‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 134 sur 228 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

me presse de poser les armes ne peut avoir de bonnes intentions ])Our sa patrie et pour son roi , et , si vous n’ôtcs pas les ennemis de vous-mêmes, prenez soin d’excuser vos propres actions, au lieu déjuger les miennes'. »

Toute l’espérance qu’avaient les Gueux d’un arrangement amiable tombèrent devant cette déclaration altière. Sans être assuréed’un puissantsouticn, la régente ne pouvait tenir un pareil langage. Une arméeétait en campagne, l’ennemi devant Valenciennes ; l’élite des associés s’était détachée de la ligue , et la ■gouvernante exigeait une soumission absolue. Les all'aires des confédérés allaient si mal maintenant, qu’une résistance ouverte ne pouvait les gâter davantage. S’ils se livraient sans défense aux mains de leur souverain irrité, leur perte était certaine; mais la voie des armes pouvait du moins la rendre douteuse encore : ils choisirent donc ce dernier parti, et commencèrent sérieusement à s’occuper de leur défense. Pour s’assurer un droit à l’assistance des protestants de l’Allemagne, Louis de Nassau voulut persuader aux villes d’Amsterdam, d'Anvers, de Tournai et de Valenciennes de s’unir plus étroitement à eux par la foi, en accédant à la confession d’Augsbourg : proposition qu’il ne put jamais faire accueillir, parce que la haine religieuse des calvinistes pour leurs frères évangéliques surpassait encore, s’il était possible, l’horreur qu’ils avaient du papisme. Alors Nassau commença à négocier sérieusement pour des subsides, en France, dans le Palatinatet en Saxe. Le comte de Bergues fortifia ses châteaux; Bréderode se jeta avec une petite armée dans sa place forte de Viane sur le Leck, sur laquelle il s’attribuait des droits de souverain, et qu’il mit, à la hâte, en état de défense, pour y attendre un renfort de l’alliance et l’issue des négociations de Nassau. L’étendard de la guerre était maintenant arboré; partout battait le tambour; partout on voyait marcher des troupes, on recueillait de l’argent, on enrôlait des soldats. Les agents des deux, partis se rencontraient souvent dans le même endroit, et à i>eine les percepteurs et les*enrôleurs de la régente avaient-ils quitté une

1. Thuan., .M3, 5îi. — Slrad., 1C7, IfiS. — Dargumi., 433, «I, 435.- Metcrcn, 96, 97.

ECiinxER. ~ msT. I.

258 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS. ville que les courtiers de la ligue lui faisaient souffrir les mêmes violences

(1566.) De Valenciennes, la gouvernante porta son attention sur Bois-le-Duc, où les iconoclastes avaient commis de nouveaux e»cès, et où le parti des protestants avait acquis une grande supériorité. Pour décider, par des voies pacifiques, la bourgeoisie à recevoir une garnison, elle députa le chancelier de Drabant, nommé ScheifT, avec le conseiller d’État Mérode de Putersheim, qu’elle avait destiné pour gouverneur à la ville. Ces envoyés devaient s’assurer de la place à l’amiable, et demander à la bourgeoisie un nouveau serment d’obéissance. En même temps, il fut ordonné au comte de .Megen, qui se trouvait dans le voisinage avec un corps de troupes , d’ajiprocher de la ville, pour soutenir la mission des deux députés et pouvoir y jeter incontinent une garnison. Mais Bréderode, qui en fut averti dans Viane , envoya à Bois-le-Duc une de ses créatures , un certain Antoine de Bomberg, ardent calviniste, mais qui était connu pour un brave soldat, afin de relever dans cette ville le courage de son jiarti et de mettre obstacle aux projets de la gouvernante. Ce Bomberg parvint à s'emparer des lettres que le chancelier avait apportées de la part de la duchesse, et à y substituer des lettres fausses, qui, par leur langage dur et impérieux, irritèrent la bourgeoisie. En même temps, il sut rendre les deux envoyés de Marguerite suspects d’avoir sur la ville des projets sinistres, ce qui lui réussit tellement auprès de la multitude, que, dans sa rage frénétique, elle s’attaqua à eux et les retint prisonniers. Bomberg, de son côté, se plaçant à la tête de huit cents hommes, qui l’avaient choisi pour leur chef, s’opposa au comte de Megen , qui s’avançait sur la ville en ordre de bataille, et le reçut si mal avec la grosse artillerie que Megen dut se retirer sans avoir rien fait. La gouvernante fit ensuite réclamer ses députés par un sergent de justice, et , en cas de refus , menacer la ville d’un siège; mais Bomberg occupa l’hôtel de ville avec son parti, et força les magistrats de lui livrer les clefs de la place. Le sergent fut renvoyé avec insulte, et il fut ré-

I.Tluian., 524. — Slrad., 169. — f/ùl. g/n. des Prov.-L’n., l. XXll, 95{t. V, p. liG, 147 de l’édit, franc.). — yigl. ad Happer, epist. iv.

LIVRE QUATRIÈME, pondu par son entremise à la gouvernante qu’on s’en remettrait aux ordres de Bréderode pour savoir ce qu’on ferait des captifs. Le héraut, qui s’était tenu hors de la ville, parut alors pour lui déclarer la guerre , ce que le chancelier put toutefois encore empêcher*.

Après cette inutile tentative sur Bois-le-Duc, le comte de Megen se jeta sur Utrecht, pour prévenir un de.ssein que le comte de Bréderode voulait exécuter sur cette ville. Comme elle avait beaucoup à souffrir de l’armée des confédérés, qui campait non loin de là sous Viane, elle le reçut à bras ouverts, comme son protecteur, et s’accommoda à tous les changements qu’il fit dans le service divin. Il fit aussitôt élever au bord du Leck une redoute, d’où il pouvait battre Viane. Bréderode, qui n’avait nulle envie de l’attendre dans cette place, la quitta avec la meilleure partie de sa troupe et courut à Amsterdam *.

Bien que le prince d’Orange, au milieu de ces mouvements, semblât perdre son temps dans Anvers , il n’en était pas moins actif sous ce repos apparent. C’était sur ses avis que l’alliance avait fait des levées, et que Bréderode avait fortifié ses châteaux ; à cet effet il fit même présent à ce dernier de trois canons , qu’il avait fait fondre à L'trecht. Ses yeux veillaient sur tous les mouvements de la cour, et la ligue fut par lui avertie de tous les desseins qu’on formait sur telle ou telle place. Mais son affaire capitale parut être d’avoir en sa puissance les principales villes de son gouvernement : à cet effet, il avait cherché secrètement à favoriser de toutes ses forces l’entreprise de Bréderode sur Utrecht et sur .fmsterdam *.

Le poste le plus important était Walcheren, lie de Zélande, où l’on présumait que débarquerait le roi; et, pour surprendre cette île , Guillaume forma un projet qu’entreprit d’e.xécuter un noble de l’alliance, fidèle ami du prince d’Orange, Jean de .Marnix, seigneur de Thoulouse, frère de Philippe de Sainte- Aldegonde (1567). Thoulouse entretenait avec l’ancien bailli de

1. Thuan., bî5. — Sirad., lîO. — Uurgund., 473, 4J4, 427, 428. — rtjf. od Ilopper. episl. vi,

2. Iliit. gén. des l'rof.-t'n., 98 , 99 (t. V, p 147 de l’édit, franc.). — Sirad., KO. — VigL ad liopper. rpist. v.

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