LIVRE QUATRIÈME
vastées. Pendant tout le tumulte, pas un doigt ne s’est levé pour faire signe de prendre les armes; tous les moyens auxquels ou a eu recours ont été à l’avantage des hérétiques; on a négligé tous les autres, qui tendent au maintien de la pure doctrine, lleaucoup d’iconoclastes, ajoutait-on, déclaraient qu’ils avaient tout fait à la connaissance et avec l’approbation des princes néerlandais. Il était, en effet, très-naturel que ces misérables cherchas.sent è couvrir de grands noms un crime qu’ils avaient entrepris de leur propre mouvement. On produisit aussi un écrit dans lequel les cliefsde la noblesse promettaient aux Oueux leur appui pour obtenir la convocation des étals généraux; mais cet écrit fut obstinément désavoué. En général, on prétendait avoir remarqué dans les Pays-Bas quatre ligues ditférentes, qui toutes s'enchaînaiait plus ou moins avec les autres, et qui toutes travaillaient en vue du même but. I>a première était celle de ces bandes réprouvées qui avaient ravagé les églises; la deuxième, les difl’érentes sectes qui avaient payé les iconoclastes pour commettre ces infdmes attentats; les Gueux, qui s’étaient déclarés protecteurs des sectes, formaient, disait-on, la troisième; et la quatrième était composée de la principale noblesse, qui se rattachait aux Gueux par les liens de la suzeraineté, du sang et de l’amitié. Tous étaient donc infectés de la môme dépravation, et tous, sans distinction, étaient coupables. Ijb gouvernement n’avait pas adaire seulement à quelques membres isolés, il avait à lutter contre tout l’ensemble. Mais, si l’on considérait que le peuple n’était que séduitet quel’excitation àla révolte était venue d’en haut, on inclinait ii chang'er le plan suivi jusqu’alors, qui semblait à plusieurs égards défectueux. En pesant sur toutes les classes sans distinction , et en montrant au commun peuple autant de rigueur que de mépris à la noblesse, on les avait contraints à se chercher l’un l’autre, on avait donné à la noblesse un parti et au peuple des chefs. Une conduite inégale envers les uns et les autres était un moyen infaillible de les séparer. La multitude, toujours timide et lente quand l’extrême nécessité ne la soulève pas, abandonnerait bientôt ses protecteurs adorés et apiirendrait à considérer leur sort comme une punition méritée, dès quelle ne le partagerait plus avec eux. On proposa, en conséquence, au roi de traitera l’avenir la multitude avec plus du
238 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS. douceur, et de tourner toute la rigueur contre les chefs de la faction. Cependant, pour éviter l’apparence d’une honteuse facilité , on trouva bon de prendre pour prétexte l’intercession de l’empereur, laquelle seule, et non la justice de leurs réclamations, avait pu déterminer le roi à accorder leur demande à ses sujets néerlandais comme un don généreux ‘.
La question du voyage du roi se présenta alors de nouveau , et toutes les diflicultés qu’on y avait trouvées auparavant, semblèrent disparaître devant l’urgente nécessité du moment, c lie temps est réellement venu , dirent hautement Tyssenacque et llopper, où le roi, selon la déclaration qu’il a faite précédemment lui-mème au comte d’Egmont, est prêt à risquer mille fois sa vie. Pour pacifier la seule ville de Gand, Charles-Üuint s’était résigné à un dangereux et pénible voyage par terre, à travers un i)ays ennemi ; c’était pour cette seule ville , et maintenant il s’agit du repos, peut-être même de la possession de toutes les Provinces-l'nies ’. » lia plupart des conseillers furent de cet avis, et le voyage du roi fut considéré comme une nécessité qu’il ne pouvait absolument plus éviter.
Mais alors la question fut de savoir avec quelle escorte, nombreuse ou faible, il entreprendrait ce voyage. lià-dessus le prince d’Éboli et le comte de Figueroa dilférèrent d'opinion avec le duc d’Albe, selon que dilTérait leur intérêt particulier. Si le roi partait à la tête d'une armée, le duc d’AJbe était l’homme indispensable, et, au contraire, pour un accommodement amiable, où l’on avait moins besoin de lui, il fallait qu’il cédât la place à ses rivaux. » Une armée, disait Figueroa, qui eut à opiner le premier, alarmerait les princes par les États desquels on la conduirait, et peut-être même éprouverait de leur part quelque résistance, (juant aux Provinces, à la pacilication desquelles elle serait destinée, elle les cliargerait inutilement, et aux griefs qui les ont déjà poussées si loin elle en ajouterait un nouveau. Elle pèserait également sur tous les sujets, tandis qu’une justice pacitiquement exercée distinguait au contraire l’innocent du coupable. Ce qu’une pareille mesure
1. Burgund., 303 , 364. — Hopper, $ 138, 139. 140, ot $ 152, 1.53.