DE L’ALLLLNCE DES GUEUX
AussiWt qu’il eut pris congé de son ami , le prince de Gavre s’empressa de revenir à Bruxelles, pour recevoir, à la cour de la gouvernante, la récompense de sa fermeté, et pour dissiper dans le tumulte de la cour et dans la splendeur de sa fortune le peu de nuages que le sérieux avertissement du prince avait répandus sur son ftme'. La fuite de Guillaume d’Orange lui lais- .sait maintenant à lui seul tout le théâtre. 11 n’avait plus désormais dans la république aucun rival qui obscurcit sa gloire*. 11 continua dès lors, avec un redoublement de zèle, à briguer la fragile faveur des princes, au-dessus de laquelle il était cependant si fort élevé. Il fallut que tout Bruxelles partageât avec lui sa joie. 11 donna de superbes festins et des fêtes publiques, auxquels-la gouvernante elle-même assista souvent, pour effacer dans l’esprit d'Egmont toute trace de défiance. Non content d’avoir prêté le serment, il surpassa en dévotion les plus dévots, en zèle les plus zélés, pour anéantir la foi protestante et soumettre par les armes les villes rebelles de Flandre. Il déclara au comte de Hoogstraeten, son ancien ami, comme aussi à tout le reste des Gueux, qu’il renonçait pour toujours à leur amitié, s’ils hésitaient plus longtemps à rentrer dans le sein de l’Église
1 lA prcmi^^e édition a ici une phrase de plus : « Il ne pouvait y avoir à ce moment personne qui fût plus heureux qu’Egmont ne croyait l’être. »
‘2. Ua première édition ajoute : « il était io seul astre qu: alors brillât au ciel. »
282 IIISTOIHE DE LA RÉVOLTE DES l’AYS-DAS.
i‘t à se réconcilier avec leur roi. Toutes les lettres confidentielles qu'on s’était écrites et qu'on avait gardées de part et d’autre furent échangées, et cette dernière démarche rendit la rupture irréparable et publique. La défection du comte d’Egmont et la fuite du prince d’Orange détruisirent la dernière espérance des protestants et rompirent toute l’alliance des Gueux. Tous les confédérés rivalisaient d’empressement, d'impatience, pour abjurer le compromis et prêter le nouveau serment qu’on leur projiosait. En vain les marchands protestants crièrent-ils contre le manque de foi de la noblesse ; leur faible voix n’était plus écoutée ; et toutes les sommes qu’ils avaient consacrées à la fondation de l’alliance furent perdues pour eux*.
Les places les plus importantes étaient soumises et avaient reçu garnison; les séditieux étaient en fuite ou mouraient de la main du bourreau; il n’y avait plus de libérateur dans les Provinces. Tout cédait à la fortune de la gouvernante, et son armée victorieuse était en marche sur .Anvers. Après une lutte pénible et opiniâtre, cette ville s’était enfin délivrée de ses plus mauvaises tètes; Hermann et son parti avaient pris la fuite ; les orages intérieurs avaient cessé de gronder*. Iæs esprits commençaient peu à peu à se recueillir, et, n’étant plus échauffés par aucun fanatique furieux, donnaient accès à de meilleurs conseils. Le riche bourgeois désirait sérieusement la paix, pour voir revivre le commerce et l’industrie, qui avaient gravement souffert de ceUe longue anarchie. La redoutable approche d’Albe faisait des merveilles. Pour prévenir les maux qu’une armée espagnole cau.serait au pays, on s’empre.ssnit de se remettre dans la main facile de la duches.se. On envoya spontanément à llruxelles des fondés de pouvoir, pour lui proposer un accommodement et entendre ses conditions. Autant la gouvernante fut agréablement surprise de cette démarche volontaire, autant elle fut maîtresse de sa joie et ne s’y laissa point emporter. Elle déclara qu’elle ne pouvait et ne voulait rien entendre, avant
L Sirail., tS'i. — BurgmiJ., 4Î2.
n Et maintenant la cité languissait épuisée et énervée, pareille au malado en (langer de mort que la violence de la fièvre vient de quitter à Tiuslant. > {l’ranitre édition.)