‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 13 sur 228 · Mcteren, l”parlie, 1. I · texte numérisé non relu

Mcteren, l”parlie, 1. I

* Jean de MOller, A l'endroit cité plus haut au sujet du luilin de Granson, donne à lacourounu (A'ruiiej la même valeur qu'au llorin (Guidai).

LIVHE PKEMIER.

assure que cette place faisait alors en un mois un plus grand nombre d’aflaires et de plus considérables que Venise en deux années à l’époque de sa plus brillante prospérité'.

En 1491, toute la ligue anséatique tint dans cette ville son assemblée solennelle, qui jusque-là n’avait eu lieu qu’à Lubeck. En 1531 , fut bâtie la bourse, la plus magnifique alors du toute l'Europe, et qui justiliait son orgueilleuse inscription*. La ville comptait à cette époque cent mille habitants. Le mouvement de la vie, la foule qui s’y pressait sans cesse, sur{iasse toute croyance. On voyait souvent paraître^ à la fois dans son port de deux cents à deux cent cinquante vaisseaux; il n’y avait pas de jour qu’il n’en arrivât et n’en sortit cinq cents et plus. I.es jours de marché, ce nombre montait à huit ou neuf cents. Deux cents voitures et plus passaient journellement par ses portes; on voyait chaque semaine arriver d’Allemagne, de France et de Lorraine plus de deux mille chariots, sans compter lus charrettes de paysans et les voitures de grains, dont le nombre s’élevait d’ordinaire à dix mille. La seule Compagnie anglaise des marchands aventuriers* occupait trente mille bras. I>es droits de marclié, les douanes, l’accise, rapportaient chaque année des

1. Fi*cliera G. d. d. UandtU (llistotn du commerce lUIemand), II, &93, etc.

2. Voici, teila que je l’ai copite sur une gravure du cabinet des estampes de la Uibliotbiqueimi^riale, l'inscription h laquello Schiller fait allusiou :

S. P. Q. A. (Senatus populuaqne antTerpiensis)

IN VSV.M NEGOTIATORVM CV1VSCV.\QVE NATIO.MS AC LINGVÆ VBUISQVE ADEO SVÆ ORNAMENTVM ANNO M. D. XXXI A SOLO EXTRVl GVR. (curarenint).

Au bas de la mime granire, à la gauche du monument, on Ut les deux distiques suivants :

Uundi anima ut rcriim moderetur Nummus habenas,

Terrasque ettractus conciliet marium,

Disce, hospes, toto quamvis divisus ab orbe,

Hic, tibi si Nummus, non peregrinus eris.

A la suite de ces mots «son orgueilleuse inscription, ■ il y a dans l'édition de

nss une phrase de plus : « Des maisons qui, un siècle aupararant, se louaient quatre cents couronnes, étaient moulées i huit cents et miUe '. *

a. Nous avons traduit ainsi le mot icagende ■ risquants, * qui reproduit l'anglais odeenturm.

* Anderson, 111, 174, 343, 540.

40 HISTOIRE DE EA RÉVOLTE DES PAYS-BAS. millions' au gouvernement. Nous pouvons nous faire une idée des ressources delà nation, quand nous apprenons que les impôts extraordinaires quelle dut payer à Charles-Quint pour ses nombreuses guerres ont été évalués à 40 millions d'or*.

Cette prospérité florissante, la Néerlande en était tout autant redevable à sa liberté qu’à la situation et à la nature du pays. Des lois incertaines et la volonté despotique d'un prince rapace auraient anéanti tous les avantages qu’une nature bienfaisante avait répandus sur cette contrée avec une si riche abondance. L’inviolable sainteté des lois peut seule garantir au citoyen les fruits de son industrie , et lui inspirer cette heureuse confiance, qui est l’ûme de toute activité.

Le génie de cette nation, développé par l’esprit de commerce et par d’intimes rapports avec tant de peuples, éclatait dans d’utiles inventions : au sein de l’abondance et delà liberté prospéraient tous les beaux-arts. Du foyer brillant de l’Italie, à laquelle Côme de Médicis avait rendu naguère son âge d’or, les Néerlandais transportèrent dans leur patrie la peinture, l’architecture, la sculpture, l’art de graver, qui fleurirent sur un nouveau sol avec un nouvel éclat. L’école flamande, fille de l’école italienne, discuta bientôt le prix à sa mère, et donna avec elle, dans toute l’Europe, des lois aux beaux-arts. Les manufactures et les arts divers sur lesquels les Néerlandais ont surtout fondé leur prospérité et la fondent même encore en partie, sont assez connus. La tapisserie, la peinture à l’huile, la peinture sur verre, les montres même et tes cadrans solaires, sont originairement, au dire de Guicciardini , des inventions des Néerlandais. On leur doit le perfectionnement de la boussole, dont les points sont encore connus aujourd’hui sous des noms néerlandais. En 1432, l’imprimerie fut inventée à Harlem’, et le

1. Dfs millioni. Dan» la première édition : « environ deux millions, somme qui, dans ce tcmps-là, avait encore bien plus de valeur. »

2. Histoire générale des Provinces-Unies , 2* partie, 562. — Kischers G. d. d. Ilandrls (Uittoire du commerce allemand)^ II, 59^, etc. — « Quarante millions d’or» sont les termes employés dans V Histoire générale des Provinces-Unies^ h. XII (T. IV, p. 683 de r^ition française ): a..., trop heureux de saisir le moment d’une trêve pour céder à son fils des £ùts épuisés, et dont la défense avait consommé plus de quarante millions d’or.» Une note renvoie à V Apologie du prince d'Orauge dans Bor, Pièces auth^'nt. T. I, p. 3.

3. Il y a dans le texte allemand > eu l 'i82. » C'est évidemment une faute

LlVnK PRKMIF.n.

destin voulut qu'un siècle plus tard cet art utile donnflt en récompense la liberté à sa pairie. Au plus fécond génie pour les inventions nouvelles les Néerlandais unissaient l'heureux talent de perfectionner les inventions étrangères et antérieures : on trouvera peu d’arts mécaniques et de fabrications qui ne soient nés sur ce sol ou qui n’y soient parvenus à une plus grande perfection.

crimpression.— On peut s’étonner que Schiller transporte de Mayence à Harlem, de l’Ailemagnc à la Hollande, la gloire de celte invention. Le procès est jugé depuis longtemps, et ce n’est pas ici le lieu d’y revenir.

LES l'AYS-EAS SOUS CUARLES-QUINT,

Ces provinces avaient été jusqu'alors l’État européen le plus digne d’envie. Aucun des ducs de Bourgogne n’avait eu la pensée d’en renverser la constitution ; elle était demeurée sacrée même pour Charles le Téméraire , dont l’esprit aventureux préjjaiMit l’esclavage A une république étrangère. Tous ces princes grandirent s;ins concevoir de plus ambitieuse espérance que celle de régir une ré|)ublique, et aucun de leurs États ne pouvait leur donner l’expérience d’une autre forme de gouvernement. Ü’ailleurs CCS princes ne possédaient rien que ce que leur donnaient les Pays-Bas : aucune armée que celle que la nation mettait pour eux en campagne ; aucunes richesses que celles qui leur étaient accordées par les états. Maintenant tout changea. Ix;s Pays-Bas étaient tombés au pouvoir d’un maître qui avait à sa disposition d’autres instruments et d’autres ressources, qui pouvait armer contre eux des forces étrangères'. Charles-Quint régnait despo-

1. L’union monstrueuse do dcui nations aussi dissemblables que le sont les Néerlandais et les Kspagnols no pouvait jamais avoir d'heureux résultats. Je no puis m’empécher de recueillir ici le parallèle que Grotius a tracé, dans un .style énergique, do l’un et l’autre peuple. « Les Néorbiudais, dit-il, pouvaient aisé* ment entretenir des relations amicales arec les peuples voisins, parce qu’ils étaient de mémo race, et qu’ils s’étalent développés dans la même direction. Mais les Espagnols et les Néerlandais dilTcrent presque & tous égards les uns des autres, et, lorsqu'ils se rencontrent, c’est pour se heurter avec d'autant plus de violence. Depuis plusieurs siècles, les deux peuples avaient brillé dans la guerre; mais les Flamands avaient, è cette époque, oublié les armes dans un voluptueux rc|)Os, tandis que les Espagnols s’étaient tenus en haleine par les campagnes d'Ilalie et d'Afrique. Le goût de s’enrichir disposa davantage les premiers h la pair, sans les rendre toulefois moins sensibles aux offenses. Aucun peuple n’est plus exempt de la passion des conquêtes, mais aucun ne défeinl mieux sa propriété. De là ces villes nombreuses, resserrées dans une étroite ré*

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