Mcleren, 83. — liurguiid
UVUE TROISIEME.
(1566.) Tandis que la n'gente reçoit d’une province après l’autre les plus tristes nouvelles de l’arrogance des protestants , et tremble pour Anvers, qu’elle a été forcée de laisser dans les mains suspectes du prince d’Orange, un sujet non moindre de frayeur la vient troubler d’un autre côté. A la première nouvelle des précités publics, elle avait sommé la confédération de remplir ses promesses et de lui prêter assistance I>our le rétablissement de l’ordre. Le comte Bréderode saisit ce prétexte pour convoquer une assemblée générale des confédérés. On n’aurait pu choisir pour cela un plus dangereux moment. Un si fastueux étalage des forces intérieures de l’alliance, dont l’existence et la protection avaient pu seules encourager la multitude protestante à aller aussi loin qu’elle avait fait , devait maintenant relever autant la confiance des sectaires qu’elle abattait le courage de la régente. L’assemblée se tint à Saint- Trond, ville du pays de Liège, où Bréderode et Louis de Nassau s’étaient portés, ù la tête de deux mille confédérés. Comme le long retard de la réponse royale , attendue de Sladrid , ne leur semblait présager rien de bon de ce côté, ils jugèrent prudent d’exiger, à tout événement, de la gouvernante, une lettre de sûreté pour leurs personnes. Ceux d’entre eux qui nourrissaient de coupables symi)athies pour la multitude protestante, considéraient ses excès comme un événement favorable pour la confédération. Le succès apparent de ceux à l’alliance desquels ils s'étaient abaissés, les induisit à changer de ton; leur zèle louable d’autrefois commença à dégénérer en insolence et en bravade. Un grand nombre furent d’avis qu’on devait mettre à profit la confusion générale et l’embarras de la duchesse , pour prendre un ton plus hardi et entasser requête sur requête. I.es membres catholiques de l’alliance, parmi lesquels plusieurs étaient encore au fond du cœur très-royalistes, et avaient été entraînés dans la confédération par l’occasion et l’exemple, plutôt qu’ils n’y avaient accédé par une impulsion personnelle, entendirent alors , à leur grand étonnement, proposer une liberté religieuse universelle, et reconnurent avec effroi dans quelle dangereuse entreprise ils s’étaient étourdiment engagés. Aussitôt après oette découverte, le jeune comte de .Mansfeld se retira, et une discorde intestine commença dès lors à miner
212 HISTOIRE DE I.A RÉVOLTE DES PAYS-RAS. l’ouvrage de la précipitation et à délier insensiblement les nœuds de l’alliance'.
Le comte d’Egtnont et Guillaume d’Orange reçoivent de la gouvernante des pleins pouvoirs pour négocier avec les confédérés. Douze de ces derniers, parmi lesquels se trouvaient Louis de Nassau, Bréderode et Kuilembourg, s’abouchèrent avec eux :i Buffle, village peu éloigné de Malines. « Pourquoi cette nouvelle démarche? leur fit dire la régente par la bouche de ses deux envoyés. On m’a demandé d'envoyer des députés en Espagne; je , les ai envoyés; on a trouvé les édits et l’inquisition trop sévères : je les ai modérés. On a proposé une assemblée générale des états : j’ai transmis cette prière au roi, parce que je ne pouvais l’accorder de ma propre autorité. Ou’ai-je donc, à mon insu, ou fait ou négligé qui rendît nécessaire cette assemblée de Saint- Trond? Est-ce peut-être la crainte du courroux du roi et des suites de ce courroux, qui inquiète les confédérés? L’offense est grande, mais plus grande encore est sa clémence. Où sont maintenant les promesses de l’alliance, de ne pas exciter de troubles ]iarini le peuple? Où sont ces magniliiiues et retentissantes protestations, qu’on serait prêt à mourir à mes pieds plutôt que de laisser porter atteinte à quelque droit du monarque? Déjà les novateurs se permettent des choses qui touchent de bien près à la révolte et conduisent la république à sa perte; et c’est de l’alliance qu'ils s’autorisent en agissant ainsi. Si elle le souffre en silence, elle s’accuse elle-même d'ètre complice de leur attentat ; si elle est sincèrement dévouée à son roi, elle ne peut rester inactive en présence de ces excès de la multitude. Mais ellemême, par son dangereux exemple, ouvre les voies à la fureur populaire; elle conclut des traités avec les ennemis de la patrie, et confirme maintenant les mauvais bruits et les soupçons par sa criminelle assemblée*. »
La confédération se justifia formellement de ces imputations, dans un mémoire qu’elle fit présenter à Bruxelles au conseil d’État par trois députés. « Nous avons ressenti, disait le mémoire, avec la plus vive reconnaissance, tout ce que Votre Al-