‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 127 sur 228 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

seule question (-lait maintenant de savoir quand le roi entreprendrait le voyage et quelle route il suivrait. Comme il ne pouvait en aucune manière le hasarder par mer, il ne lui restait d'autre choix que de passer en .\llemagne par les défilés de Trente, ou de franchir les Alpes par la Savoie. Sur la première route il avait à craindre les protestants d’Allemagne , auxquels l'objet de son voyage ne pouvait être indifférent; et, dans cette saison avancée, on ne pouvait se risquer à passer les Alpes par l’autre voie. De plus , il fallait d'abord faire venir d'Italie et réparer les galères nécessaires, ce qui exigerait plusieurs mois. Comme enfin l’assemblée des cortès de Castille, dont le roi ne pouvait guère s’absenter, était déjà convoquée pour le mois de décembre, le voyage ne pouvait être entrepris avant le printemps'.

Cependant la gouvernante insistait pour obtenir une résolution décisive sur la manière dont elle devait se tirer des embari-as |)résents, sans trop sacrifier l’autorité royale; et il fallait absolument faire quelque chose avant que le roi entreprit d’apaiser les troubles par sa pré.sence. Deux lettres différentes furent donc adressées à la duchesse ; l’une ostensible, qu’elle pouvait communiquer aux états et aux conseils, et l’autre secrète, destinée à elle seule. Dans la première, Philippe II lui annonçait sa guérison et l’heureuse naissance de l’infante Claire-Isabelle-Eugénie, qui dans la suite épousa l’archiduc Albert d’Autriche et fut princesse des Pays-Bas. Il lui déclarait sa résolution, maintenant arrêtée, de visiter en personne les Provinces, voyage pour lequel il faisait déjà les préparatifs nécessaires. Il refusait, comme l’autre fois, l’assemblée des états. Quant à l’accommodement qu’elle avait conclu avec les protestants et la confédération , il n’en était fait aucune mention dans cette lettre, parce que Philippe II ne jugeait pas encore prudent de le rejeter absolument, et qu’il avait encore bien moins envie de le ratifier. En revanche, il ordonnait à la gouvernante de lever de nouveaux régiments en Allemagne et d’opposer la force aux rebelles. .\u reste , disait-il en finissant, il se reposait sur la fidélité des principaux seigneurs, [iarmi lesquels

!. Uopper, 134, 153. — Burguml., 3SÜ-302.

SClilCLKII. — IlIST. I 16

242 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-RAS. il en connaissait un grand nombre qui étaient sincèrement dévoués !i leur religion et à leur roi. Dans la lettre conlidentielle , il lui recommandait encore une fois d'empôcher de tout son pouvoir l'assemblée des états généraux ; si cei>endant la voix publique devenait trop puissante, et si elle était contrainte de céder à la force , elle devait du moins agir avec assez de prudence pour ne pas compromettre la dignité royale et ne laisser savoir à personne qu’il eût consenti*.

(1566.) Tandis qu'on délibérait en Espagne sur cette affaire, les protestants faisaient dans les Pays-Bas l’usage le plus étendu des privilèges qu'on avait été forcé de leur accorder. La construction des temples , dans les lieux où elle leur était permise, s’achevait avec une incroyable rapidité; jeunes et vieux, nobles et roturiers, aidaient à porter les pierres; des femmes* sacrifiaient même leurs parures pour accélérer l’ouvrage. Les deux partis religieux’ fondèrent dans plusieurs villes des consistoires particuliers et un conseil ecclésiastique indépendant, d’après l’exemple d’.Vnvers, et ils mirent leur culte sur un pied légal. On proposa aussi de réunir par cotisation des deniers dans une caisse commune, pour avoir sur-le-champ sous la main les ressources nécessaires contre les accidents inattendus qui intéresseraient l’Église protestante en général. Les calvinistes d’Anvers présentèrent au comte de Hoogstraeten un écrit dans lequel ils s’engageaient à payer trois millions d’écus, pour obtenir le libre exercice de leur culte dans toutes les provinces néerlandaises. Beaucoup de copies de cet écrit circulèrent dans les Pays-Bas; plusieurs personnes, pour engager les autres» avaient souscrit pour des sommes fastueuses. Sur ces offres excessives les ennemis des réformés ont donné diverses explications, qui ont toutes pour elles quelque vraisemblance. En efl’et , sous le prétexte de rassembler les sommes nécessaires pour l’accomplissement de cette promesse, on espérait, à ce que croyaient quelques personnes, recueillir, avec moins de soupçon, les contributions dont on avait besoin maintenant pour une résis-

1. Melcrcn, 9Î. — Hopper, $ U4, US, Ui6. — Burgund., :J69, 370.

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