‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 126 sur 228 · Ho|)|jer, $ 142. — Burgund · texte numérisé non relu

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avait de violent et d’extraordinaire induirait les chefs de la faction à envisager sous un aspect plus sérieux leur coni^uite antérieure, à laquelle la pétulance et la légéreté avaient eu la plus grande part, et les porterait dès lors à poursuivre leur entreprise avec ensemble et calcul. La pensée d’avoir poussé le roi si loin les jetterait dans un désespoir qui les ferait recourir aux moyens extrêmes. Si le roi se présente aux relielles à la tète d’une armée, il renonce à l’avantage le plus important qu’il ail sur eux, ù sa dignité de seigneur souverain, qui le défendra d’autant plus qu’il paraîtra se reposer entièrement sur elle. Il se place par Li, pour ainsi dire, au même rang que les rebelles, qui , de leur côté , ne seraient pas embarrassés de mettre une armée sur pied, parce que la haine générale de la nation contre les armées espagnoles leur frayerait les voies. Le roi échange ainsi la sujiériorité certaine que lui assure sa qualité de prince souverain contre l’issue incertaine d’entreprises militaires, qui devront nécessairement, quel qu’en soit le succès, détruire une partie de ses propres sujets. Le bruit de son arrivée en armes le devancerait assez tôt dans les Provinces, pour laisser à tous ceux qui se sentaient coupables de quelque méfait, le temps de se mettre en état de défense et de faire agir leurs secours intérieurs et étrangers. En cela , la crainte générale leur rendrait de grands services ; l’incertitude de savoir qui était menacé jetterait jusqu’aux moins coupables dans la grande masse des rebelles, et forcerait à se déclarer ennemis du roi des gens qui, sans cela, ne le seraient jamais devenus. Sil’on apprend, au contraire, qu’il s’est mis en roule sans cette suite formidable; si son apjiarition est moins celle d’un juge terrible que d’un père irrité, tous les bons sentiront croître leur courage et les méchants se perdront par leur propre sécurité. Ils se persuaderont que le passé est de peu de con.séquence, pui.sque le roi ne l’a pas jugé assez grave pour prendre, à ce sujet, des mesures de vive force. Ils SC garderont d’empirer par des violences ouvertes une cause qui peut-être n’est pas encore dé.sespérée. Par cette voie paisible on sauvera précisément ce que par l’autre on perdrait sans ressource; le sujet fidèle ne sera en aucune façon confondu avec le rebelle digne de châtiment; sur celui-ci seulement tombera tout le poids de la colère du monarque. Il n’est pas be.soin

240 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS. d'ajouter qu’on évite ain.si l'énornie dépense que coûterait à la couronne le transport d’une armée espagnole dans ces contrées lointaines*. »

« Mais, répliquait le duc d’Albe, les soutTrances d’un petit nombre de citoyens peuvent-elles être prises en considération quand tout l’Ktat est en péril ? Parce que quelques sujets fidèles en seront lé.sés, les séditieux ne devront-ils pas être punis? La faute a été générale, pourquoi le chitiment ne le serait-il pas? Si les rebelles sont coupables pour avoir agi , les autres le sont pour avoir laissé agir. A qui revient la faute, sinon à ces derniers, que les autres aient pu réussir à ce point? Pourquoi n’ont-ils pas résisté plus tôt à leur entreprise? l^s conjonctures, dit-on, ne sont pas encore assez désespérées pour justifier ce moyen violent ; mais qui peut nous garantir qu’elles ne le seront pas à l’arrivée du roi, lorsque, d’après chaque dépêche de la régente, tout marche h grands pas vers de plus grands maux? Faut-il s’exposer à ce que le monarque apprenne seulement h son entrée dans les Provinces combien une armée lui aurait été nécessaire ? On n’est que trop fondé à croire que les rebelles se sont assurés d’un secours étranger , qui est à leur disposition au premier signal. Sera-t-il temps de songer à un armement, quand l’ennemi franchira les frontières ? Faut-il risquer d’avoir à recourir aux premières troupes néerlandaises qu’on aura sous la main , à des troupes sur la fidélité desquelles on doit si peu compter? Et la gouvernante enfin ne revient-elle pas elle-même sans cesse sur ce que le manque de forces suffisantes l’a seule empêchée jusqu’à présent de donner force aux édits, et d’arrêter les progrès des rebelles? Une armée bien disciplinée, et redoutée, pourra seule leur ôter tout espoir de se soutenir contre leur légitime souverain, et la perspective certaine de leur perte rabattre leurs prétentions. En tout cas, le roi ne peut, sans forces suffisantes, hasarder sa personne dans des )iays ennemis; sans elles, il ne peut conclure avec ses sujets rebelles aucun arrangement convenable à sa dignité *. »

(IS66.) Le crédit de l’orateur fit prévaloir ses raisons, et la

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