encore un esprit courageux, exalté par la religion, sont capables d'affaiblir considérablement l'iulluence des sensations animales qui assiègent l'aine du malade, et, pour ainsi dire, d'arracher l'âme à toute cohérence avec la matière. La pensée de Dieu, présent et actif dans la mort comme il l'est dans tout l'univers, l'harmonie de la vie passée, et les pressentiments d'un avenir éternellement heureux, répandent une vive lumière sur toutes
m MELANGES.
les idées, tandis qui 1 les u!>-ii]tvs irupivss ms de l'cirpani siiic couvrent de ténèbres l'iime de l'insensé et de l'incrédule. Lors même que d'involontaires douleurs s'emparent du sage et du chrétien (car n'est-il pas toujours homme?), il résout en volupté jusqu'au sentiment de la ruine de son corps.
Tlie Sont, se^ur'd in her axirtancs, smiles Al the drawn dH»i.-er, and drâea ils point.
Tho stars ahall fade nway, llm sun himself Grow dim witli ose. und nature sinkio yenra, But thon allait Bourfih In immorlal yuulh .
IJnlmri amidst tue warof Eléments, Tho wrect or Hatler, and tho cruah ot Worlds ',
Celle sérénité f\ijvuu-i[iit;iiru ilaus les maladies mortelles a parfois aussi sa raison dans une cause physique, et est extrêmement importante pour le praticien. On la trouve fréquemment associée aux signes }ti [ijn >l.-i;j t i< [ le» mieux caractérisés, et sans qu'on puisse l'eïpliquer par une crise, antérieure quelconque : cette sérénité est un mauvais symptôme. Les nerfs, qui avaient été surexcités de la manière la plus vive durant la violence de la fièvre, ont perdu maintenant leur sensibilité. Les parties enflammées cessent, on le sait, d'être douloureuses, aussitôt que la gangrène survient; mais ce serait bien à tort qu'on se féliciterait de voir la tin de la période inflammatoire. L'irritation abandonne les nerfs inanimés, et une mortelle indolence inspire l'espoir trompeur d'une prochaine guérison. L'âme se trouve dans l'illusion d'un sentiment agréable, parce qu'elle est délivrée d'un long sentiment de souffrance. Elle est exempte de douleur, non parce que l'harmonie c'e ses organes se trouve rétablie, mais parce qu'elle ne sent plus la dissonance. La sympathie cesse, dès que la connexion est détruite.
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S ai.
uir II cnnneiion île l'âme el du cgrps.
Maintenant, si je pouvais cuIrt plus avant dons mon sujet, Si je pouvais pdirliT <le la folie, <1<- l'assoupissement, île la stupeur, du mal caduc, de 1a catalepsie, eh:., où l'esprit libre el raison-
parcourir le vaste l'Iuiiop de l'histérie et de l'hypocondrie ; s'il
et du consens us, questions qui sont unabime pour ks médecins et les philosophas.... en un mol, si je voulais prouver la vérité de ce qui a été dit jusqu'à présent, jmr des observations faites auprès du lit des malades, qui est après tout une des écoles principales du psychologue, mon sujet s'étendrait a l'infini. Il me semble déjà suffisamment démontré d'ailleurs que la nature animale est inliri. émeut niékiii.u'ir avee. la nature spirituelle, et que ce mélange constitue la plénitude de l'existence.
s PiitîioaiTîES conroRELS itt'vii.i:\r 1x5 mouvements
C'est précisément sur reite corrélation intime des deux natures que s'ap|iuie la doctrine entière de la pltysiognomonïe. Qrâce à cette connexion des nerfs, qui, comme on nous l'enseigne, est le principe de la transmission du sentiment, les mouvements les plus secrets de l'ilrae se révèlent à la surface du
Mf.ï.ANOES.
corps, el la passion perce, même ù travers le voile de l'hypocrisÎL", CliaqiK- ail rlion de l'.ime a ses manifestations spécifiques et, |iour ainsi dire, son dialecte particulier, auquel on la reconnaît; et certes c'est une loi biett admirable de la sagesse suprême que les sentiments nuliles et bienveillants embellissent le corps, taiiili.s que les sentiments bas et haineux lui impriment le cachet de la bestialité. Plus l'esprit s'éloigne du type divin , plus In cnritYiniintinn extérieure parait se rapprocher de l'animal, surtout de relui dont il partage l'inclination dominante, (l'est ainsi que l'extérieur plein de mansuétude du philanthrope attire le malheureux qui a besoin de secours, tandis que le reparti hautain de l'homme colère ellarouclie tout le monde. Hien de plus indispensable que ces indices, pour nous guider dans la vie Sociale. I.a rewiiil'lnruv lr.qi[ anli-qiie présentent les phénomènes corpmvl- air.' les allei.'l iuiis de l'Aine est vraiment digne d'attention. La bravoure et l'intrépidité répandent la force el la vie dans les veines et les muscles : les yeux étincellent, la poitrine se gonlle, tous les membres se préparent pour ainsi dire au combat : l'homme a l'appari'iice du coursier belliqueux. La crainte et l'épouvante éteignent le fru du regard, le» membres lourds el débiles, il semble que la moelle se soi! placée dans 1rs os; le sang devienl un fardeau pour le cœur; une alonie générale |aral;-e les organes de la vie. line pensée grande, hardie, sublime, nous foire a nous dresser sur la pointe des pieds, à porter la tcie haule, à rester la bouche béante el 1rs narines dilatées. Le sentiment de l'infini, la vue d'un vt«te horizon, la mer et autres choses semblables, nous font étendre les liras comme si nous voulions nous écouler dans l'immensité. Nous voulons nous élever vers le ciel avec les montagnes, rouler en mugissant avec les tempêtes et les vagues; les ahimes escarpés nous donnent le vertige el nous attirent dans leurs pror >ndeurs. La haine s'exprime a sa manière dans l'organisme, par une force répulsive, tandis qu'au contraire, dans tout srrrcmi.'ul de main, dans chaque embrassement, notre corp9 semble vouloir se confondre avec celui d'un ami, e.l huiler l'union harmonique des Ames. L'orgueil, qui exalte l'Ame, redresse le corps , la pusillanimité courbe la téte, les membres soin llasipii s et pendants; la crainte servile se
révélo par une démarche rampante , l'idée de In douleur eon- Irarte iviliv visau'e. tandis i|m' ck-s iea^-s voluptueuses répandent line sorte de grâce sur tout le corps. Enfin, l'on a vu In colère rompre les plus forts liens, et In nécessité triompher presque de l'impossible... Et maintenant, je pourrais demander : En vertu do quel mécanisme arrive-t-il que ces mouvements déterminés répondent a ces senlimrnts! que précisément Ici? ou Suis <~i ! 1 1 soient minhlii's |ci[' o~* aff étions de l'âme! Poser celle question , n'est-ce pas comme si je voulais savoir pourquoi telle lésion donnée des membranes ligamenteuses amiine une contraction n.uuulsive de la mâchoire inférieure';
Si l'affection qui éveille sympathique ment ces mouvements de la machine est fréquemment renouvelée, si celte manière de sentir der l'âme dei ienl liabilin'lle, ces inouveiueuts du corps le deviennent aussi. Si celte nlfectiou, passée n l'étal d'habitude, devient un caractère durable, les traits consensuels dans la machine se gravent aussi plus profondément ; ils restent, pour me servir de l'es pression des pnthnlogucs, à l'état deutéropa- Ibique , et deviennent enfin rij's;;iiiir|Lii's. C'est ainsi que la physionomie humaine fini! par se modeler (l'une manière si ferme et si confiante , qu'il est presque moins difficile à la longue de transformer l'âme qm- l'a-peci esléneitr. Dans ee sens, on peut doue dire, sans être sectateur de Stahl , que l'âme façonne le corps, et que les premières années de la jeunesse déterminent peut-être pour tout le reste de la vie les traits du visage, de même qu'elles sont en général la base du caractère moral de l'homme. L'nc unie faible et inacfive , que 1rs passions n'agitent jamais, n'a pas de physionomie, si toutefois ce manque de physionomie n'est pas justement elle des imbéciles. Les traits que la nature leur donna et que la nutrition a développés, persistent sans altération. Le visage esl lisse, car jamais une âme ne s'y es! jouée. Les sourcils gardent une courbure parfaite , car nulle affection farouche ne les a contractés. L'organisme tout entier conserve des formes arrondies , car la graisse repose paisiblement dans ses cellules; le visage est régulier, et même beau peut-être, mais je plains l'Ame.
Une physiognoinoiiie des parties organiques, par exemple,
de la forme el de la grandeur du nez , des yeui, de la bouche, des oreilles, etc., de In couleur des cheveux, do la longueur du cou, elt,. Pic. n'est peut-être pas une oeuvre impossible, mais il pourrail bien se faire quelle ne partit pas do sitût, dût Lavater remplir encore dix volumes in-quarto de ses rêveries. Celui qui vomirait ramener h îles classifications les jeui capricieux île la nature, les formes qu'elle a dispensées en mère ou en marillrè, comme châtiments ou comme récompenses, tenterait une entreprise plus hardie que celle de Linné, et, passant en revue cette Taule immense et plaisante d'originaux, il faudrait qu'il prit bien garde do n'eu pa3 devenir un lui-même.
[Il est encore mie espèce de sjmpailiie qui mérite d'être
parler de la sympathie de certaines sensations avec" les organes qui leur ont donné naissance. Telle crampe de l'estomac a éveillé en nous le sentimeiH ilu liront; la reproduction de ce sentiment détermine h son tour cette crampe. Comment cela se fait-il î]
LES DÉFAILLANCES DE LA NATURE ANIMALE SONT AUSSI UNE SOURCE DE PERFECTION.
Mais, peut-on dire encore, lors même que la partie animale de l'homme lui procurerait les grand* avantages don! il a été question jusqu'ici , toujours est-il qu'a un autre point de vue 2lle demeure préjudiciable. En effet, l'âme est liée si servilement a l'activité de ses organes, que leur relâchement périodique lui impose des intervalles d'inertie, et l'anéantit périodi-