LIVRE PREMIER
une amende de quatre cent mille florins d’or. Tous les magistrats et les principaux bourgeois de cette cité, au nombre de deux mille, durent aller en chemise, nu-pieds et la tète découverte, à la rencontre du duc, jusqu’à une lieue de la ville, et lui demander grâce à genoux. A cette occasion, on leur enleva quelques précieux privilèges, perte irréparable pour l’avenir de leur commerce. En 1482, ils combattirent, sans beaucoup plus de succès, contre .Maximilien d’Autricfie, pour lui arracher la tutelle de son (ils, dont il s’était emparé contre le droit. Iji ville de Bruges retint l’archiduc lui-même prisonnier en 1487, et fit exécuter quelques-uns de ses principaux ministres. L’empereur Frédéric 111 entra sur leur territoire avec une armée, pour venger son fils, et tint le port de l’Ecluse bloqué pendant dix ans, ce qui arrêta tout leur commerce. Dans cette circonstance, il fut puissamment assisté par Amsterdam et Anvers, dont la jalousie avait été depuis longtemps excitée par la prospérité des villes flamandes. Les Italiens commencèrent à porter leurs étoffes de soie au marché d’Aavers, et les tisserands flamands, qui s’étaient établis en Angleterre, y envoyèrent aussi leurs marchandises, ce qui fit perdre à la ville de Bruges deux importantes branches de commerœ. Son orgueil hautain avait depuis longtemps offensé la ligue anséatique, qui l’abandonna alors pareillement et transporta son entrepôt à Anvers. En t5I6, tous les marchands étrangers quittèrent Bruges, il n’y resta qu'un petit nombre d’Espagnols; mais sa prospérité défleurit lentement, comme elle s’était épanouie'.
Anvers recueillit, dans le xvr siècle, le commerce que le luxe et sa mollesse bannissaient des villes flamandes : sous le règne de Charles-Quint, Anvers était la ville la plus vivante et la plus magnifique du monde clirétien. Un (leùve tel que l’Escaut, dont l’embouchure voisine et spacieuse participe au flux et au reflux de la mer du Nord, et qui peut amener jusque sous les murs de la ville les plus pesants navires, en faisait naturellement le rendez-vous de tous les vaisseaux qui visitaient cette côte. Ses foires libres attiraient des négociants de tous les pays’. Au commence-