‹ Œuvres de Schiller Mélanges de Schiller preécédés du Visionnaire. 7Chapitre 82 sur 95 · SUR LES POÉSIES DE SIATTH1SPON · texte numérisé non relu

SUR LES POÉSIES DE SIATTH1SPON

radis terrestre qui s'étend devant lui , n'était enci désert :

Où je vois lù-bi8,dan» les feui du soir,

Si (IriMMT, é. Gcii.'vf. les Tiillc- iii> tes utilité?,

Là le Riions tristement roulnil ses ondes,

PuÎ3, le magnifique paysage se dévoilant à lui, il reconnaît le théâtre de ces seines poétiques qui rappellent à son souvenir l'auteur de la Nouvel!' lltloUe.

Ton nom vivra dans le livre des temps.

Et toi, Heillerïe, site majestueux et sauvage, Tii renommée ivii'i lois jo-iju'aus «toiles. A les sommet.», où plane ('aigle

Et d'où se précipitent, do milieu des nuises, des torrenls courrnucés. Gravira souvent, Bgtli jusqu'au fond ne l ame par de rtoui frissons, Un tendre pèlerin au bras de son amante.

Comme jusque-là tout est plein d'esprit, plein de sentiment, et pittoresque ! mais maintenant le poète veut faire mieux encore, et par la il gîte sa description. Les strophes qui viennent à, la suite, quoique fort belles en elles-mêmes, sont d'un poète de sang-froid, et non plus d'un coeur qui déborde, qui s'abandonne sans réserve ,'t l'impression du moment. Quand le cœur du poète est tout entier à son sujet, il est impossible qu'il s'en arrache pour se transporter tantôt sur l'Etna, tantôt S Tibur; tantôt au golfe de Naples, etc.; il est impossible, je ne dis pas qu'il fasse allusion en passant à ces objets, mais qu'il s'y arrête. Je veux bien admirer ici la richesse de son pinceau, mais nous en sommes éblouis plutôt <\uv charnu"*. Une description toute simple eût produit incomparablement plus d'elle!. Tous ces changements de décor finissent par dissiper notre ame, h un

tel point, que le poète a beau revenir ensuite à son objet principal, l'Intérêt que nous y prenons s'est évanoui. Au lieu de

ranimer cet in(ér>'[, il l'all^iliïil plus cneare par la cluiti' passablement profonde qui dépare la lin de la pièce et contraste d'une manière très -choquante avec l'essor qu'il a pris en commençant et qu'il a si longtemps soutenu. M. Mallhisson a déjà retouclié trois fois ce morceau, et par la, j'en ai peur, il n'a fait que rendre d'autant plus nécessaire un quatrième remaniement. Les dispositions diverses qui ont ainsi exercé leur influence sur ce petit poë'me, en ont dénaturé l'inspiration première ; et , par un e*cès de richesse, la pièce a beaucoup perdu de sa véritable valeur, qui ne consiste que dans la simplicité. Nous venons d'envisager M. Matthisson comme un peintre excellent de scènes de paysage; mais nous sommes bien loin de vouloir borner soi) talent à ce domaine. Ml' me dans ee petit recueil, son génie poétique se montre, avec un égal bonheur, dans des genres très-divers. Ainsi, il 3'est essayé, avec un plein succès, à ces sortes de poèmes on la fantaisie se joue librement en fictions, et il a parfaitement saisi le caractère qui y convient.

L'imagination s'y montre, avee Imite son indépendance, sans nous rien offrir qui ne soif en harmonie avec l'idée qu'il s'agit de rendre. Dans le elianl intitulé le /'.itn tirs Fi n, le poète se raille avec infiniment d'esprit de la fantaisie aventureuse ; il a mis là toute la bigarrure, toute la pompe, tout ce qu'il y a de chargé et de grotesque dans la poétique de ee uenre désordonné. Dans le Chant des Elfes, t<>ul est lé;;er, vaporeux, aérien, comme tout en effet le doit être dans ce petit monde de clair de lune. La jolie petite pièce qui a pour titre la Chanson des Faunes, respire surtout la béatitude d'une vie exempte de souci, entièrement tournée a la satisfaction des sens; et c'est avec beaucoup de naivelé que les Gnomes, dans leur babil, divulguent leur secret et celui do leurs consorts, le mot d'ordre de la bande :

L'édal du jour pose, éblouit;

Voilà pourquoi nous ai mon» lantà Ajourner

Tout ce qui osl sorti d'Adam

Ci; n'est pas senlei.ienl d'uni: iiKon huliivrtt!, par la manière donl il traite les scènes de paYsap', eus! directement aussi que M. Matlhisson peint, avec un rare bonheur, les sentiments de l'homme. Aussi bien ne peut-on pas être sûr d'avance qu'un poète si habile Ù nous intéresser intimement à ce monde inanimé, ne saurait échouer en peignant la nature morale, qui offre une matière bien autrement riche? (in peut de mCmc déterminer par avance quel est à peu près le cercle de sentiments où devra se renfermer celle nuise si passionnément adonnée au culte de la belle nature. Ce n'est point dans le tumulte du grand monde, dans les relations et les conventions artificielles; c'est dans la solitude, dans le secret de son propre cœur, dans les situations simples de l'état primitif de l'humanité, que notre poète va chercher l'homme. Amitié, amour, sentiments religieux, souvenirs d'enfance, bonheur de la vie champêtre, etc., tels sont les sujets de ses chants : sujets qui tous ont un rapport intime a la nature champêtre, et qui sont liés avec elle par une étroite pa ruiné. 1* caractère de sa muse est une douce mélancolie, une certaine rêverie contemplative : disposition où la solitude et le spectacle d'une belle nature inclinent si volontiers un homme sensible. Dans le tumulte du monde et des affaires, notre esprit change incessamment de forme ; une impression eluisse l'autre, el celle diversité de notre être n'est pas toujours à notre avantage : raison de plus pour apprécier la fidélité avec laquelle la nature autour de nous, la nature, toujours siiunle, Lïojmrs l'^-ile \ elle-même, conserve les sentiments dont nous la faisons confidente ; dans son éternelle unité, nous retrouvons, nous aussi, la notre. C'est ce qui explique le cercle un peu étroit où notre poète tourne autour de lui-même ; c'est ce qui explique cet écho prolongé d'impressions déjà ressenties, et ce fréquent retour des mêmes sentiments. Les sentiments qui découlent de la nature sont uniformes et je dirais presque pauvres : ce ne sont que los éléments d'où se Tonnent, dans le jeu plus compliqué des relations sociales, ces nuances plus fines, ces combinaisons artificielles qui offrent une inépuisable matière au peintre de l'âme. Aussi se lasse-l-on aisément de ces sentiments simples : ils n'occupent pas assez l'esprit; mais, en revanche, on y revient tou-

i sortir Ji' ces autres

véritable bienfait pour l'homme cultivé, il faut que cette sim plirité lui apparaisse comme le fruit de sa liberté morale, f non comme une loi do la nécessité ; que celte nature soit celle où parvient à la fin l'homme moral, et non pas celle où commence l'homme physique, l'ilr conséquent, si le poète nous tirer de la presse du monde pour nous mener dans s; litude, il faut que ce soit non pas un besoin de relachen

mais un bi;soïn d'aclinn ; mm pas une a^pinitii >n vers le repos, mais bien une aspiration vers l'harmonie, qui lu dégoûte do l'art et qui lui rende la nature aimable. S'il cherche à se ménager un Tibur, et s'il se réfugie dans le sein de la nature inanimée, ce n'est pas, ce ne doit pas être pari e que le monde moral contrarie ses facultés théoriques, niais parce qu'il contrarie ses

A la vérité, il faut pour cela quelque chose de plus que ce mince talent de faire contraster la nature avec l'art, qui est

bien souvent le talent unique des pnHcs d'idylles, 11 finit un cicur tout pénétré du la beauté idéale, pour conserver celle simplicité de sentiments au milieu de toutes les influences de la civilisation la plus raffinée, sans lesquelles cette simplicité n'a absolument aucune dignité. Or un tel cœur se reconnaît à cette plénitude qui sait se cacher mémo sous la forme la plus exemple de prétcniion ; à cette noblesse qu'il porte jusque dans ics jciii île l'imajkiaMN et de la fantaisie; ii celle discipline qui le modère jusque dans sa victoire la plus tdoriouseï à celte chasteté de sentiments que jamais rien ne profane; il se reconnaît enfui à cette puissance- irrésistible, et vraiment magique, avec laquelle il nous attire à lui, noua retient et nous force de

1. Pour comprendre ce [in,™ il tint Eitiîiailrc If système d'estM tique de scliillsr, dÉïelupiié a»ii- ;c< uumçrt nmifiiui nu lume VIII ila noire iraductlon . et particulière m eut dam le IniiM di la i'ptirj taire il de tu Poéiii dr

nuus souienir de notre propre dignité, ;iu moment où nous

M. Matthisson a justifié ses droits a ce titre de poète et de peintre des imvs, de faeou ,ï satisfaire le critique le plus rigoureui. Celui qui a éié capable de composer uni' fantaisie pareille à son Elyumn (p. 34), a fait ses preuves comme initié aui mystères les plus intimes de l'art poétique, et comme un des disciples, des amants de la véritable beauté l. Lu commerce familier avec la nature, et aussi avec les mmidus classiques, a nourri son esprit, épuré son goût, et préservé en lui de toute altération la grâce morale. Une .'une vraiment humaine, une ame sereine et pure, anime ses poésies ; et les belles images de la nature se peignent dans son esprit calme et limpide, aussi nettement qu'elles se reflètent dans le miroir de l'onde. On sent partout dans ses ouvrages, le chois, la discipline, la sévérité du poète envers lui-même, la préoccupation de l'artiste qui no cesse de tendre à un mii.rimiiiu de beauté. Ses productions déjà sont assez nombreuses ; et l'on peut croire qu'il n'a pas encore atteint .i son apogée. 11 ne dépendra que de lui, maintenant qu'il a essa;é ses ailes dans une région plus modeste, de prendre eniin son essor vers les hauteurs, de consacrer à l'expression d'idées plus profe-ndes celle imagination qui lui su^ère des fonnes si gracieuses, et celte langue d'une harmonie si musicale; d'inventer désormais des figures pour

santé. Si une modeste défiance de soi-même est toujours la marque du véritable talent, le courage pourtant lui sied bien aussi ; et s'il est beau de voir le vainqueur de Python déposer son arc redoutable pour prendre la lyre, Achille n'est pas moins admirable lorsqu'au milieu des jeunes filles Ihessaliennes, ii se lève tout à coup, et nous révèle un hérosi

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