‹ Œuvres de Schiller Mélanges de Schiller preécédés du Visionnaire. 7Chapitre 58 sur 95 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ln raison a, do mémo l | « □ t.- la trrur, ses époques et ses destinées, mais on s'occupe hii-n plus rii.'ini'itt île son histoire. On parait se rontenter d'offrir un tableau du développement des passions dans leurs excès, leurs erreurs, leurs conséquences, sans avoir égard à la connexion intime qu'elles présentent avec l'ensemble des pensées dans l'individu. La racine commune de la dégradation morale est une philosophie étroite et chancelante, d'autant plus dangereuse, qu'elle éblouit la raison offusquée, par un semblant île. jit^liic, de vérilé et de conviction, et que par cela même elle est moins réfrénée par ie sens moral inné A l'homme. Au contraire, une intelligence éclairée ennoblit aussi les sentiments : il faut que la téte forme le co?ur.

A une époque comme la nôtre, ofi la facilité et la diffusion de la lecture accroft si merveilleusement la partie pensante du

1. Cm lettres ont psnid'ahortl (hiif h Ttmlir : l'.ivinl-rrnpiM et les quatre promi&res iiaris ]etroi>.i'. irii; i .ilili'r. ,;ri 1 7^: L;i ■lirr.i';'. 1 'I.ins Ji! septième, en J7S9. Cette dsmlin est lignes u'nn K. . initiais sous uqaella on a cru roco.m slire le nom île Kierrier, et -M» *nAii! muii ; - Il > mira unit <mie. i'fom<-**e nui n'a pas ité lenn-. i. B piiVi Imite? nnnl nns rie. siîtnatiiro. — Sur cette cor respotuloncs phitosoptiiriue . tnjw la lie -le .«rhi'Utr, \: ^î.

public, où la béate résignation do l'ignorr faire place ,'< des demi-lumières, et où bien jicu consentent à rester où les a jetés le hasard de la naissance, il semble n'élre pas absolument iruliit'éivnl d'appeler l'attention sur certaines périodes du réveil et des progrès île In raison, de reclilier cerlaines vérités cl certaines erreurs qui se rattachent a la mora- \ité, et [îemenl être une source de bonheur ou d'infortune, et de montrer Ju moins les écuetls cachés cuntru lesquels l'oreiieilleuse raison est déjà venue faire naufrage rarement noua arrivons a la vérité autrement que par les extrêmes; nous sommes condamnés a épuiser l'erreur, et souienl l'absurde, avant que nos oiîorts atteignent le noble but de la paisible sagesse.

(Juelqucs amis, animés d'une morne ardeur pour la vérité et la beauté morale, et qui, arrivés par des routes très-diverses à la même conviction, embrassent d'un regard serein la carrière qu'il» ont parcourue, oui formé en commun le dessein du présenter au public, dans la peinture île deux jeunes gens de caractère diirérent, et sous forme de correspondance, le tableau de quelques révolimims et époques île la pensée, et de certains écarts où les raffinements de la spéculation peuvent jeter la raison. Les lettres suivantes sont le commencement de cet

Les opinions «posées dans ces lettres ne peuvent dune être vraies ou fausses que relativement, selon l'aspect sous lequel le monde se réfléchi! dans telle âme en particulier, et dans celle-là seulement La continuation de cette Correspondance montrera comment ces affirmations exclusives, souvent outrées, souvent contradictoires , viennent enfin se résoudre en une vérité universelle , purifiée de toute erreur, et solidement établie.

Le scepticisme et le bbertinage d'opinion sont les paroxysmes fiévreux de l'esprit humain , et l'ébranlement anomal qu'ifs occasionnent dans une Ame bien organisée doit justement linir par contribuer à l'all'erinisseiik'iit île la santé. Plus l'erreur est éblouissante et séduisante, plus grand est le triomphe de la vérité; plus le doute a de tourments, plus on sent le besoin de conviction, de ferme cei-iiuide. Mais il était nécessaire d'ei-

poser ces doutes et ces erreurs : la connaissance de la maladie devait précéder la guérison. La vérité ne perd rien à être méconnue par un bouillant jeune homme, pas plus que la vertu ut la religion à être niées par un homme dépravé.

Ces explications préliminaires étaient indispensables pour indiquer le point de vue oii nous désirons qu'on se place pour lire et juger les lettres suivantes.

JULES A RAPHAËL

Octobre.

Tu es parti, Raphaël, et la belle nature se meurt : les feuilles jaunies tombent des arbres , un sombre brouillard d'automne s'étend comme un linceul sur la campagne inanimée. Solitaire, je parcours ces lieux mélancoliques, je l'appelle à haute voix, et je m'irrite do ce que mon Raphaël ne répond pas.

J'avais surmonté la douleur de tes derniers embrasse ments. Le triste roulement de la voiture qui t'emportait loin de moi s'était enfin évanoui à mon oreille. Déjà je me félicitais d'avoir soulagé mon cœur en recouvrant conimc d'un tertre funèbre les joies du passé, et voilà qu'à mes yeux (on dirait ton esprit affranchi par la mort) tu ressuscites dans ces contrées : tu me révèles ta présence dans chacun des lieux favoris de nos promenades. Ce roclier, je l'ai gravi avec toi ; avec toi , j'ai parcouru celte immense perspective. Dans le noir sanctuaire de ces hêtres, nous conçûmes hardiment le type idéal de notre amitié. C'est ici que pour la première fois nous déroulâmes la généalogie des esprits , et que Jules trouva dans Raphaël un si proche parent. I) n'est pas ici une source, un buisson, une colline, où quelque souvenir du bonheur évanoui ne conspire contre mon repos. Tout, oui tout est conjuré contre ma guerison. Partout où je vais, je répèle la scène déchirante de notre séparation....

Ou'as-tu l'ait de moi, Raphaël? Quesuis-je depuis peu devenu? Grand homme, homme dangereux, plût à Dieu que je ne t'eusse

Un r-zo-J ty Ci

LETTRES PHILOSOPHIOUES, 315 connu jamais ou jamais perdu ! Reviens , reviens bien vite sur les aile? du l'amilk- , nu c'en . ■>[ fait di: la piaule délicate que les soins ont fait éclore. Quoil Ion Ame tendre a-l-elle oséaban-

Ia perfection? Les piliers qui i'ta>i.'iil i»n orgueilleuse sagesse, chancellent dans ma ièle l'I dans moifiMiur: tous les splcndides palais que tu as construits s'écroulent, et le ver écrasé se toril, en gémissant, sous les ruines.

Heureux temps de primitive innocence, où, les jeux encore voilés d'un bandeau, je marchais dans la vie d'un pas mal assuré, comme un homme ivre, où toute ma curiosité, tous mes souhaits rebroussaient chemin aux limites de l'horizon paternel . où la sérénité du soleil couchant ne me faisait rien pressentir de plus élevé qu'un heau lendemain, où il fallait un journal politique pour réveiller en moi le souvenir du monde; le glas funèbre pour me faire penser à l'éternité; une histoire do revenant pour me rappeler le compte a rendre après la mort; où, tremblant encore devant le diable, je m'attachais à!a Divinité avec d'autant plus d'amour! Je sentais et j'étais heureux. Raphaël m'a appris à penser, et je suis en voie de maudire

Création? Son, ce n'est la qu'un mot vide de sens que ma raison ne peut admettre, il fut un temps où , ignorant tout, j'étais ignoré de tous : donc, je n'étais pas , dit-on. Ce temps n'est plus : donc , ajouto-t-on , j'ai été créé. Mais ces millions d'hommes qui existaient sur la terre il y a des siècles , on ne

sait plus rien d'eux, el cependant un dit qu'ils .sont. Sur quoi fondons-nous le droit d'af'iirmer le comuLeiiccine.nl et de nier la fin? On prétend que l'annihil dion d 'êtres pensants e-.| en contradiction mec la lmi>(é infinie. Celte, bonté infinie n'a-t-elle donc pris naissance qu'avec la création du mondeî S'il y a eu une période où nul esprit n'existait encore , la bonté infinie est donc restée inactive pendant toute une éternité antérieure! Si l'édifice du monde est une perl"< rtinn du Créateur, il lui manquait donc une perfection ;iv:nil la iTea(i:>n du inimde'.' Ua^s une telle hypothèse contredit l'idée d'un Dieu inlini, donc il n'y a pas eu de ereation. . .. Où suis-je conduis , ui"U claT liapli.i d I Effrayant labyrinthe de mes arguments I Je nie le Créateur, dès

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