SUR LES POÉSIES DE MATTHÎ8SON
descri plions du paysage, et ï! y aura lieu de douter que l'acquisition de cotte vaste province puisse être regardée comme ayant réellement reculé 1rs borurs du l'art. Dans eu domaine de la nature où su renferment le peintre et le poète paysa-cislrs. 1rs funurs . 1rs o 'iuUri:u--.n- m; son; [.lus, à beaucoup près, aussi nettement déterminées, Xon-seulemcnt la ligure des corps y est plus arbitraire, ut le parait davantage encore; mais, un outre, dans l'assemblage de ces ligures le hasard joue un rôle fort incommode pour l'artiste. L'artiste nous représente- 1- il des figures nettement arrêtées et disposées dans un ordre dé~ terniiné, alors c'est lui qui détermine et arrête, et non pas nous; car il n'y a aucune règle objective en vertu de laquelle la libre fantaisie du spectateur puisse se mettre d'accord avec l'idée de l'artiste. Ainsi nous subissons sa !oi , tandis que nous devrions ne suivre que la nfttro , ou du moins l'action produite sur nous n'est pas une action pu iv ment portique, car elle n'est point le résultat d'un acte parfaitement libre et spontané du notre imagination. L'artiste, au contraire, veut-il respecter entièrement notre liberté d'imagination, il ne peut y parvenir qu'en renonçant à la détermination du la forme, et, par conséquent, à la véritable heauté.
Eh bien, malgré toutes eus raisons , ce domaine de ta nature n'est pas absolument perdu pour les beaux-arts : je dis plus, les principes mêmes que nous venons d'établir sont précisément ce qui permet à l'artiste et au poète, qui prennent là luurs sujets, de prétendre à un rang fort honorable. D'abord, on rie saurait nier qu'en dépit des apparences et malgré tout eu qu'il peut y avoir d'arbitraire dans les formes , il nu régne encore dans cet ordre de plirnoinrnrs mit' yrnmle unite rl mir régularité très-sensible, propres à guider l'habile artiste quand . il imite la nature. Puis il finit remarquer que , si , dans cette branche de l'art, la détermination de la forme doit nécessairement beaucoup perdre (car 1rs détails disparaissent da!ns l'ensemble, et l'effet ne se produit que par masses), il peut régner cependant dans la composition des tableau* un caractère de nécessité tris-frappant encore, ainsi que le prouve, par exemple, la distribution des ombres et des couleurs dans la représentation des objets par la peinture.
.liais la nature de paysage ne nous montre pus dans toutes ses parties ce caractère ili; rigoureuse néctsMlé, et , si. jirofuiidément qu'on l'étudié, il y restera encore beaucoup d'arbitraire , ce qui empêchera Imijours l'artiste et le poète de s'élever au delà d'un certain degré de perfection. De caractère de nécessité, que le véritable arti>tc regrette de n'y point trouver, et qui seul pourtant senit capable île le salisfaire , il ne se rencontre en effet que dans lu cercle de la nature humaine : d'où il suit que l'artiste véritable ne se tiendra point en repos jusqu'à ce qu'il ait fait passer sou objel dans celle sphère plus
plus possible , et qu'il sVIV uvera de saisir, de représenter en elle le caractère de nécessité ; niais , comme, en dépit de tous ses efforts, il ne saurait parvenir à le lui donner par cette voie au irièinc degré qu'à la nature humaine , il essaye , en définitive, de la transformer, au moyen d'une opération symbolique, en une autre nature humaine, canaille de participer ainsi à tous les avantages de l'art, qui n'appartiennent proprement qu'à
Mais comment arriver à ce résultat sans altérer le caractère propre, la vérité, de la nature inanimée* Par une opération familière à tous les artistes, à tous les poètes dignes de ce nom qui prennent là leurs sujets, opération qu'ils pratiquent sans doute la plupart du temps sans bien s'en rendre compte. Il y a deux manières de transformer ainsi la nature inanimée, de la porter à cet état ofi elle devient l'expression symbolique de la nature humaine : ou bien clic représentera des sentiments , ou bien elle représentera des idées.
Il est bien vrai que îles sentiments, à les considérer propre-
tation ; mais ils en sont susceptibles si nous les considérons dans leur forme ; et il existe en elfet un art qui plaît à tous et air il sur tous, uti art qui n'a précisément pour objet que cette forme des sentiments : cet art, c'est la musique. Par conséquent, l'art du poëte ou du peintre paysagiste , en tant qu'il agit sur nous à la façon de la musique , c'est la représentation du sentiment, et par conséquent l'imitation de la nature humaine.
SUH LES POESIES DE MAJTII 1SSON. 403 Et, dans le fait, ne considérons-DOUS pas toute composition poétique ou pittoresque comme une sorte de composition musicale? et ne-la soumettons-nous pas en partie aux mêmes luis? 11 n'est pas jusqu'au* couleurs à qui nous ne demandions de VkarwmtU, une sorte de ton , et en quelque sorte de modulation. Dans toute ouvre poétique, nous distinguons l'unité de
leur logique ; bref, nous voulons toujours qu'une composition poétique, outre ce qu'elle espi'iine au fond, soit par sa forme une imitation, une expression île sentiments, et qu'elle agisse sur nous en tant que musique. Du peintre et du poète paysagistes nous eiigeons cela à un plus haut degré encore, et avec un sentiment d'autant plus net de notre droit, que, chez l'un comme chez l'autre, il nous faut rabattre quelque chose de ce que, du reste, nous voulons trouver dans toute œuvre de l'art du beau.
Or, tout l'effet de la musique (considérée comme un des arts du beau, et non pas seulement comme art de l'agréable) est d'accompagner les mouvements internes de notre flmu , et de les traduire en formes sensibles au moyen de mouvements eiternes analogues. Et comme ces mouvements internes (en tant que phénomènes humains) se produisent en vertu de lois rigoureusement nécessaires, ce caractère de nécessité et de rigoureuse détermination (loi l s'étendre aussi aux mouvements externes qui en sont l'expression : et voilà ce qui explique comment celle opération sj mbnlique, dont j'ai parlé, peut communiquer aux phénomènes vulgaires du son et de la lumière quelque part de la dignité esthétique de l'humaine nature. Si donc le musicien ou le peintre ii,i;saeiste sait pénéli-er le secret de ces lois nécessaires, auxquelles ubéil le cœur humain dans ses mouvements internes; s'il étudie l'analogie qui existe entre ces moin-ements de l'Ame et certains phénomènes extérieurs, il devient , de simple copiste de la nature vulgaire, un vrai peintre de la nature morale , un peintre d'iuies ! 11 sort du domaine de l'arbitraire et de la fantaisie ; il s'élève jusqu'à cet ordre supérieur où régnent des lois nécessaires; et dès lors il peut hardiment se placer, sinon à cûté de l'artiste plastique, qui se propose pour objet l'homme extérieur, du
moins à coté du poète, qui étudie et représente l'homme
Mais la nature inanimée, la nature du paysage, peut encore être ramenée li'tnie «vomie manière dans le cercle de l'humaine nature : c'est lorsqu'on la fait servir à exprimer des idées. Nous ne voulons nullement parler ici de cette façon
sudation est accidentelle et arbitraire, il n'y a là rien qui réponde à la dignité dr l'art); mais bien do eelle qui les fait naître nécessairement dans notre esprit en vertu des lois auxquelles obéit l'imagination lorsqu'elle peint des symboles. Quand l'âme est active, quand on a éveillé en elle le sentiment de la dignité morale, la raison ne se contente pas d'assister en spectatrice
rations. Si donc, parmi ces différents phénomènes, la raison en découvre quelqu'un qui puisse èlrc traité selon les règles (pratiques) qui lui sont propres a elle, ee phénomène dûs lors sera pour elle un emblème de ses propres opérations. La nature, qui jusque-la n'était qu'une lettre morte, se vivifie et devient une langue des esprits, un teste que l'œil extérieur et I leil intérieur iléchiilreol il 'une f;i','ori toute dillé rente. Cette aimable harmonie des ligures, des tons et de la lumière, qui llatte délicieusement le sens esthétique, satisfait à la fois maintenant le sens moral; cette continuité, cette liaison des ligues dans l'espare, des Ions dans la durée, est un symbole physique de l'harmonie intérieure de l'âme avec elle-même, et de la connexion morale de ses sentiments avec ses actes; et dans la belle unité d'exécution d'une œuvre pittoresque ou musicale se peint l'unité plus belle encore d'uneame où règne l'harmonie morale.
Le compositeur et le peintre de paysage ne produisent cette sorte d'effet que par la forme qu'ils emploient dans l'exécution;
manière ou ù concevoir de certaines idées. Mais, quant au fond lui-même, quant à ce qu'il convient de placer sous cette forme, ils s'en remettent, pour le trouver, à l'imagination de l'auditeur ou du spectateur. Le poète, au contraire, a sur eux cet avantage, qu'il peut donner un corps à ces sentiments et écrire dessous