‹ Œuvres de Schiller Mélanges de Schiller preécédés du Visionnaire. 7Chapitre 63 sur 95 · TRAGEDIE DE GOETHE · texte numérisé non relu

TRAGEDIE DE GOETHE

et îles situations t'xli'aoriJinriitvs, on liirn îles liassions, ou eniin dus caractères. Quoique eus trois chosus, en tant que cause et effet, se trouvent souvent réunies dans une seule et mémo

pièce, il y en a lnujmirs uni; t|ui l'empoile., et qui forme l'objet principal du tnhlfrui. Quand ce son! les faits ou la situation que le poète a surtout en vue, il n'a besoin de s'arrêter îi la peinture des passions et <l>-- ['arac.tr m s qu'autant qu'elle lui sert à amener les faits. La passion proprement dite est-elle pour lui le but principal? Souvent alors !a moindre apparence d'action lui suffit, pourvu qu'elle mette les passiens en relief el enjeu. Un mouchoir- trou vif Ift où il ne devait pas être donne lieu à

une scène capitale dans If flort ik rcni.tr. Enfin , quand il a surtout en vue les raraclcres, il est bien plus libre encore dans le choix et la liaison îles la ils : et comme, en ce cas, ïl se propose île peindre avec détail l'homme tout entier, il lui est même interdit de donner trop de plai e ;'i une seule passion. Les tragiques de l'antiquité se sont bornas, pour ainsi dire rxclusivemcnt . oui «Huilions rt nui passinuq - aussi ne trouve-l-on citez eux i|iic peu de Irai!- ii.diiidue's, peu d>' détails, et peu de relier dans les earartêreii O o'ett qui' dans le-. temps mo- ■ lernrs, ei , dans les temps niridernes, ce n*est qu'à dater de Shakspcare, que la trap'die a enrichi son domaine du troisième élément : c'ett Sliaks]ieare qui le premier, dans son itacbtOi, dtns son Richard III, etc., a mis sur la scène du homme tout entier, et toute une eiiMonre d'homme, et en Allemagne, c'est l'auteur de &ru de BrrUchinjtn ' qui nous a donné le premier modèle de ce genre. Nous n'avons pas a rechercher ici jusqu a quel point ce nouveau genre de drame s'accorde avec l'objet essentiel de la tragédie, qui est d'eisilcr la terreur et la pitii''; nous constatons seulement qu'il existe, et qu'il a ses rèples déterminées.

(','esl .'( !■■■ di'i'iiiri' i.'enre qu'appartient la pièiv (Irai! nous avons à parler, et il est facile de voir combien les réflexions qui précédent s'appliquent en elfet au Comte d'Egmoni. Ici, point d'action qui forme l'intérêt principal . point du passion dominante, point de plan dramatique; rien de tout cela : une simple juxtaposition de plusieurs actions particulières, une succession de tableaux, qui ne sont guère rattachés les uns aux autres que par le caractère d'Efruioni , par l'intérêt qu'il a dans chacunede ces différentes scènes , et la relation qu'elles ont avec lui. Ainsi il ne fout pas chercher l'unité de cotte pièce dans les situnlions, ni dans une certaine passion . ruais bien Jans l'hnmine. Aussi bien l'histoire véritable d'Egmont ne pouvait-elle fournir Beaucoup plus à l'auteur. Son arrestation et sa condamnation n'ont rien d'extraordinaire : elles ne sont même pas la conséquence de quelque action déterim'iM' >■! intéressante, mais bien d'une suite de petites actions, que le porte ni' pouvait pas toutes employer

SUR EGMONT. 347 telles qu'il les trouvait dans l'histoire, èl qu'il ne pouvait pas non plus rattacher assez Étroitement à la catastrophe pour qu'elles formassent avnc elle une seule action dramatique. Si donc il voulait traiter ce sujet dans une tragédie, il lui fallait choisir : ou bien d'imaginer une action toute nouvelle pour l'accommoder à cette catastrophe, et quelque passion dominante pour développer sur ce fond le caractère que lui fournissait l'histoire, ou bien de renoncer purement et simplement à cm deux genres de tragédie, et de prendre le caractère même, vers lequel il se sentait attire, pour en faire proprement i'objel de son travail. C'est à ce dernier parti, le plus difticile sans contredit, que l'auteur s'est arrélé du préférence, moins sausdoule par un respect excessif pour !a fidélité historique , que parce qu'il se sentait en fonds pour suppléer h la pauvreté du sujet par la richesse do son génie.

Ainsi cette tragédie, ou il faudrait que le critique se fut complètement trompé de point de vue , nous représente un caractère, un homme. qui, venu dans des temps difficiles, enlacé de toutes parts dans les filets d'une politique captieuse , s'enveloppant uniquement dans son mérite, plein d'une confiance exagérée dnns la justice de sa cause, qui cependant n'est juste que pour lut , s'expose au même danger que le somnambule qui marche sur le faite d'un toit, entre deux abîmes, Celte assurance excessive, donl le draine ninif moi. [ri: le peu ce fïniUi'îiieiit

donner une émotion tragique , et ce! effet il le produit.

Dans l'histoire, Egmont n'est point un grand caractère: il ne l'est pas non plus dans la tragédie. Ici, c'est un homme bienveillant, généreux et ouvert, aini de tout le monde, plein d'une confiance étourdie en lui-même et dans les autres, libre et hardi comme si le monde lui appartenait , brave et intrépide quand il le faut, en outre libéral, aimable et doux, un caractère enfin des plus beaux temps de la chevalerie : un homme magnifique et quelque peu glorieux j sensuel .amoureux, en un mot , un joyeux enfant de ce monde, et tous ces" attributs se fondent dans une peinture animée, humaine, constamment vraie et individuelle, peinture qui ne doit rien, absolument

rien au\ enjolivements de l'art. Egmont est un héros, mais ■uni ce n'es! qu'un héros flamand , un héros du quinzième siècle ■ patriote, sans toutefois qur la misère publique le trouble

manger ni le boire. 11 a de l'ambition et se propose un grand but; mais cela ne l'empêche pas de cueillir toutes les fleurs qu'il rencontre sur son chemin ; cela ne l'empêche pas de se glisser la nuit die?, -a maîtresse, cela ne lui caille pas une nui! blanche. 11 expose ténu 1 rai renient sa vie à Saint-Quentin, à Gravelincs: mais il pleurerait volontiers quand il lui faut renoncer ii l'existence , a sa douce «I chère habitude de vivre et d'agir : • Ne suis-je donc en vie, » t'est ainsi qu'il se peint lui-même, " que pour penser à la vie? Me faut-il renoncer !i jouir du moment présent pour m assurer du moment qui doit suivre? Et celui-ci même, le consumer encore dans des soucis et des craintes chimériques.... (lui , ■ I ;ir i s un montent de gaieté, noua avons imaginé et mis a exécution telle el telle folie. C'est notre i.-nitr si un.- iimnjii- lie paHaiis p'iiiilshommes est venue, la besace au dos , adoptant h plaisir un étrange sobriquet , rappeler nu roi son devoir avec une humilité railleuse. C'est notre faute si.... Kl puis après '; L'n dimtissement de carnaval peut-il être assimiléiun crime de haute trahison? Faut-il nous envier ces lambeaux de pourpre éphémères avec, lesquels la pélulan te jeunesse se plait h couvrir un moment celte vie pauvre et nue î Si vous prenez la vie par trop au sérieux, qu'en reste-t-il? Est-ce pour rêver il ce qui fut hier, que le soleil me luit aujourd'hui 1 ? ■ C'est par la beauté de ses qualités tout humaines, et non par l'extraordinaire, que ce caractère doit nous toucher. Noua nous attacherons a lui, il ne nous étonnera pas. Le poète semble même éviter avec tant de soin d'exciter notre étonne ment, qu'il accumule les instincts , les faiblesses .humaines, pour faire descendre jusqu'il nous son héros : c'est au point qu'il ne lui laisse pas même ce degré desérieuv el d<' grandeur absolument nécessaire , selon nous , pour relever ces traits empruntés à la simple nature humaine et pour en rehausser l'intérêt. Je sais bien que ces traits d'humaine faiblesse ont quelquefois un charme irrési s-

SUR EGSIONT. 349 lible : oui, dans une peinture héruïqi;é. où ils se mêlent et se fondent en un bel assemblage avec de grandes actions. Ainsi Henri IV de France ne saurai! être plus intéressant pour nous après la plus brillante victoire, que dans un nocturne pèlerinage auprès de sa fiabrielle ; mais Egmont, par quelle action rayonnante, par quels mérites essentiels, a-t-il acheté le droit de nous inspirer ce genre d'intérêt et d'indulgence! On dira sans Jvuu ]pi- . » ni. j. -ii l-î fif.p ■•- V'j'jiî j. ini i- iii--iin.nl où s'ouvre l'action ; ils vivent dans le souvenir de la nation tout entière, et toutes ses paroles sont celles d'un homme qui veut se rendre digne de cet intérêt , et qui te peut. Fort bien , mais le malheur est précisément que nous connaissons les services d'Egmont par oui-dire, et qu'il nous les faut accepter de confiance, tandis que, pour ses faiblesses,- nous les voyons de nos yeux. Tout désigne Egmont comme le dernier soutien de la nation : et, à proprement parler, que fait-il de grand pour justifier l'honneur de cette confiance? -le ne pense pas en effet qu'on me puisse opposer le passage suivant :

■ Les gens qui se mettent le moins en peine de l'inspirer (l'amour ) sont précisément ceui qui y réussissent.

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