‹ Œuvres de Schiller Mélanges de Schiller preécédés du Visionnaire. 7Chapitre 55 sur 95 · LE THÉÂTRE, COMME INSTITUTION MOKA LE. S · texte numérisé non relu

LE THÉÂTRE, COMME INSTITUTION MOKA LE. S

religion n'est plus rien pour le plus grand nombre des hommes,

si nous détruisons ses images, ses problèmes, si nous anéan-

lissons ses pclmi'rcs do ciel ri de. !Vr:tiT.... et pourtant <■/■ ne

sont que des peiulures do l'imagination, dos énismessanssolu- ,

lion, des épouvantai Is el des séductions lointaines. Quel ren-" "f* p**"'** v

fort pour la religion et la loi, si elles s'allient avec le théâtre,

où il y a contemplation directe et présence vivante, où le "ice^^yy ^jt J^r****-

et ta vertu, la félicité et le malheur, la folie et la sagesse, P^- <-< fc w ^ JJMI

sent devant l'homme , sous une forme réelle el sakissahle, en *

mille tableaux animés; où la Providence résout si s énigmes.^*** ' y+~J ^

dénoue ses nœuds devant nos yeux; où, sur le chevalet de S*f •^V*'"

la passion , le cœur humain confesse ses plus secrets mouve- frf . M

ments; où tous les masques tombent, où tout fard s'évapore,

où la vérité tient ses assises, incorruptible comme Rhada-

manthe 1

La juridiction du théâtre commence où se termine le domaine des lois humaines. Si la justice se laisse éblouir par l'or et s'énerve a la solde du vice , si les crimes des grands se rient de son impuissance el que h crainte des homme? lie le bras du moisirai . le théâtre s'empare île h balance et du glaive, el (raine les vices deiam un ivJuiiliible tribunal. Tout l'empire de la fantaisie et de l'histoire, le passé el l'avenir, lui obéissent au moindre sk'ne. D'audacieux criminels, qui, depuis longtempr. déjà, sont réduits en poussière . assignés aujourd'hui par h- voix toute -puissante de la poésie, recommencent leur vie infâme, pour donner & la postérité une affreuse leçon. Ceux qui furent la lerreur de leur siècle passent devant nos yeux, ils passent im-

hommes, cl, tout hns. l'Iiacim sentira le prix de k honne conscience, lorsque lady Macbeth ', la terrible somnambule, se lave les mains et demande tous les parfums de l'Arabie pour l'iijji-riiilc mlcur <(u mcuriri! S'il est certain qu'une *• ' représentât iim visible produit un plus puissant effet qu'une *-». . lettre morte el nnclroide narration, il l'est aussi que le théâtre i • • ■■ • ■- ... af;it d'unt mniiii'-n; plus jn-nfonJe el plus durable que la morale i, ^.^,«v, . el les lois.

Hais, jusqu'ici , nous ne voyons le théâtre que venir en aide 'h la justice mondaine; un diamp ]>lus va*ti! "nrorc lui est ouv i ■ i ■ t . Mille vins. que rellr-ci ki«-e passer s:n i s k'n punir, li' lliMlrc les punit ; mille vertus, dont elle ne parle point, sont reconnu audits par le théâtre. En cela, il siromle la sagesse et la religion. C'est à cette source pure qu'il puise ses leçons et ses „ modèles, et il rcvët l'ausiiVc ik voir de dehors pleins de charme et d'attrait. Par quels beaux sentiments, par quelles résolutions et passions Onéreuses il élève nos ames! Quels idéals divins il présente à notre émulation ! Quand le bienveillant Auguste, grand comme ses dicui, tend la main au traître Cinna, qui croit déjà lire sur ses lèvres son arrêt de mort, et qu'il lui dit : « Soyons amis, Cinna"! • qui, dans ia fouie des sfiectaleurs, ne voudrait, en ce moment, serrer I» main de son

LE THÉÂTRE, COMME INST1TCTION MORALE. S97 Franz de Sickingén qui s'est mis en roule pour aller châtier un prince, et combattre pour des droits qui lui sont étrangers, regarde tout à coup derrière lui , et voit monter la fumée de l'incendie qui consume son château, où sa femme et son enfant sont restés sans secours, et que lui cependant continue son chemin, pour tenir sa parole.... combien alors l'homme est grand à mes \f>ux. ci'unlùt-n petit i-t méprisable l'effrayant et invincible destin !

Autant la vertu paraît aimable , autant les vices se montrent haïssables dans le lerrihlc miroir de la scène. Lorsque Lear, sans secours et tombé en enfance, frappe en vain, au milieu de la nuit et de l'orage, à la porte de ses filles, lorsqu'il arrache et jette aus vents ses cheveux blancs, et qu'il raconte aux éléments déchaînés combien sa Régane a été dénaturée, lorsque sa douleur furieuse s'exhale enfin dans ces mots terribles : ■ Je vous ai tout donné*!... » combien alors l'ingratitude nous parait abominablcl Quel serment solennel de respfet et d'amour filial nous jurons alors ' !

Mais la sphère d'influence du thiVitre s V: r.d phis loin encore. Là même où la religion et les luis jugent au-dessous de leur dignité de suivre les sentiments des hommes, il est encore occupé de notre éducation. Ls bonheur de la s-ciété est troublé tout autant par la folie que par le crime et le vice. Une expérience aussi vieille que le monde nous enseigne que, dans le tissu des choses humaines, les plus grands poids sont souvent

JIELANDES.

aurons dix fois l'occasion de sourire avant dVi trouver une de frémir d'horreur. Ma liste de scélérats diminué de jour en jour, à mesure que je vieillis, et mon catalogue de fous s'allonge et devient plus complet. Si toute la culpabilité morale de l'un des deux sexes sort d'une seule et même source, si tous les excès monstrueux qui, ni quelque temps que ce soit, l'ont flétri, ne sont que des formes différentes et de plus hauts degrés d'une déposition qui, en fin de compte, e\eite uns sourires et nous charme : pourquoi la nature, chez l'autre sexe, n'aurait-ellepas suivi la même voie? Je ne connais qu'un secret pour préserver l'homme de la perversion, et ce secret est de défendre son

En ceci le théâtre peut être d'un grand secours. C'est lui qui

. peut

à la comédie. La i meut l'orgueil de I science. Devantes 13cheté même noi

e dédain blessent plus sensibleic l'exécration ne torture sa conantablc notre Iflcheté fuit, et cette

n Mlir-

a loi e

se garantir des ridicules, i cat, que nous n'exerçons être donnons-nous plein pouvoir à u;

les et des vices: pour articulier, plus déliqu'au théâtre. Peutli pour attaquer nos

mœurs et notre cœur, mais nous avons de la peine à lui pardonner une seule moquerie. Nos fautes tolèrent un surveillant et un juge; nos travers et nos ridicules à peine un témoin. La scène peut seule railler nos faiblesses, parce qu'elle ménage notre susceptibilité, et ne nomme ni ne veut connaître le fou qu'elle bllme. Dans son miroir nous voyons , sans rougir, tomber nos masques, et nous la ivue'miius tout Las de sn tluucc leçon.

Mais nous sommes b in d'avoir vu toule l'étendue de son influence. Le théâtre est, plus que toute autre institution pu-

LE THÉÂTRE, COMME INSTITUTION MORALE. S99 blique, une école de sagesse pratique, un guide pour la vie civile, une clef infaillible pour les plus secrètes avenues de l'dme humaine. J'admets qu'il n'est pas rare que l 'amour-propre et l'en durcisse me ni de la conscience annulent la meilleure influence do la scène, que mille vices aflïuiiteiit impudemment son miroir, que mille bons sentiments soient repousses, sans porter de fruit, par le cœur glacé du spectateur; je suis même d'avis que l'Harpagon de IbdiiVc n'a peut-être pas corrigé jusqu'ici un seul usurier; que le suicide de Heverley 1 a détourné peu de ses frères de l'hm'rible passion du jeu; que la malheureuse histoire des brigandages de Charles Moor ne rendra pas les grandes routes beaucoup plus Mires : mais quand nous restreindrions ces grands eflVls du Ibéiifre. quand nous serions injustes au point de les nier, quelle immense influence ne lui reste-t-il pas encore ! S'il ne détruit pas les vices , s'il n'en diminue pas le nombre, au moins nou3 les fait-il connaître. C'est avec ces gens vicieui, avec ces fous, qu'il nous faut vivre. Il nous faut les éviter ou leur tenir téte; déjouer leurs attaques ou y succomber, liais, gr.'n-e à la scène, ils ne peuvent plus nous surprendre. Nous sommes prémunis contre leur agression. Le théâtre nous a trahi le secret de les découvrir et de les empêcher de nuire. Il a enlevé à l'Iiypiierite son masque artilieiel, cl nous a montré le filet dans lequel la ruse et l'intrigue nous enlaçaient. Il a arraché fa fourberie cl la fausseté de leurs tortueux labyrinthes, et fait paraître au grand jour leur face effroyable. Peut-être que Sara mourante' n'ctl'i'aye pas un seul libertin, que tous les tableaux de la séduction punie ne refroidisse ni pas l'ardeur de la débauche, et méine qu'une coquette de comédienne s'étudie sérieusement à prévenir cet effet salutaire; mais du moins, grlce à Dieu, la naïve innocence connaît désormais les filets du séducteur : le théâtre lui a appris a se métier des serments et .'■ trembler devant son adorateur. Ce n'est pas seulement sur les hommes et leurs caractères,

1. Pcrjonnnge principal île la pif-ce de en sran nns s.nii-in a irailéc rte li tragédie anglaise IJic Camesirr, dont rameur ntr Edward Monte.

1. Vojtm la lin île m lia Sun Sampion, draina de Lénine, dcjl cite dans le précède ni opujcule.

SIÉLAKGES.

c'est encore sur les destinées diverses que le théâtre attire notre attention, et i! nous enseigne le grand arl de les supporter. Dans le tissu de notre vie , le hasard et le calcul jouent un rôle également important. De ces dcui principes, le second dépend de nous, mais il faut nous soumettre aveuglément au premier : trop heureux si les coups inévitables du sort ne nous prennent pas tout à fait au dépourvu, si notre courage, notre prudence se sont déjà exercés dans des conjonctures analogues, si notre cœur s'est endurci contre de telles atteintes. Le théâtre nous . présente les seénes diverses des snutl'ranees humaines. Il nous fait entrer par un habile artifice dans les afflictions d'autrui, et nous dédommage de la douleur d'un instant par des larmes délicieuses cl un heureux affrètement de courage et d'expérience. Avec lui, nous suivons à travers l'Ile de N'axo3, qui retentit de ses plaintes, Ariane abandonnée ; nous descendons avecUgolino' dans la tour de la faim; nous gravissons l'effroyable échafaud , et nous épions l'heure solennelle de la mort. Au théâtre, nous entendons la nature, surprise sans dé-

f-h;-. (■ Mini!, r l.vii i.l. ifr- iîJiM-IiWiI. |u- ii-Iiv

âme sentait par une vague divination. Sous la voûle de la Tour de Londres, la faveur de sa reine abandonne'le favori trompé*. Maintenant qu'il va mourir, sa fausse et sophistique sagesse échappe à Moor inquiet 1 . L'éternité renvoie un mort pour révéler des mvslèves ipie nul vivant ne peut connaître, et la sécurité du seéléral perd son alleeii* et dernier refuge : car la tombe même divulgue les secrets *.

Mais le théâtre ne se contente pas de nous familiariser avec les destinées do l'humanité , il nous apprend encore à être plus jusles pour le malheuretu et à le juger avec plus d'indulgence. Ce n'est qu'après avoir mesuré la profondeur de son infortune que nous avons le droit de prononcer sa sentence. Aucune Taule n'est pins dégradante que celle du voleur; mais, tous tant que

1. Schiller a 53115 iIouip 5" vue l'.iréei. ■ 1 l'f.'rji.fi'jin il" (li-Htciilwrg.

S. C'est traisemb-hMoraoïit une allusi m au r nmh- d'Enti de Th. Corneille, ou à Celui de l'Anglais Banks, qui l'un el l'autre, je croiî, avaient Sic traduis en allemand.

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