LIVRE TROISIÈME
• Jamais, était-il dit dans cette requête (qui, selon quelques auteurs, avait été rédigée par te célèbre Baudouin), jamais ils n’avaient manqué à la fidélité qu’ils devaient à leur souverain, et maintenant encore ils étaient bien loin d'y vouloir manquer; mais ils aimaient mieux courir le risque de tomber dans la disgrâce de leur seigneur, que de le laisser plus longtemps dans l'ignorance des suites funestes dont l'introduction violente de l'inquisition et le maintien prolongé des édits menaçaient leur patrie. Ils s’étaient longtemps tranquillisés par l’espérance qu’une as.semblée générale des états redresserait ces griefs; mais à présent, cette espérance étant aussi évanouie, ils croyaient remplir leur devoir en avertissant la gouvernante du danger'. Ils priaient donc Son Altesse d’envoyer à Madrid une personne bien intentionnée et bien instruite, qui pût déterminer le roi, conformément au vœu unanime du peuple, à supprimer l’inquisition, à révoquer les édits et à faire rédiger, à leur place, dans une assemblée des états généraux, des ordonnances nouvelles et plus humaines. Que cependant , jusqu’au moment où le roi aurait fait connaître sa résolution, on voulût bien laisser dormir les édits et faire cesser les poursuites de l’inquisition. Si l’on ne prêtait pas l’oreille à leur humble requête, disaient-ils enfin, ils prenaient à témoin Dieu, le roi, la régente et tous ses conseillers, qu’ils avaient fait leur devoir, si les choses tournaient mal *. »
Le jour suivant, les confédérés, dans le même appareil, mais plus nombreux encore (les comtes de Bergues et de Kuilembourg s’étant joints à eux , dans l’intervalle , avec leurs amis), se présentèrent devant la gouvernante pour recevoir sa réponse. Elle était écrite h la marge de la requête ; en voici le contenu : • Laisser sans aucun effet l’inquisition et les édits n’était pas en son pouvoir; mais, selon le vœu des confédérés, elle enverrait en Espagne un membre de la noblesse et appuierait de toutes ■ ses forces leur demande auprès du roi. En attendant, on recom-
i. La première édiiion a une phrase de plus t « 5îi une révolte éclatait, cela leur serait moins inditlérent qu'à tous autres; parce que tout leur avoir consis> tait en terres ouvertes, et qu'ils seraient les premiers à aoulTrir, dans leurs biens, d’un soulèvement »
Hopper,7'i. — Bur^ç , 1G2-166.
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192 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-RAS. manderait a«ix inquisiteurs d’exercer leur office avec modération; mais, en revanche, elle attendait de l’association qu’elle s’abstiendrait de toute violence et n’entreprendrait rien contre la foi catholique. » Si jieu satisfaisante que fût pour les confédérés cette concession générale et incertaine, cependant c’était tout ce qu’ils avaient pu attendre, avec une ombre de vraisemblance, de leur première démarche. Le rejet ou l’admission de leur requête n’avait rien de commun avec le véritable but de l’alliance. C’était assez pour le moment qu’elle fût seulement fondée ; qu’il y eût désormais quelque chose à quoi l’esprit de révolte pût se rattacher à l’avenir , et avec quoi l’on pût, toutes tes fois qu’il serait nécessaire, elTrayer le gouvernement. I..es confédérés agirent donc d’une manière conforme à leur plan, en se contentant de cette réponse et attendant sur le reste la décision du roi. Comme toute la parade de cette requête n’avait été imaginée que pour couvrir sous cette forme suppliante les desseins plus audiicieux de l’alliance, jusqu’à ce qu’elle eût pris assez de forces pour se montrer sous son vrai jour, il devait importer bien plutôt aux confédérés de conserver leur masque, bien plutôt de voir leur demande gracieusement reçue que promptement accordée. Aussi, dans une nouvelle adresse, qu’ils remirent trois jours plus tard , ils sollicitèrent un témoignage formel de la gouvernante, qu’ils n’avaient rien fait que leur devoir, et que le zèle pour le service du roi les avait seul conduits'. Comme la duchesse éludait une déclaration, ils lui envoyèrent encore, de l’escalier, l’un d’entre eux, pour répéter cette demande. « Le temps seul et leur conduite future, répondit-elle, seraient juges de leurs intentions'. »
L’alliance était née au milieu des festins, et un festin lui donna sa forme délinitive. Le même jour où la deuxième
1. Dans la première édition on lit ici, au bas de la page, la nnto suivante ; « Et de la sorte le roi, à prendre les choses h la rigueur, leur aurait môme dû une grande reconnaissance |K>ur avoir pri.s sur eux de le défendre contre scs propres mesures; car enfin le compromis ne disait pas autre chose. Ils séparaient, assez habilement,- l’œuvre de son autour, considéraient l’inquisition comme un enm ini commun, de lui et d'eux, cl faisaient comme s'ils ignoraient que c'était hii-méme qui la leur imposait, cl que, par conséquent, il ne dépendait que de lui de les en délivrer. »
ï. ilupper, W — Strada, 127.
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