CLAIRE
Aurais-tu fait cette fière observation sur toi-même, toi que tout le peuple chérit? .
Si j'avais seulement fait quelque chose pour eux! S'ils m'aiment , c'est pure bonne volonté '. ■
Je veux bien qu'on ne me fesse pas d'Rgmont un grand homme ; mais encore ne faut-il pas trop amollir son caractère. 11 y a une grandeur relative, un certain degré de sérieux que nous exigeons à bon droit du héros, quel qu'il soit, d'une œuvre dramatique ; nous ne pouvons souffrir qu'il fasse passer les petites choses avant les tïra m ï-»s. ni rju'il proisne mal son temps pour agir. Qui, par exemple, trouvera bon ce que je vais dire? Orange vient de le quitter. Orange qui par toute sorte de bonnes
I. Voy. le troisième acte d'Egmont. Vers li an, Schiller, dîna sa citation, a retranché tjueLiguea mois.
mélanges.
raisons lui a montre sa perte prochaine, et qui, c'est Egmonl môme qui le confesse, l'a él irait lé un moment par ces raisons :
• Gel homme, dit-il, fait passer en moi son inquiétude.... Arrière!... C'est dans mon sang une goutte de sang étranger. Donne nature, puigcs-eii mes veines. Pour effacer de mon front les rides de la pensée, il rat encore un doux moyen '. ■
Ce moyen si doux, qui ne l'a deviné! C'est tout simplement une visite h sa maîtresse. Couirue.nl'! Après une eïliortntion si solennelle, pas d'autre pensée que des pensées de dissipation? Non, brave comte d'Kg:ii"iil , laisse/, à leur temps et à leur place lus rides ; à leur place, les dom remèdes. Il vous est trop pénible de travailler li voire propre conservation! A la bonne heure ! mais tant pis pour vous si le filet vous enveloppe I Nous n'avons pas l'habitude de prodiguer notre pitié.
Si donc il était démontré que celte intrigue amoureuse, jetée dans l'action, nuit réellement à l'intérêt, on aurait deux Tais raison de s'en plaindre ; car il a fallu que le poëte, pour comble de malheur, violât la vérité historique pour introduire cet épisode, [tans l'histoire, en effet, ligmonl est marié, et à sa mort il laissa derrière lui neuf, d'autres disent onze enfants. Le poète était libre de Bavoir nu d'ignorer cette circonstance, suivant ce que lui conseillait à cet égard son intérêt comme poète; mais il n'aurait pas du la négliger du moment qu'il admettait dans sa tragédie des ('ails qui en sont là conséquence naturelle. Le véritable Egmont, par la magnificence de son train, avait gravement dérangé sa fortune, et, par cela même, il avait besoin du roi, ce qui entravait singulièrement sa liberté d'action dans la [léjiuhlique. Mais ce lut surtout sa famille qui le retint si malheureusement à liruïelles, au moment oii presque tous ses amis sauvaient leur lûte par la fuite. Pour Kgmont, s'éloignerdu pays, ce n'était pas seulement perdre le riche revenu de deux gouvernements : c'était renoncer aussi à la possession de tous ses liens, qui étaient situes dans les l.tats du roi el qui tombaient aussitôt entre les mains du lise. Or, ni Egmonl, ni sa femme, une duchesse de ilavière, n'étaient accoutumés à supporter des privations : ses enfants non plus n'avaient pas
|. Yoy. Il flo du ileuittmu icte d'Epnoiu.