Dans la première édition z ■ Les deux sectes
LIVRE QUATRIÈME, tance à main arnn'e; et, si la nation devait une fois se mettre en frais, que ce fût pour ou contre la gouvernante, il fallait s’attendre qu’elle se résoudrait bien plus facilement à contribuer pour le maintien de la paix que pour une guerre oppressive et désastreuse. D’autres ne voyaient dans celte offre qu’un expédient temporaire des protestants, une illusion par laquelle ils avaient essayé de tenir quelques moments la cour irrésolue, jusqu’à ce qu’ils eussent rassemblé des forces suffisantes pour lui faire tête. D’autres encore affirmaient que c’était tout uniment une fanfaronnade, pour alarmer la gouvernante et relever le courage de leur parti par la révélation de si riches ressources. Quel que pût être le véritable motif de ces offres, leurs auteurs y gagnèrent peu de chose; les contributions arrivèrent très-modiques, et la cour répondit à la proposition par un silencieux mépris '.
Mais les e.xcès des iconoclastes, bien loin d’avancer les affaires des confédérés, et de relever les protestants, avaient causé aux uns et aux autres un dommage irréparable. L’aspect de leurs églises dévastées, qui, selon l’expression de Viglius, ressemblaient plus à des étables qu’à des temples du Seigneur, exaspérait tous les catholiques et particulièrement leur clergé, 'fous les confédérés de cette communion quittaient l'alliance, qui, bien qu’elle n’eût pas provotpié et encouragé à dessein les violences des iconoclastes, en avait du moins été incontestablement l’occasion éloignée. L’intolérance des calvinistes, qui, dans les villes où leur parti était dominant, opprimaient les catholiques de la manière la plus cruelle, tira ceux-ci complètement de leur première illusion, et ils cessèrent de s’intére.sscr à un p<arti dont ils avaient tant à craindre pour leur propre religion s’il gardait le dessus. L’alliance perdit ainsi beaucoup de ses meilleurs membres; les amis et les soutiens qu’elle avait trouvés jusqu’alors parmi les bourgeois bien intentionnés, l’abandonnèrent, et son crédit dans la république commença à baisser sensiblement. La rigueur avec laquelle quelques-uns des confédérés agirent contre les iconoclastes, pour se rendre
1. Strad. , 163. — Burgimd., 37-4, 375. — I/ùl. gén. des Prov.-Vn., III' partie, 93 (t. V, p. 139, 140 de l’édition franç.).
244 mSTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS.
agréables à la gouvernante et éloigner d’eux le soupçon d’intelligence avec les malintentionnés, leur fit tort auprès du peuple, qui protégeait leurs victimes, et l’alliance courait le risque de mécontenter à la fois les deux partis.
. La régente ne fut pas plutôt instruite de ce cliangement, quelle forma le plan de dissoudre peu à peu toute la ligue, ou du moins de l’allaiblir par des divisions intestines. Elle se servit pour cet effet des lettres particulières que le roi lui avait fait tenir pour quelques hommes de la noblesse, avec entière liberté de s’en servir comme elle le jugerait à propos. Ces lettres, qui débordaient de bienveillance , furent remises à ceux à qui elles étaient destinées, avec une intention apparente de mystère qu’on rendait vaine à dessein, de sorte que, chaque fois, tel ou tel de ceux qui ne recevaient rien de pareil en avait vent; et, pour augmenter encore la méfiance , on eut soin ' d’en faire circuler de nombreuses copies. Cet artifice atteignit son but. Beaucoup de membres de l’alliance commencèrent à se défier de la fermeté de ceux auxquels on avait fait de si brillantes promesses. Craignant d’étre laissés dans l’embarras par leurs plus puissants protecteurs , ils acceptèrent avec empressement les conditions qui leur furent offertes par la gouvernante, et reclierchèrent avidement une prompte réconciliation avec la cour. Le bruit général de la prochaine arrivée du roi, que la gouvernante prit soin de répandre partout, lui rendit en cette occasion de grands services; beaucoup de gens, qui ne se promettaient rien de bon de cette apparition royale, ne délibérèrent pas longtemps pour accepter une grâce qui leur était peut-être offerte pour la dernière fois*.
Parmi ceux qui reçurent de ces lettres particulières se trouvaient aussi le comte d’Egmont et le prince d’Orange. Tous deux s’étaient plaints au roi des propos malveillants par lesquels on * cherchait en Espagne à flétrir leur réputation et à rendre leurs intentions suspectes. Egmont surtout, avec la loyale simplicité* qui lui était propre, avait sollicité le monarque de lui faire seulement savoir ce qu’il voubait réellement ; de lui tracer le plan