‹ Œuvres de Schiller Mélanges de Schiller preécédés du Visionnaire. 7Chapitre 59 sur 95 · M Ë LA KG ES · texte numérisé non relu

M Ë LA KG ES

que j'admets un Dieu; et qu'ai-je & faire d'un Dieu, si je puis me passer de Créateur?

Tu m'as ravi la Toi qui me donnait In paix ; tb m'as appris à mépriser 1S où j'adorais. M illr- choses étaient si vénérahles pour Hun avant i|Up- lu triste sagesse les eill dépiiutllèes à nies yeux! Je

voyais le peuple su porter en foule k l'église; j'entendais les accents inspirés de lu piété se réunir dans une prière fraternelle; lieux fois je me suis trouvé devant un lit de mort, et deux fois j'ai vu l'ouvre puissante, IVeuvre merveilleuse de la religion : j'ai vu l'espérance du einl triompher des terreurs de la destruction, l[ le pur rayon de la joie illuminer l'o-il terne du mourant.

■ Oui, m'énials-jc, elle doit être divine, cotte doctrine que professent les meilleurs entre les lin mines , cette doctrine qui a de si puissants triomphes et de si merveilleuses consolations. » 'l'a froide sagesse élei^nit iikiii enthousiasme. ■ Ils étaient aussi nombreux , me disais-tu , ceux qui se pressaient jadis autour d'Irminsul et dans le teui;ili> de Jupiter ; ils étaient aussi nombreux ceux qui, en l'honneur de leur llrahma, montaient joyeusement sur le bùclier. Ce que tu trouves si horrible dans le paganisme, doit-il servir il prouver la divinité de ta doctrine? .

■ K'accepte d'autre tériioinnano ipie celui de ta raison, ajoutais-tu. Il n'y a rien de saint que la vérité. Cela est vrai qui est reconnu pour tel par la raison. » Je t'ai obéi, j'ai sacrifié toutes les croyances, et, semblable h ce conquérant désespéré, j'ai brûlé tous mes vaisseaux en abordant à cette Ile nouvelle, et je me suis fermé tout espoir de retour. Je ne pourrai jamais me réconcilier avec une croyance dont je me suis moqué un jour. Ma raison est mainteu;iul tniii jumr moi : elle seule me garantit Dieu , la vertu , l'immortalité. Malheur à moi désormais si, en quoi que ce soit, je surprends cet unique garant en contradiction avec lui-même, si mou respect pour ses conclusions s'évanouit, si ses opérations sont troublées par quelque libre déchirée dans mou cerveau 1 A dater de n; jour, mou bonheur dépend du rhythme harmonique de mon son.snrhiin. .Malheur à moi, si, dans les périodes critiques de ma vie, les cordes de cet instrument résonnent h faux, si mes convictions \arieot avec les pulsations de mes artères I

JULES A RAPHAËL

Ta doctrine a flatté mon orgueil. J'étais prisonnier, lu m'as tiré de mon cachot pour me conduire au jour. La lumière dorée et l'immense étendue ont ravi mes yeux. Auparavant je me contentais de la gloire modeste d'être appelé un bon fils , un b.on ami, un membre utile de la société : tu m'as transformé en citoyen de l'univers lies vieui n'avaient pas encore osé mettre en question les droits des grands. Je supportais ces heureux du monde, parce que les mendiants me supportaient. Je ne rou- • gissais pas d'avoir à envier une partie de l'espèce humaine, parce qu'il en était une bien plus grande que je devais plaindre. Alors, pour la première fois, j'appris que mes droits à lajouissance étaient aussi légitimes que ceux du reste de mes frères. Alors je compris qu'îi une certaine hauteur au-dessus de cette atmosphère je ne valais ni plus ni moins que les maîtres de la terre. Raphaël brisa tous les liens de l'opinion, des conventions sociales. Je me sentis complément libre; car, me dit Raphaël, la seule monarchie du monde spirituel c'est la raison ; dès lors je portai dans mon cerveau mon trflne impérial.... Dans le ciel et sur la terre les choses n'ont de prix et d'estime que ce que leur en accorde ma raison. La création m'appartient tout en-

\ircr . cir ]:(issi>rii! I,j driit liii'mitrstnhlc île jouir île toute lu c r»«n»ii l o -l-vr.' ju •(•. >--ui + 1 t«|-rit iMini. L.mi« l>a*«prih>. quels qu'ils soient , sont mes frères, car tous nous obéissons à la même règle, et relevons d'un même suzerain.

Qu'elle parait noble et splendide cette révélation ! Quelle source abondante ouverte à ma soif de connaissance I Mais ,

traîné par un sublime essor, il est enlacé dans les rouages inertes, i ra mua h 1rs , d'un corps mortel ; il participe h ses vils besoins, il esl eiu'hatiu! à ses mesquines destinées : ce dieu csl exilé dans un monde de vermine. L'espace immense de la nature esl ouvert à son activité , el il ne peut penser deux idées à la fois. Ses yeux le portent jusqu'au séjour radieux de la Divinité , mais lui-même il faut qu'il y tende en rampant avec peine à Irai el> K ■> éléments du temps. Pu il 1 épuiser une jouissance, il faut qu'il renonce a toutes les autres; deux désirs illimités sont trop grands pour son cœur étroit. L'acquisition île toute joie nouvelle lui coille la somme de ses joies antérieures : le moment prêtent est le tombeau de tous lus moments passés, Une heure consacrée à l'amour est un temps d'arrât oii son co.ur cesse de battre pour l'amitié.

Partout OÙ je tteirne ■( ivli.ii'iIs , que = ' I ] ■ > r 1 3 1 j ; . ■ est borné,

Ô Hapbacl I Ouel abime entre ses prétentions et leur accomplissement! Oh, ne lui envie pas le sommeil bienfaisant, ne le réveille pas! Il était si beun ux avant île s'interroger sur sou origineetsurlehut qu'il doit atteindre. La raison esl une (orclie dans un cachot. Le prisonnier n'avait nulle idée de la lumière du jour; mais, comme un éclair dans la nuit, un rêve de liberté a lui au-dessus de sa téte, et l'a laissé dans des ténèbres plus profondes. Notre philosophie, c'est la déplorable curiosité d'OEdijie, qui ne cesse d'internii/cr jusqu'à ce que l'oracle effrayant réponde : ■ Puisses-tu ne jamais apprendre qui tu es ! «

Ta sagesse rempiace-t-elle pour moi ce qu'elle m'a ravi ï Si lu n'avais pas de olef pour m'ouvrit- le ciel , pourquoi m'arrachet* à la terre! Si lu savais d'avance que le chemin de la vérité passe à travers les afl'reu.x précipices du doute, pourquoi oxposer dans ce jeu aventureux la tranquille innocence de Ion Jules!

Tu as renversé une chaumière qui était habitée , et élevé sur ses ruines un palais splcndide , [nais désert.

Raphaël, je te redemande mon ûme. Je ne suis pislicureuï, mon courage est ,'i bout. Je désespère de mes propres fortes. lÀTis-nloi bientôt. Seule, ta main salutaire peu! verser le baume sur ma cuisante blessure.

Page 1