‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 111 sur 228 · Grot., 29. — Burgund · texte numérisé non relu

Grot., 29. — Burgund

G Dans la première é'Jition : ■ Cette connivence. »

206 inSTOmE DE LA. UÉVÔLTE DES PAYS-BAS. leur obscurité les protestants, qui d’ailleurs s’étalent trop multipliés pour demeurer plus loiifîtemps cachés. Jus<ju’alors on s’était contenté de secrètes réunions nocturnes ; maintenant ils se crurent assez nombreux et assez redoutés pour pouvoir aussi hasarder publiquement ces assemblées, dette licence jirit son origine entre Oudenarde et Garni, et s’étendit bientét dans tout le reste de la Flandre. Un certain Hermann Stricker , natif d’Overjssel, ancien moine, échappé du couvent, audacieux enthousiaste, d’un esprit capable, d’une figure Imposante et d’une langue habile , est le premier qui ait mené le peuple à un sermon en ])lein air. La nouveauté de l’entreprise rassemble autour de lui une troupe de sept mille personnes. Un juge de la contrée, qui, plus hardi que sage, s’élance à travers la foule,’ l’épée à la main , pour arrêter le prédicant au milieu de l’as- .semblée , est si mal reçu par le peuple, qui saisit des pierres , & défaut d’autres armes, qu’étendu |)ar terre, grièvement blessé, il est trop heureux de sauver sa vie en demandant grâce '. Le succès de la première tentative donne le courage d’en faire une seconde. Les protestants se rassemblent encore en plus grand nombre dans le voisinage d’.Alost; mais cette fois ils se sontdéjà pourvus de rapières, d’armes à feu et de liallebardes; ils posent des gardes, et barricadent les avenues avec des chariots et des voitures. Si quelqu’un vient à passer par hasard en ce lieu, il faut que, bon gré mal gré, il prenne part au service divin, et des gens sont là, ajiostés tout exprès, qui veillent à ce qu’il en soit ainsi. A l’entrée, des libraires se sont établis, qui exposent en vente le catéchisme protestant, des livres d’édification et des libelles contre les évêques. L’apôtre Hermann Stricker se fait entendre du haut d’une chaire, dressée à l’instant même avec des charrettes et des troncs d’arbres. Une toile à voile , tendue au-dessus, le préserve du soleil et de la pluie. La foule se place sous le vent, pour ne pas perdre un mot de la prédication, dont les invectives contre le pajiisme sont le meilleur assaisonnement.

1. Burgiiml., 213, 214. — Celte brutalllé inouïe d'un seul homme , pénétrant au milieu d’une foule de sept mille téméraires, qu'enflamme encore leur dérotion commune, giour arrêter sous leurs yeux un |>crsonnage qu’ils vénèrent, montre mieux que tout CO qu’on pourrait dire sur ce sujet, avec quel insolent mépiis les catholiques d alors regardaient ceux qu’on appelait hérétiques, et qu’ils considéraient comme une espèce d’hommes dégénérée. (A'oie de l'auteur.)

LIVHE TUOISIÊME.

On puise de l’eau à la rivière proç^liaine pour faire baptiser par lui, sans autre cérémonie, comme dans les premiers temps du christianisme, les enfants nouveau-nés. On administre les sacrements .selon le rite calviniste; on bénit des mariages et l’on prononce des divorces. La moitié de Oand avait été de la sorte attirée hors de ses murs ; la troupe grossissait et s’étendait sans cesse, et en peu de temps elle eut inondé toute la Flandre orientale. La Flandre occidentale fut à son tour mise en mouvement par un autre moine défroqué, Pierre Datheii, de Poperingue : quinze mille personnes sortirent des bourgs et des villages pour se presser à son prêche; leur nombre les rendit assez hardies pour forcer les prisons, où quelques anabaptistes étaient tenus en réserve pour le martyre. A Tournai, les protestants furent poussés aux mémos témérités par un certain Ambroise Ville, calviniste français. Ils insistent également sur la délivrance de leurs prisonniers, et il leur échappe de fréquentes menaces de livrer la ville aux Français. Elle avait été entièrement évacuée par la garnison , que le commandant avait retirée dans la citadelle, par la crainte d’une trahison, et qui d’ailleurs se refusait à agir contre ses concitoyens. Les sectaires allèrent si loin dans leur arrogance , qu’ils réclamèrent pour eux une des églises publiquement consacrées au culte dans l’intérieur de la ville, et, comme on la leur refusait, ils formèrent une ligue avec Anvers et Valenciennes, pour célébrer à force ouverte leur service divin, à l’exemple des autres villes. Ces trois cités étaient entre elles dans la plus étroite union, et dans chacune le parti protestant était également puissant et nombreux. Mais, comme aucune n’osait cependant commencer le tumulte, elles convinrent de risquer en même temps les prêches publics. L’apparition de Itréderode à Anvers les enhardit entin. Le même jour où pareille chose se passait à Tournai et à Valenciennes, seize mille pei-sonnes s’élancèrent hors de la ville, hommes et femmes mêlés confusément, les mères traînant par la main après elles leurs tout petits enfants. Ils entourèrent la place de chariots liés ensemble, derrière lesquels se cachaient des hommes armés , pour défendre le culte contre toute surpri.se. Ixîs prédicants étaient les uns Allemands, les autres huguenots, et parlaient en langue wallonne. Plusieurs d’entre eux étaient tirés du

208 IlISTOIllE DE LA UÉVOLTK DES PAYS-BAS. plus bas peuple, et des artisans même se sentaient appelés à cette œuvre sainte. Xul respect de l’autorité, nulle loi, nulle apparition de sergents ne les etTrajaient plus. Un grand nombre étaient entraînés par la seule curiosité, pour apprendre enfin quelles choses nouvelles et singulières pouvaient débiter ces étrangers qui avaient tant fait parler d’eux. D’autres étaient séduits par l'harmonie des psaumes, qu’on chantait en vers français, comme il était d’usage à Genève. Une grande partie furent attirés par ces prêches comme par de joyeuses comédies, dans lesquelles on ravalait plaisamment le pape, les pères du concile de Trente, le purgatoire et d’autres dogmes de l’Iiglise dominante. Plus les extravagances allaient loin , plus elles chatouillaient les oreilles de la foule, et, comme au théâtre, des applaudissements universels récompensaient l’orateur qui avait surpas.sé les autres' par ses exagérations aventureuses. Toutefois le ridicule qui était jeté, dans ces assemblées, sur l’Église dominante, n’était pas entièrement perdu pour l’âme des auditeurs, non plus que les quelques grains de raison qui s’y mêlaient occasionnellement; et tel qui était venu chercher là tout autre chose que la vérité, la remportait peut-être avec lui, sans le savoir ’.

Ges assemblées se répétèrent pendant plusieurs jours, et à chacune croissait l’audace des sectaires, jusqu’à ce qu’enlin ils se jærmirent de reconduire en triomphe leurs prédicateurs, après le service divin, avec une escorte de cavaliers armés, et d’insulter à la loi par cet appareil. Le conseil de la ville expédie à la duchesse courrier sur courrier, pour la prier de venir en personne, et, s’il est possible, d’établir sa résidence à Anvers ; c’est, pense-t-il, l’unique moyen de tenir en bride l’insolence des séditieux et de prévenir la ruine totale de la ville; car les principaux marchands, craignant le pillage, étaient déjà sur le point de la quitter. La crainte de compromettre la majesté royale dans un hasard si dangereux interdit, il est vrai, à Marguerite d’accéder à leur demande; mais, à sa place, elle envoie le comte de .Megen, pour s’entendre avec les magistrats

1. J'ai suivi la prcmii're édilion. Le texlc acliicl a le singulier : « l’autre. »

î. Sirail., 133 — Uurgnml., 22(I-'J33.

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