‹ Œuvres de Schiller Mélanges de Schiller preécédés du Visionnaire. 7Chapitre 87 sur 95 · v 0) -. l'/KOdt, (*. i · texte numérisé non relu

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A L'ÉUlTEUH I>E3 PROPYLÉES. 433 s'adresse au cœur, et l'Allemand n'a point démenti en celle oc- En indiquant les sujets , on n'avait fixe ni le moment de l'ac-

terrain de l'invention. Iléus héros , conformes à l'idée que nous

noua iJiSctis le liioir* -J- t l -J'I . >■ m r<M . i" hhIi-.-u

des ténèbres de !a nuit , dans le camp troyen, où les guerriers ihraces et leur roi sont couchés et dorment. Tandis que Diomède massacre ses victimes endormies, L'iysso s'empare des beaux chevaux blancs île Hhésus, Il faut qu'ils se hAlent pour ne pas être surpris, et Diomède abandonne à regret le théâtre de l'action.

Or, ici le choix du moment était de la dernière importance.

[.'artiste pouvait prendre les ihosus soit ri l'instant OÙ s'accomplit le massacre même , soit à l'instant qui le suit, et qui précède immédiatement la retraite des deux héros. Dans la première hypothèse,, la scène ne perdait pas seulement de sa valeur esthétique : on s'exposait à faire sur la sensibilité une impression révoltante ; massacrer, de nuit, des hommes plongés dans ' lesommeil, il y a là quelque rhose de honteux pour un héros. Le roi ainsi immolé devenait par là le personnage principal, notre pitié était intéressée . et le tableau prenait un caractère pathétique qu'il ne devait nullement avoir. Kn choisissant, au contraire, le moment qui suit l'action, et où les deux héros pensent h s'éloigner, l'artiste donnait à son tableau un tout autre Cari..*!, f il r ■ • j inl-iiii. I ■ruM ■ \->il .'-qui r '■-11'- Il éligibilité; les victimes ne restaient plus que comme une masse déjà confuse, sans qu'aucune d'entre elles en particulier prétendit à notre intérêt : nous ne voyons plus immédiatement, nous n'apprenons que par un raisonnement que ces hommes ont été tués pendant leur sommeil ; enfin , et c'est là le point essentiel, l.'ljsse et Diomède sont alors bien réellement les héros du tableau : c'est leur audace qui nous intéresse, c'est le succès de leur retraite qui nous occupe.

Mais, même en la supposant conçue de la sorte, la scène per-

gnité. Ulysse et Diomède ne seront toujours à nos yeux que deux meurtriers norturnes et deux brigands; et, par conséquent,

l'action, bien qu'elle perde ce qu'elle avait de révoltant, sera du moins commune et moralement inditlérente pour nous. Il Tant quelque chose pour relever les héros et pour rehausser leur action. Ce quelque chose, e'est la présence et la participation d'une de esse. Celle déesse, l'artiste n'ai ail pas loin h la chercher : dans Homère lui-même, on voil paraître Minerve qui pousse les deux guerriers il Taire diligence, l/interienlion de la déesse offre encore cet avance pjur la pensée, que l'expiait narturne a un témoin , que par son gesle la nécessité de fuir devient sensiblement évidente, Lutin, dernier avantage, bien précieux pour l'exécution du tableau, on peut éclairer cette scène de nuit d'une lumière divine.

Un artiste même qui n'aurait su meltre dans son tableau aucune idée intéressante et profonde, pouvait être séduit, dans ce second sujet, rien que par l'effet des masses et par les contrastes, et arriver à une exéculiu" satisfaisante. L'habile auteur du tableau 0? b, où deux chevaux blancs comme le lait se détachent sur le premier plan , où Diornède, dans le fond, est encore occupé au carnage, où les deux héros, comme des figures secondaires, sellai ent à rôté des cbevaux de llliésus : cet artiste semble s'être content» île faire jouer agréablement les ombres et la lumière; son tableau en doux, ei plaît à l'œil; mais la conception est mmune, et l'artiste n'a pris Je son sujet que ce qu'il offrait prosaïquement à première vue. A quoi bon en effet évoquer deux figures héroïques, et ex cl 1er notre attente en nous annonçant une action considérable , pour ne nous donner que re qu'on pourrait obtenir eu arrangeant agréablement une scène de la vie ordinairel 11 ne but pas s'étonner, au reste, que ce tableau soit précisément celui auquel beaucoup de spectateurs aieul donné la palme. L'agréable ne manque jamais son effet' il ne suppose rien, et l'on en jouit sans qu'il soit besoin pour cela d'avoir l'ombre d'une idée.

Deux autres tableaux , de dimensions plus grandes ( les n» 3 et 4), et composés sur le même sujet, ne représentent également que l'instant du massacre. Le roi est encore couché endormi, le glaive est au-dessus de sa tête, prit à le frapper; Ulysse s'est emparé des chevaux. L'exécution ici est plus forte,

À L'ÉDITEUR DES PROPYLÉES. 43S l'Action plus ricin: que ilatis le tableau ju'ocetleut : 1rs Jii'ro.i ne sont pas sacrifiés au\ chevaux. Mais la pensée no s'élèic pas au-dessus du commun; le tableau ne parle qu'aux yeux, il n'excite pas l'imagination, et toute l'habileté, toute la diligence du pinceau ne saurait suppléer à ce qui manque du coté de l'esprit.

Deux autres tableaux (n"" 6 et 7) nous montrent déjà la déesse, cela est vrai; niais sa présence, tout en motivant chez l'artiste une intention plus élevais, ne rehausse point le tableau. Le moment est plus significatif, le meurtre est accompli. Dans l'un, où les ligures ne sont qu'indiquées au trait, Ulysse a sauté déjà sur l'un des chevaux : l'instant de la retraite est exprimé; dans l'autre, les héros tiennent encore conseil, mais la scène est trop calme, cela manque de vie et d'expression.

Deux autres tableau*, toujours sur le même sujet, sont conçus et exécutés sous une inspiration plus hauie.

La déesse apparaît (n° 2) planant sur les cadavres des victimes, et la lumière, i-r-juin.iin- autour dVlle f-claire cette scène nocturne Diotm-dc es; au repos, ilans une attitude pensive, le pied sur un cadavre : il hésite à remettre IVpée fui fourreau. La déesse, d'une manière significative, lève l'index de la main droite pour l'avertir, et, de sa main gauche étendue, elle lui montre le chemin. Ulysse, son arc a la main, retient par la bride les deux coursiers qui se cabrent, cl déjà il se porte en avant par un mouvement rapide, en même temps qu'il jette un regard en arrière sur sou couipaj-'iion qui s'attarde. Les deux héros sont nus : seulement un manteau (lotte autour d'Ulysse, qui s'empresse, et une peau de lion pend sur le dos deDiomède. Le premier, dont la figure énergiquement dessinée est ce qui ressort le plus, donne à fout le tableau un mouvement, une vie qui ne contraste que trop peut-être avec l'attitude calme et pensive de Hiomède.

Avec ce tableau nous sommes entrés dans la région spirituelle de l'art. On y a reculé des yeux tout ce qui n'est que la réalité vulgaire ; on n'y a mis que ce ijui est vraiment significatif. Mous avançons d'un pas encore dans ce monde de l'imagination, avec une dernière peinture (n° 1). qui clût dignement cette galerie des tableaux consacres a Rhésus.

L'artiste précédent nous avait représenté le camp troyen, ei nous renfermait dans un étroit espace, en bornant la scène par les murs de Troie. C'est uni' heureuse idée qu'à eue celui-ci de mettre les tentes et les vaisseaux dés (irecs dans le fond du tableau , et par la il invite en quelque sorte notre imagination à sortir île son tableau même. 11 élargit sa scène par une conception hardie; et mus embrassons tout d'une vue le théâtre de l'action et le but de la fuite.

Trois points de ce tableau, par dil]V'[-en(i^ raisons, nous attirent sur-le-champ. L'œil, qui d'abord suit 1a lumière la plus vive, tombe sur un groupe pittoresque, habilement disposé et formant pyramide : ce sont quatre coursiers éclatants de blancheur, qu*l!!ysse en cet instant même veut emmener. Il tourne

garde la scène. Son manteau, la crinière des chevaux, les housses qui les couvrent, flottent au vent. A ce groupe lumineux et vivement agité, l'artiste a opposé habilement, comme contraste, une masse sombre et immobile de corps étendus sans vie au premier plan, et dans le fond un lointain qui

Une fois que cette première et forte impression, ce charme des sens s'affaiblit, l'esprit s'applique à chercher l'idée, et il la trouve, très-ingénieusement exprimée dans le milieu du tableau, biuuièile , eiivi-ln|i]ir : | imii rie lirtti , si ni tvu dans

la main gauche, est debout , prés du char de Rhésus, qu'il saisit de la main droite comme s'il voulait se l'approprier. Près de la roue du chrir t'tt le cadavre . recomiaïssablc an casque couronne renversé près de lui : le corps est en raccourci, et d'un bel effet. Autant il y a de mouvement dans l'attitude d'Ulysse et dans le groupe ries chevauv, autant Diomède est calme. Seulement il tourne le visage, d'un air mécontent, du cûté de l'apparition, vers la gauche.

La plane et descend Minerve , entourée de nuages ; la taille tsl svelte e! le-i ('jni:es l.n.lk's. L'île e'.e:id la main droite, i*t lait signe aux deux héros qu'ils s'attardent , qu'il faut se hâter de partir. Le nuage au milieu duquel elle apparaît s'enroule d'une façon pittoresque, comme un torrent de vapeurs, autour du char de llhésus , et enveloppe ainsi toute la scène de carnage

À L'ÉDITEUR DES PROPYLÉES. k>7 d'une sorte de rideau mystérieux, qui s'ouvre seulement à droite pour laisser la vue s'étendre sur le camp et les vaisseaux des Grecs. Toutes les parties de ce tableau sont agréablement fondues entre elles : il y a harmonie de couleurs et d'ombres, de lumières et de reflets.

On éprouve en présence de ce tableau l'influence sereine de l'art, l'art véritable, inspiré par une imagination féconde. Tout y est chois! et disposé d'après des idées artistiques : pas un détail n'est emprunt!' à la réalité vulgaire : tout y. parle uniquement a la pensée, et n'a de réalité que pour elle et par elle.

Les deux sujets mis au concours offraient chacun un danger différent.

L'enlèvement des chevaux de Rhésus , à le considérer simplement comme un fait, n'est qu'une action indilférente et sans aucun intérêt pour lu cienr ; il fallait donc que l'imagination y montrât sa puissance , et que la pensée se substituât à l'objet réei. Si ce tableau n'était traité qu'avec uni; exactitude matérielle et une vérité purement naturelle, il était nécessairement vide et sans caractère. Or, cette exacte observation et la aritè purement naturell* est précisément la manie de notre siècle , et les Allemands en particulier ont bien de la peine à s'élever, par un libre et poétique essor , au-dessus de la réalité vulgaire. 11 y avait donc à craindre, pour un artiste ni'-diocrcnient doué, de ne pas tirer grand parti de ce sujet qui ne pouvait parler à son cœur ; et c'est précisément là ce qui parait en avoir détourné la plupart des concurrents.

Les Adieux d'Iieeur. ;> ne !'.ins:d.'iv!' que le sujet en huitième, et indépendamment de tout ce que peut y ajouter l'art, sont, au contraire, ur. objet touchant, et avec une médiocre dépense d'imagination, voire même en se contentant d'élre naïvement vrai, on en pouvait faire un tableau expressif. Mais ici on avait à redouter la tendante >.:ti!h>it:nhtk de notre pays et de nuire temps, tendance qui, pour la véritable ruine des arts du dessin, a pris le dessus dans leur domaine aussi bien que dans celui de la poésie. Il était à craindre qu'un ne nous représentât un Hector larmoyant, une Audroinaquc pâmée de douleur; et cela n'a pas manqué. Je n'indique point les tableaux : ils se reconnaissent aisément d'eux-mêmes.

Dans ce sujet, simple en apparence, il y avait a eiprimer un double rapport : il fallait nous montrer dans Hector et l'amour conjugal ei la tendresse paiernelle. C'était un problème difficile d'exprimer jil^iiiftnif ni rlini.im de ces deux rapports, sans violer l'unité du tableau. 1! fallait nécessairement que l'un ou l'autre île ces cararlères devint l'olijel principal, parce qu'il n'était pas permis de traiter deux actions d'égale importance ; el l'art consistait à choisir h plus inlércsante et la plus féconde.

Quelques-uns des concurrents se sont contentés de représenter les adieux de l'époux et île l'épriuse, et sont restés par conséquent au-dessous du programme. L'enfant sur les bras de la nourrice ou de la mère n'est la qu'un témoin lie l'action. Hector lui-même a quelque chose de si jeune et do si peu viril, qu'on croit assister simplement a la séparation de deux amoureux. C'est l'i sans eontmiit l'idée la plus malencontreuse, celle qui s'éloigne le plus du sujet proposé ; car il n'y a pas moyen ici de songer le moins du monde au guerrier, au héros qui est appelé le rempart de sa patrie : on a cherché un genre d'émotion parfaitement étranger à ce que demandait ici le sujet.

D'autres ont pris la route opposée : chc?. eux le père est exclusivement occupé de son enfant; et pendant ce temps-la l'épouse et la mère ne joue plus qu'un rôle secondaire. Ceux-ci s'éloignent moins de ce qu'exige le sujet , parce que l'expression du caractère paternel s'accorde fort bien avec la m.1le gravité du héros. Et du moment que la mère pouvait par elle-même se mêler a l'action, il était impossible qu'elle fût insignifiante dans te tableau.

Dans un des plus remarquables morceaux de cette série, tableau ù l'huile (n- ai), l'artiste semble s'être proposé de réunir la mère et l'en faut dans un même embi'assenient. llecloi ouvre ses bras a l'enfant , que porte la nourrice, et qui, en le voyant, se rejette en arrière, tandis qu'Anrlroinaque , placée entre ces deux bras qui s'étendent vers le petit Astyanax, se serre tout contre son époux ; mais Hector ne se montre nullement occupé d'elle ; tout son mouvement n'a de rapport qu'à reniant; elle fait l'effet d'un personnage superflu, el plutôt d'un obstacle.

A [.'ÉDITEUR DES PROPYLÉES. 439 Voici maintenant lu seconde qucslion qu'il s'agissait de résoudre : trouver pour le pathétique de la situation l'expression la plus vraie et en même temps la plus digne ; car il fallait que ce fût l'adieu d'un héros, qui abandonne son épouse et son enfant pour aller s'exposer ù un péril mortel : il fallait qu'on pressentit un dernier, un éternel adieu. D'un

et Andromaque aussi, dans i : t ■ 1 1 h j situation douloureuse, se montrer digne d'un (cl épou* : il fallait enfin non pas nous décliircr le cœur, mais le fortifier et l'élever par l'émotion

L'un des concurrents (n" 13), doué par la nature d'une àmc

sereioc, d'une sensibilité iicureu.se el naï-c, mais ,'< qui il seuiblo qu'elle ait refusé l'énergie et In profondeur du sentiment, s'est tiré de celte difficulté le plus simplement du monde, en réduisant son sujet à une scène d'intérieur, pleine de grâce et de tendresse, mais où l'intérêt trafique n'a laissé que peu ou point do traces. Hector s'occupe de l'enfant qui est posé sur le bras gauche de la nourrice et qui semble avoir peur de son père. La nourrice, par un mouvement expressif, indique le

père , comme si elle voulait familiariser l'enfant avec lui. A la

droite d'Hector, se tient Andromaque, appuyée contre lui : il lui abandonne amoureusement un de ses bras, tandis que l'autre est tendu vers l'enfant pour le caresser, Chacune de ces trois figures est animée d'une expression naïve, très -heure use me nt choisie : un tendre sourire se joue autour de la bouche du père, et le regard plein d anie (i'Andrornaque Hotte entre la joie sereine et les larmes'. Tout concourt à former un charmant, un aimable groupe; tout parle au cœur et sollicite vivement et franchement l'intérêt. On se rehkhe un moment de la rigueur

des exigences de l'art, parce qu'on a devant soi une belle nature; et l'on en veut au critique lorsque, à bon droit, il trouve à reprendre au dessin , â la couleur, à toute l'ordonnance pittoresque, el qu'il lions sij.'ilîih' en outre dans ce lahlean une infinité de maladresses. Ainsi il semble que l'artiste, ne sachant mettre l'héroïsme dans l'action elle-même , l'ait cherché après

coup autour de l'action, ei c'est pourquoi il a surchargé lu

boni tll'S n'lllp,':r(- et S lOai'S. illl j)[!'fi (li>Fljl!l:lh -1' [lliSSi! 1.1

scène, d'un million de Troyens armés de piques, qui regardent de là-haut ce tableau de famille.

Si le pathétique' fait entièrement tir- Tant dans cette peinture, en revanche il est poiis?^ à IV sers dans deux autres toiles trèshabilement travaillées d'ailleurs, et l'on y a trop sacrifié du caractère héroïque d'Hector. Il s'ensuit que ces deux tableaux exilent en nuus un certain sentiment pénible, et qu'un n'aimerait point à s'y arri'irr trop longtemps, il y a, en outre, dans l'un des deux , quelque chose qui blesse loin particulièrement : r e-l l'attitude J'IlfClnr. qu: se détourne, ri l'ei pression di> iloillejr désespérée qui est dans sou iresle. Ce qui semble faire tort à l'autre (n" 19), c'est une certaine pilleur maladive, due à cette circonstance, que le dessin est colorie en partie, et marque quelque prétenlion à un ci!el de ruions, laiulis que, pour l'autre partir, qui p|éri-.én;ent oïi;teait Je-, tous ciiainls, ou a

Plusieurs maîtres, et ce sont les plus habiles, ont représenté Hector se tournant vers les dieux, et remettant son lils à leur protection. Cette disposition est convenable, très- expressive et noble. La confiance aux dieu* permet de donner au héros une expression courageuse, sereine et calme jusque dans le sein de la passion; et l'action prend ainsi un caractère solennel. L'enfant aux bras de son père, surtout lorsqu'il ost soulevé et tenu un peu liaut, comme on le voit (tans les deux plus remarquables tableaux (n 1 " 25 et 26) de cette série, couronne heureusement le groupe, et lui donne un sens. Cet enfant devient eu outre pour nous comme un symbole de. Troie, désormais privée de secours. Hector semble les remettre l'un et l'autre entre les mains des dieux.

Je trouve deux tableaux en manière de bas-reliefs (n" 20 et ïl), où l'artiste, se couronnant à l'esprit de la statuaire des anciens, n'a pas eu besoin de reiounr an palb. -tique p.. ne parler a l'esprit. Hector, revêtu de ses armes, descend, calme et

qu'lTvo^'djiijlo («M VU]', 18 TltiU du rtlMiqui. ? "

À L'ÉDITEUR DES PROPYLÉES. <|U sérieux, les degrés de sa maison : son corps est déjà tourné I- > rci' r-< qui l'aie* n<I< nt »»< ■- k-ii <*Ie > '1 J> bvvlf' L. visage seul se retourne vers Andromaque, qui s'appuie sur lui avec une expression douloureuse, et ne veut pas le laisser aller. A cité d'elle se lient la nourrice, l'enfant sur les bras, et quelsymboliques que par l'imitation du réel. Toutes ces choses représentent plus à l'esprit qu'elles ne disent aux yeux. Chaque trait, outre sa signification propre, bien réelle, fait penser encore à quelque autre chose : c'est un emblème transparent sous lequel se cache un grand sens , comme i'esprit sous la lettre. Cette rangée de femmes avec l'enfant nous marque l'intérieur d'une maison que le père de famille est sur le point d'abandonner. En face, les guerriers avec leurs armes, et ce cheval de bataille qui attend son maiire, nous rappellent au sentiment de l'implacable nécessité. La démarche du héros qui descend, grave, mais non point attristé, sied bien a son caractère : il n'a pas lifS'im de? dieui, il se repose sur lui-même. La tendre inquiétude de l'épouse e-l bien d'aienrd avec l'ensemble. Seulement Andromaque elle-même est trop petite, trop maigre , auprès de la figure colossale du héros; et son air délicat, tout moderne, jure avec le caractère antique du tableau.

Il n'est pas jusqu'à la nomrite, considérée comme troisième personnane, dans l'exécution de laquelle ne se marque le génie particulier des différents artistes. Quelques-uns, qui ne pouvaient atteindre à la hauteur du sujet, ont du moins su rendre ce personnage qui rentrait dans la mesure de leur (aient; et c'est elle qui est devenue alors la figure la mieux réussie du tabl«au. C'était sur ce personnage, en effet, que l'artiste pouvait s'abandonner avec le moin3 d'inconvénient, in corporc viti , à son amour pour la nature réelle, bien que le goût fit ici une lot de traiter celle ligure même avec plus de noblesse. Depuis la plus stupide indifférence, jusqu'à la légèreté coquette, on l'a fait passer dans ces tableaux par toutes les expressions possibles. Ce dernier caractère est celui que lui prèle l'auteur d'un

M S MÉLANOEB.

.t 'tin Isi.' i [.I r. r- .nri - i- i.- irm if-i I . ■ ■

ici que par les deux malencontreuses colonnes plantées devant la porte comme pour ln barricader. Le tableau est traité de la façon la plus agréable, â la manière bigarrée des gravures anglaises : la figure d'Androniaqm? est pleine de grâce; mais la nourrice surtout est liieti spirituellement conçue, 11 n'y a que le personnage d'Hector que l'artiste n'ait pas su concevoir; el en général , il n'a pas pu s'élever a la hauteur du sujet.

Tout au contraire, dans les deux tableaux dont j'ai déjà fait mention, ceux où Hector élève son ûls vers le ciel, la nourrice forme réellement une partie iiiliVraiitu et .sipiilicativu de l'action, et s'élève jusqu'à la dijinilé de l'enseiuble. Dans l'un (le n° 25), son attitude est très-in;.-éiiieuseuie[il imaginée : elle se détourne, et l'artiste a précisément réussi k rendre d'autant plus touclianl ce qu'il dérobait à nos regards. Dans l'autre tableau (n° 2G), auquel je reviendrai tout à l'heure avec plus de détails, l'artiste lui a donné une signification plus grande encore, peut-être même trop grande.

Dans cette scène di s adieux d'Hector, le lieu n'était pas une circonstance indifférente : c'était le seul moyen de Taire parfaitement comprendre l'action. A moins d'user de la ressource arbitraire des symboles, l'arlistc deinit nécessairement pincer la scène sous les portes ou près des portes de Troie; el plus l'entourage aurait de signification par lui-même, plus l'action devenait expressive. Il ne faut dune jias exniser, dans certains tableaux, le mauvais choix fait par l'artiste, qui est allé placer la scène en un lieu tout à fait désert, n'importe où, près du mur de la ville. L'action y perd un fond qui par lui-même aurait eu sa valeur; elle y perd son caractère d'action publique, à ciel ouvert, si conforme u ces âges antiques; soit dit sans njiprnuvi-r lïxeès contraire : l'artiste qui a étalé autour de son héros toute une suite royale, qui rappelle une scène d'opéra, mérite encore bien plus h censure.

On a toutes sortes de raisons pour se féliciter du soin, de l'habileté, du sentiment, de l'inspiration et du goût qu'a révélés cette exposition , et qui se trouvent plus ou moins réunis dans chacun de ces tableaux. Depuis l 'émotion intime qui marque le premier degré de l'art, jusqu'à la sérénité d'imagina-

A L* ÉDITEUR DES l'HOPVLÉES. (ili3 lion par laquelle il s'a lira ne h il el proclame son originalité, jusqu'i la grâce inspirée qui y met la perfection, et qui, lui élargissant la voie , ramène l'art lui-même à la nature, il n'est aucune qualité esthétique dont les concurrents n'aient fait preuve. Plusieurs de ces tableaux forment vraiment un ensemble bien conçu : d'autres se recommandent par telle ou telle disposition heureuse, ou par une habileté acquise; quelques-uns par un (aluni airompli dans l'exécution pittoresque de certaines parties. Mais quand on lus aura tous passés en revue dans leur ordre, on finira par revenir avec une satisfaction plus haule h l'œuvre de M. Nahls, au tkssm brun (n" 2G) , comme l'appelait le public avant de savoir le nom de l'auteur : c'est aussi le tableau qui a tout d'abord attiré les regards.

Hector, avec un regard plein de sérénité , plein de confiance envers les dieu*, élève son tils vers le ciel. Andromaque, belle figure dessinée dans le goùl antique, s'appuie à la droite du héros , et semble se reposer sur lui comme sur son dieu : nulle expression de douleur n'altère la pureté de ses traits. A gauche d'Hector, mais un peu plus loin, et séparée de lui par le casque, qui est à terre, on voit la nourrice agenouillée et s'associant h la sereine prière du liérns [:;\r Ar- >!i piil irriti-'ins h I ■ :i jI.ul qui partent du fond d'un cœur plein d'angoisses. C'est sur cette femme, nature inférieure, que le sage artiste a vidé toute la coupe de douleur et de passion qu'il tenait en réserve pour cette scène ; mais son émotion n'a rien qui ne soit digne : elle n'est indiquée que par sa vivacité ardente. L'action se passe sous la porte de Troie , dont la noble architecture s'accorde ditri n- : 1 1 i.tl c avec IVn-rnibli.'. < . l ■ t r u jjor'u t'ouviv derrière la nourrice, en décrivant une courbe pleine d'aisance et de beauté. On aperçoit le char d'Hector, ses coursiers retenus par leur conducteur : un guerrier s'est approché el rattache la scène principale à l'action de i 'arrière-plan.

Telle est la cuau-unlion poétique de ce tableau; quant à la noblesse du style, à l'unité , quant à la légèreté du pinceau , quant a la pureté et à h grâce île lYxi'cmion , il faut les avoir senties , éprouvées par ses yeux : cela ne peut s'exprimer par la parole. A le voir, on se sent plus d'activité, plus de lumière,

ln-1 t-ITi'l que puisai; su proposer ' ;irt plastique. L'œil est attiré cl récria 1 ; l'imaginnlinn psi animée., l'esprit éveillé; le ceur s'échauffe el s'embrase , et l'entendement est occupé el salisfaiL

APPENDICE

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