LIVRE TROISIÈME
sur l’introduction d’uiiü garnison. La multitude séditieuse , à qni l’objet de son arrivée ne resta pas longtemps caché, se rassemble autour de lui avec des cris tumultueux. « On le connaissait pour un ennemi juré des Gueux, lui criait-on; il apportait l’esclavage et l’inquisition, et il n’avait qu’à quitter la ville sans délai. » Le tumulte ne cessa pas, en effet, avant que Megen eût repassé les portes. Alors les calvinistes de la ville présentèrent aux magistrats un mémoire, dans lequel ils démontraient que, vu leur grand nombre, il leur était désormais im|)Ossible de se rassembler en secret, et demandment pour leur usage un temple dans l’intérieur de la ville. I/e conseil renouvelle ses représentations à la duchesse, pour qu’elle vienne secourir par sa présence la ville menacée, ou qu’elle y envoie du moins le ])rincc d’ürange, le seul homme pour qui le peuple ait encore quelque respect, et qui, d’ailleurs, est obligé envers la cité par son titre héréditaire de burgrave d’Anvers. Pour éviter un plus grand mal , la gouvernante dut consentir à la seconde demande, et, quelle que fût h cela sa répugnance, confier Anvers au prince. Celui-ci, après s’ôtre fait longtemps prier, parce qu’il paraissait fermement résolu de ne plus j)rcudre à l’avenir aucune part aux affaires d’État, se rendit enfin aux pre.s.santes invitations de la régente et aux désirs impétueux du peuple.' lîréderode vint au-devant de lui, à une demilieue de la ville, avec un nombreux cortège, et, des deux parts, on se .salua par une décharge de pistolets. Anvers semblait avoir versé toute sa population hors de ses murailles pour recevoir .son sauveur. Toute la grande route fourmillait de monde ; les toits des maisons de campagne avaient été découverts pour contenir plus de spectateurs; de derrière les haies, les murs des cimetières, des tombeaux mêmes, les hommes se dressaient en foule. L’attachement du peuple pour le prince se manifestait par de naïfs épanchements. « Vivent les Gueux! • lui criaient jeunes et vieux. « Voyez! entendait-on ailleurs, voilà celui qui vient nous donner la liberté ! — C’est lui, s’écriaient les luthériens, qui nous aiiporte la confession d’Augsbourg! — Nous n’avons plus be.soin des Gueux, maintenant! criaient d’autres encore; nous n’avons plus besoin de faire le pénible voyage de Bruxelles; lui seul est tout pour nous! i Ceux enfin qui ne .sa-
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vaiont que dire, donnaient l’essor à leur joie immodérée, en chantant des psaumes , qu’ils entonnaient tumultueusement autour de lui. Lui cependant gardait toute sa gravité; il faisait signe à ceux qui l’environnaient de se taire, et enfin, comme personne ne voulait lui obéir, il s’écria d'un ton moitié ému, moitié mécontent ; « Au nom de Dieu, prenez garde à ce que vous faites : vous pourriez vous repentir un jour de votre conduite d’aujourd’hui ' ! » Les cris d’allégresse redoublèrent lorsqu’il entra à cheval dans la ville même. Dès la première conférence du prince avec les chefs des dilférentes sectes religieuses’, qu’il fit venir auprès de lui et interrogea séparément , il reconnut qu'il fallait chercher la principale source du mal dans la défiance mutuelle des partis religieux et dans les soupçons qu’inspiraient aux bourgeois les vues du gouvernement; et que par conséquent son premier soin devait être de rassurer les esprits. 11 chercha, par persuasion et par adresse, à tirer les armes des mains des calvinistes, qui étaient les plus puissants par leur nombre, et, à force de peines, il y réussit à la fin. Mais, bientôt après , quelques voitures ayant été chargées à .Malines de munitions de guerre, et le drossarl (bailli) de Brabant s'étant montré plusieurs fois avec des gens armés sur le territoire d’Anvers, les calvinistes craignirent d’être troublés par quelque acte d’hostilité dans leur culte , et sollicitèrent le prince de leur accorder dans l’intérieur des murs une place pour leurs prêches, où ils pussent être à l’abri d’une surprise ’. H réussit encore une fois à les rassurer, et sa présence empêcha heureusement l’explosion du tumulte, môme pendant la fête de l’AssompUion, qui avait attiré dans la ville une foule de peuple, et à l’occasion de laquelle on avait conçu les craintes les plus vives. L’image de la Vierge fut promenée, sans insulte, avec la pompe accoutumée; quelques paroles moqueuses et de sourds murmures contre l’idolâtrie furept tout ce que la plèbe non catliolique se permit contre la procession *.