SUR LES POÉSIES DE 11 ATTIIISSON'. HOS
un certain texte ; il peut étayer d'un fond solide cette symbolique de l'imagination, et lui imprimer une direction plus déterminée. Mais qu'il n'oublie pas cependant que son intervention a ici de certaines bornes! Il peut bien indiquer ces idées, faire allusion a ces sentiments , mais non pas les traiter expressément, ni prévenir l'imagination de son lecteur. Toute détermination trop précise est pour ce dernier une gène, une barrière importune; car !e charme de ces sortes ù'Ulccs esthétiques consiste précisément en ce que le fond en est indéterminé, cl que le regard y plonge comme dans une profondeur sans fin. Ce que le poète y mut réellement ef expressément, n'est jamais qu'une grandeur finie ; ce contenu possible, qu'il nous laisse y mettre nous-mêmes , est une grandeur infinie.
Si nous avons fait ce grand détour, ce n'est pas pour nous éloigner de noire porte, mais bien pour mieux nous approcher de lui. Et en effet, ces trois sortes de conditions que nous venons d'indiquer, et que nous exigeons de toute représentation de paysage, M. Matthisson iesasu réunir dans la plus grande partie de ses tableaux. Ses tableaux nous plaisent par leur vérité et leur vivacité frappante; ils nous charment par leur beau té musicale ;ils nous occupent eiiihi par l'esprit qui y respire.
Et d'abord, a ne considérer dans ses paysages que la fidèle imitation de la nature, il faudrait déjà admirer l'art avec lequel il provoque notre imagination h se représenter ces sortes de scènes et la gouverne à sa ffiiiw. sans tontréiis lui enlever sa liberté. Toutes les diverses parties s'y trouvent réunies en vertu d'une loi nécessaire : rien n'est amené arbitrairement; le caractère générique des objets naturels représentés par le poêle est saisi avec un rare bonheur de coup dU'il. Aussi notre imagination a-l-elle une facilité extraordinaire à le suivre : on croit avoir sous les yeux la nature mémo, et il semble qu'on ne fasse que s'abandonner à la réminiscence d'impressions qu'on aurait déjà éprouvées.
11 entend aussi parfaitement les moyens de donner de la vie
m'explique : le poêle qui exécute une composition de ce genre se trouve toujours dans une certaine infériorité par rapport au
peintre, parce qu'une grand-? partie de l'effet tient à l'impression simultanée de l'ensemble, et que lui, poète, ne peut composer que aurceisirenit.nl ret ensemble dans l'imagination de son lecteur. Son rûlc n'est pas tant de nous représenter ce qui al, que ce qui arrive; et, s'il entend bien son intérêt, i! s'en tiendra toujours à la partie de son sujet qui est susceptible d'une représentation ginitiqué, c'est-à-dire qu'il peut représenter naissant et arrivant. La nature de paysage est un ensemble de phénointMies qui se révèle tout ;'i la fois et, en ce sens, un sujet plus favorable au peintre qu'au poète ; mais, à un autre point de vue, c'est aussi un ensemble de plirinimènes successifs, car elle change sans cesse: et, par ce roié, l'avantage est pour le poète. M. Matthisson a bien fait celte distinction, et il s'est gouverné en conséquence avec un esprit très -judicieux. L'objet qu'il se propose, c'est toujours la diversité dans le temps, plutôt que la diversité dans l'espace; la nature en mouvement, plutôt que la nature en repos et dans son état permanent. La nature chez lui se déroule devant nos veus comme un drame toujours changeant, et ses différents phénomènes se succèdent les uns aui autres avec une continuité pleine de charme. Que de vie, par exemple, que de mouvement dans celte délicieuse Peinture du clair de lune (p. 85)!
La pleine lune plane & l'Orient :
Aux flancs de la vieille tour hanlée par le- esprits
Su joue avec des reflets bleuâtres,
Le ver-luisant, l'insecte de (eu.
Le beau sylphe du tilleul
tlli.M! iimitlnilfnl.niï Ji.i es riivnri- ri i> b lu;-,;;, El parmi les sombres roseuui du rivage Fuient en dansant les feus follets.
Lesvitraui de l'Èfilijo s'illuminent, Le blé ondoie comme des Dota argenté;;
Dans le tac, dans la source de la prairie :
1. Schiller, dans le leilede h Gaz'tirunivrrsrllr. n souligné la rima vicieuse Oilen. ■ orient, ■ el &FnlrMjrrn, . couvertes de mousse. ■ Dsns les OEuisrei tmpUU*, on n eu le Ion de supprimer les italiques, tint ici qu'en divers
sua LES POÉSIES DE M ATT H LS 5 ON. 'i07
A la tnmièn< s'a.Liiient les plumes qui e.r impuni
Parmi les crevasses du rocher disert,
Et la montagne où se balancent les sapins
Que la lune es! belle, à franger de Inmitro
Les vagues du ruisseau bardé d'aunes,
Qui écume ici h IravcrB lusjonrs,