‹ Œuvres de Schiller Mélanges de Schiller preécédés du Visionnaire. 7Chapitre 65 sur 95 · SUR EGMONT · texte numérisé non relu

SUR EGMONT

lait lui persuader de fuir ; c'étaient ce* raisons qui le rendaient si enrlin à m- r;ttî iflsc-r .iu\ moiuihv- hr.iiirhi's, à envisager ses rapports avec le roi par le câté le plus favorable. Combien, avec ces données historiques, la conduite entière d'Egmont ne nous parait-elle pas et mieux enchaînée et plus humaine I Ce n'es! plus la victime d'une aveugle e.t folle conlianee, mais celle iL'un excès de tendresse et de sollicitude pour les siens. C'est parce qu'il est animé de senti ments trop délicats et trop nobles pour imposer un pénible sacrifice à une famille qu'il aime par-dessus tout, qu'il se précipite lui-même dans l'abîme. Et maintenant, voyons l'Egmont de la tragédie ! En lui ôtant sa femme et ses enfants, le poëte rompt tout l'enchaînement de sa cdriiliiiM-. I.r voila absolument foin'', ii'is.pie K. mont s'ohsthie

si malheureusement à rester dons Bruxelles, d'attribuer son entêtement à une confiance en soi qui est le comble de l'étourderie; et de la sorte il diminue fort imtrc estime pour le bon sens de son liéros, sans le dédommager du coté du cœur. Loin de là, il nous dérobe Su [<;ui:!iuti1 spectacle d'un père de famille, d'un tendre époux, pour nous donner a la place un amoureux de la plus vulgaire espèce, qui trouble à jamais le repos d'une jeune fille aimable, d'une fille qui ne peut pus élrc s;i feuiuie. et in 1 surs ivi*a pus à sa pi-rte; d'une lille dont il :ic jimi; possède; c^eur sans ruiner d'abord un autre amour qui promettait d'être heureux 1 : un amoureux, par conséquent, qui, avec un cœur excellent, je le veux bien, fait le malheur de deux créatures, pour etfacer les « rides soucieuses de son front. » El tout cela, en entre, acheté aux dépens de la vérité de l'histoire, que le poêle dramatique est sans doute maître de sacrifie;', mais à la condition du rehausser l'intérêt de sa matière, et non point de l'affaiblir! Quel prix nous fait-il donc payer cet épisode qui, considéré en lui-même, forme certainement un tableau d'une beauté supérieure, et qui, dans une composition d'un ordre élevé, où il eût été contre-balancé par

■ I, L'imour de Brackonbourti pour CÏiiro. Voy. le premier acte i'Bgaail,

mElanc.es.

des actions d'une grandeur proportionnée , pouvait produire relie t le plus saisissant!

l.a calas trop lu.' trafique d'Ksmunl est la conséquence de toute sa vie politique, de ses rapports avec la ration et avec le gouverne nient. Il fallait donc que la peinture de l'état politique et civil des Pays-Ilas ,'i relie époque servît de fondement à l'action dramatique, ou plutôt il fallait faire de cette peinture même une partie de l'action. Mais, si l'on considère combien peu les actes politiques, en général, se prêtent à être mis en œuvre dans le drame; combien il \ faut d'art pour réunir tant de traits épars en un seul tableau, animé, facile !i saisir ; puis pour rendre individuellement sensible le caractère de l'ensemble, comme a fait Shnkspeare, par exemple, dans son Jules César; si l'on considère en outre la nature propre de ces Pays- Bai, qui ne sont point une nation, mais bien un agrégat de plusieurs petites républiques séparées entre elles par les contrastes les plus tranchés, si bien qu'il était infiniment plus facile de nous transporter à Itorvii' qu'à Ilruxellcs : si l'on considère enfin quelle quantité innombrable de petites circonstances concourait à produire l'esprit du temps et cet étal politique dea Pays-Bas, on ne pourra se lasser d'admirer le génie créateur qui a triomphé de toutes ces difficultés, et qui, avec un art merveilleux et n'ayant d'égal que celui qu'il a déployé luimême dans deux autres pièces où il nous transporte soit aux temps de la chevalerie allemande, suit ( ;n {.irècu ', a su évoquer aussi cet autre monde, le monde (lamand du seizième siècle. Ces hommes sont là, sous nos yeux, nous les voyons vivre et agir; ou plutôt nous habitent nous-mêmes parmi eux, ils sont pour nous de vieilles connaissances. D'un cdté, ces mœurs sociables, l'humeur hospitalière, la loquacité, la jactance de ce peuple, l'esprit républicain qui se soulève à la moindre innovation, et qui retombe tout aussi vite aux plus méchantes raisons qu'on lui oppose; de l'autre, les charges sous lesquelles gémit présentement ce brave peuple, depuis les nouvelles mitres d'êvéques, jusqu'aux psaumes français qu'on lui interdit

|. Allusion k Cals rie Brilichinçut, ai 1 Sphig/sit Tauridc, publiOo

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