‹ Œuvres de Schiller Mélanges de Schiller preécédés du Visionnaire. 7Chapitre 9 sur 95 · LETTRE I · texte numérisé non relu

LETTRE I

Je vous remerrie, très-honorable ami, de m 'a voir autorisé » continuer avec vous, pendant vntre absimci;, ces relations intimes qui faisaient ma plus grande joie, tandis que vous étiez avec nous. Ici, vous le savez, il n'est personne avec qui j'ose m 'ouvrir sur certains sujets.... Quoi que vous puissiez m'objecter, ce peuple m'est odieux. Depuis que le prince es! devenu un des leurs, et qu'en outre voua nous êtes enlevé, je suis délaissé au milieu de cette ville populeuse. V" prend la chose plus légèrement, et les belles de Venise savent lui faire oublier les mortifications qu'il loi faut parla^t-r avec moi à la maison. Et pourquoi s'en afliip'r-nil il '.' Il lie s uit et ne veut dans

tout.... Mais moi'... Vous sa\ez à quel point j'ai a cœur les biens fi \v, main de nu tri ; 1 riinru . et f >i r i i tien j'ai lieu de 1< s ressentir. Voila seize ans que je vis auprès de sa personne; que je vis pour lui seul. J'étais un enfant de neuf ans lorsque j'uu-

I. Au lltu as . Mil . 10UI «art, M ï ■ . i mai . Oui la TliaU.

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Irai à son servi™, el depuis cette époque aucune fortune ne m'a sépare de lui. Je nie suis formé sous ses jeu*; une longue habitude m'a façonné pour rire, à lui; pris part à toutes ses aventures grandes ou pctiles. Je. vis de son honneur. Jusqu'il celle malheureuse aimée, je n'ai vu en lui iju'uu ami, qu'un frère aine; j'ai vécu sous ses yen* comme sous un clair et pi sole!).... Aucun nuayr lu- troublait iiikii Imiilirriir : el il faut que tout cela s'en aille en ruines dans cette funeste Venise 1

Depuis votre départ, il s'est fait imite sorle de changements parmi nous. Le prince de "d" est arrivé M la semaine dernière avec une suite nombreuse et il a dnimé h notre cercle une vie nouvelle et bruyante, Comme il est proche parenl de notre prince, et qu'ils soûl maintenant ensemble sur un assez bon pied, ils se, quitteront peu pendant le séjour du nouveau venu , qui, dit-on, se prolongera jusqu'à l'Ascension. Le début esl déjà pour le mien* ; depuis dix jours, ,i peine le prince a-t-il reapirt. Toui d'abord le prince de **d** a débuté grandement, et il le pouvait bien, puisqu'il va piMolieinemeiil s'éloigner; mais le mal est que par la il a entraîné notre prince, qui ne pouvait pas trop rester en arrière, et qui cruyaii, vu le* relations particulière» qui existent entre le* doux maisons, devoir ici faire quelque rhnse pour le rang disputé h la sienne. Ajoutez que dans quelques semaines nous lu u citerons aussi à notre départ de Venise ; ce qui le dépensera en tout cas de prolonger cette dépense, extraordinaire.

Le prince de "d" est ici , dit-on, pour les affaires de l'ordre de *", et ainsi il se ligure qu'il joue un rûle important. Vous imaginez aisément qu'il s'est d'abord emparé de toutes les connaissances de notre prince. 11 a élé surtout introduit pompeusement dans In Itu,ctntaure, attendu qu'il lui a plu depuis quelque temps de jouer l'homme d'esprit el le libre penseur; de même que, dans les correspondances qu'il entretient avec toutes les parties du inonde, il ne se fait appeler que le Prince philosophe. Je ne sais si vous avez jamais eu le bonheur de le voir. Un extérieur qui promet beaucoup, tics jeux actifs, l'air d'un habile connaisseur, un grand étalage de lecture, beau-

n i.b vifiiossjAinR.

• coup de naturel acquis (passei-moi ce mol), une auguste condescendance au\ sentiments humains : avec cela, une confiance héroïque en ]ui-iii'''iiie el mir • ■ I < u j 1 1 r ■ i n • t ■ qui écrase tout'. Oui

brillantes qualités? Quelle figure fera le mérite tranquille, laconique et solide, de noire prince, auprès de cette perfection bruyante? c'est <-e que J'cviTii.-in^iit unis apprendra.

11 y a eu depuis ce temps de grandes et nombreuses modifications dans noir -ganisaliim inférieure. No u s occupons une

nouvelle et magnifique maison, vis-à-vis de la nouvelle Procura tie, parce que le prince élait Irup à lïlroil à i'hnlel du More.

Iieijuques, cle. Nous lai-oii. [mit ijeauiiiMien!. Pendant que vous étiez ici , vnus vous plii^'iiicz de la dépense : il faudrait voir aujourd'hui!

Au dedans, nos rapports sont lonpiiirs les mêmes... . sauf que le prince, qui n'est plus contraint par votre présence, est devenu ; s'il est possible, encore plus monosyllabique et plus froid avec nous, et que nous ne le possédons plus guère qu'a la toilette du le vit el du nutrlier. Sens pn'IeMe que nous parlons mal le français, el que nous ne parlons pas du tout l'ifa-

quoi, pour ce qui me regarde, il ne me cause pas précisément une grande uiorlinYatiuu, niais je crois voir son vrai motif, ii rougit de nous.... et cela m'afflige : nous ne l'avons pas mérité.

Ile nos gens (puisque vous vouiez être informé de tous les détails), il n'emploie presque plus à présent, que Biondello, qu'il a pris à son service, comme vous le savez, après la disparition de notre chasseur, et qui maintenant, avec ce nouveau genre de i ie, lui est devenu nu;l à l'ail iiiilijpensalile. Cet homme connaît tout à Venise et il sait tirer parti de tout. C'est comme s'il avait cent yeux el s'il pouvait faire agir cent mains. Le moyen qu'il emploie, dit-il, c'est l'aide des gondoliers. 11 agrée oxtraordinairer uent au prince, parce qu'il lui fait connaître

1. D.iïi» la Tha'.ir ; « Une Éloquence qui cimlrdil ton!. ' 1. Dons l!> telle ;i lir nei ml il n'y aqijB les mi [iules ■ K. H. .- qui pciironf nus- 1 liien signifier ATu-iiijf'i.:.'!!: .jui; Kiii>tiiic>ielt-i!tcil Msry.c ll-.ii/-ilc ou ImncHalt ,.

Diïiizoa tri Coi

d'avance tou» le» nouwam vlwg» qu'il rencontre dan» se» réunion», e! le» renseignements stcrels donne* par lui ont toujours «e trouvé» eiacts. D'ailleur», il parle ei il fcril parlai, temeni l'italien et le français, par quoi il s'eM déjà impose comme secrétaire a son maître. Il foui pourtant i[ue je iou* rapporte un trait de fidélité désintérêt»**, qui est vrauncni rare cheï un homme de cette audition. Dernièrement un gros marchand de Umtnl fil demander une audience au prmre. L'Objet en était une singulière plainte sur le compta: de Bion- ' dello. Le procurateur, son ancien maître, qui don avoir été un étrange saint, avait vécu avec ses parents dans une Inimitié irréconciliable, qu'il voulait, s'il était i**»iblr, étendre au delà de sa mort. Ilionriello avait, .i l'exclusion de tout autre, son entière confiance : c'était dans son sein qu'il déposait tous ses secrets. A son lit de mort, il fallut encore qu'il lui promit de les garder religieusement et de n'en jamais user à l'avantage des parents du procurateur; un legs considérable devait le récompenser de ce silence. Lorsqu'on ouvrit le testament et qu on visita les papiers du défunt, on trouva de grandes lacunes et des complications, dont ffiondello pouvait seul donner la clef. Il nia opiniâtrement qu'il sût rien, abandonna aux héritiers le legs, qui était fort important, et garda ses secrets. De grandes offres lui furent faites par les parents, mais elles furent toutes inutiles. Enfin, pour échapper h leurs instances, car ils menaçaient de l'appeler devant la justice, il entra au service du prince. C'est ',< celui-ci que s'adressa dès lors l'héritier principal ce marchand, qui fit encore de plus grandes offre» que les précédentes, pour que BiondeJIo changeai de résolution. Mais l'entremise même du prince fut inutile. Il a confessé, il est vrai, a celui-ci que des secrets lui ont été réellement confiés ; il n'a pas nié que le défuntne lut allé trop loin peut-être dans sa haine contre sa famille ; • mais, a-t-il ajouté, il aélé pour moi un bon maître et un bienfaiteur, et il est mort avec une entière confiance en ma probité. Je suis le seul ami qu'il ait laissé dans ce monde : je dois d'autant moins trahir son unique espérance . En mémo temps il a donné a entendre que ces révélations pourraient ne pas faire grand honneur à son défunt maître. N'est-ce pas délicatement et noblement penser! Aussi pouvez-

vous juger aisément que le prince n'a pas insisté beaucoup jiour Ébranler chez lui de si louables dispositions. Cette rare fidélité, qu'il a montrée envers son maître défunt, lui a gagné la confiance illimitée de son mattre vivant 1 .

Sovez heureux, très-cher ami! Combien je regrette la vie tranquille où vous nous avez trouvés ici, et sur laquelle, de votre coté, vous répandiez tant de charmest Je crains que mon beau temps de Venise ne soit passé : heureux encore s'il n'en est pas de même du prince ! Ou une expérience de seize ans m'a ii ni ii lié. en I CSëiiiT-nl oii il vit iii;i!ii!''iiiiiit n'est pas celui dans lequel il peut trouver longtemps le bonheur. Adieu '.

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LE BARON DE F " AU COMTE D'O "

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