‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 148 sur 228 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

que la ville eût reeu garnison. Cela même ne soulTrit aucune contradiction, et le comte de Mansfeld entra dans la place le lendemain , avec seize enseignes , en ordre de bataille. Alors un traité solennel fut conclu entre la ville et la duchesse, par lequel Anvers s’engageait à supprimer entièrement le culte réformé, à bannir tous les prédicateurs appartenant à cette Église, à rétablir dans sa première dignité la religion catholique romaine, à restaurer dans tout leur éclat les églises dévastées, à appliquer, comme auparavant, les anciens édits, à prêter le nouveau serment comme les autres villes l’avaient juré , et à livrer dans les mains de la justice tous ceux qui avaient ofl'ensé la majesté du roi, pris les armes, et qui avaient eu part à la profanation des églises. En retour, la gouvernante promettait d’oublier tout le passé et d’intercéder elle-même auprès du roi en faveur des coupables. Tous ceux qui , incertains d’obtenir leur grâce , préféraient s’exiler, devaient avoir un mois pour vendre leurs biens et mettre leurs personnes en sûreté; sauf toutefois ceux , qui avaient commis quelque crime, et qui étaient déjà exceptés de plein droit par les conditions qui précèdent. Aussitôt après la conclusion de ce traité, tous les prédicateurs réformés et luthériens, à Anvers et dans tout le territoire environnant, furent sommés par le héraut de vider le pays dans l’espace de vingtquatre heures*. Tous les chemins, toutes les portes furent alors encombrés de fugitifs, qui , pour la gloire de leur Dieu, abandonnaient ce qu’ils avaient de plus cher, et cherchaient un plus heureux climat pour leur croyance persécutée. Des maris, des pères, adressaient à leurs femmes, à leurs enfants, des adieux éternels; d’autres emmenaient avec eux leurs familles. Tout Anvers ressemblait à une maison de deuil; de quelque côté qu’on regardât, partout s’olfrait l'émouvant spectacle des plus douloureuses séparations. Les scellés étaient apposés sur toutes les églises protestantes ; cette religion n’existait plus. Ce fut le 10 avril 1567 que les prédicateurs s’éloignèrent. Lorsqu’ils se montrèrent une dernière fois à l’hôtel de ville pour prendre congé des magistrats , ils ne purent retenir leurs larmes et ils

1. «( Trois jours furent accordés à ceux qui appartenaient aux consistoires. » (Première édition.)

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se répandirent en plaintes amères. On les avait sacrifiés, s’écrièrent-ils, on les avait lâchement abandonnés; mais’ un temps viendrait où Anvers expierait douloureusement cette infamie, lies plaintes les plus amères vinrent des ecclésiastiques luthériens, que les magistrats avaient eux-mêmes appelés dans le pays pour prêcher contre les calvinistes. .Sous le faux prétexte que le roi n’était pas défavorable à leur religion, on les avait engagés dans une alliance contre les calvinistes., qu’on avait accablés par leur secours, et maintenant qu’on n’avait plus besoin d’eux, on laissait les deux partis, dans une destinée commune, déplorer leur aveuglement*.

Peu de jours après, la gouvernante fit dans Anvers une entrée fastueuse, accompagnée de mille cavaliers wallons, de tous les chevaliers de la Toison d’or, de tous les gouverneurs et conseillers, de toute sa cour, et d’un grand nombre de magistrats, enfin avec toute la pompe d’un triomphe. Sa première visite fut pour la cathédrale, qui portait encore de tous côtés les déplorables traces de la fureur iconoclaste, et qui arracha à sa piété les larmes les plus amères. Immédiatement après, quatre rebelles, qu’on avait atteints dans leur fuite, furent exécutés sur la place publique. Tous les enfants qui avaient été baptisés selon le rite protestant durent l’ètre de nouveau par des prêtres catholiques; toutes les écoles des hérétiques furent supprimées, tous leurs temjdes rasés. Presque toutes les villes néerlandaises suivirent l’exemple d’Anvers , .et partout les ministres protestants furent obligés de fuir. A la fin d’avril, toutes les églises catholiques étaient ornées avec plus d’éclat que Jamais ; tous les temples protestants étaient renversés, et tout culte étranger banni, jusqu’au dernier vestige, des dix-sept provinces. La multitude, dont l’inclination ordinaire est de suivre la fortune, montra tout autant de zèle pour accélérer la chute des malheureux, qu’elle avait mis de fureur à lutter contre eux peu de temps auparavant. Un beau temple , que les calvinistes avaient

1. « Mais auHlcssus d’eux était un Dieu qui ne souffrirait pas qu’on eût dias.sé impunément les ministres de sa parolOt et un temps viendrait, etc. > (PrrmiVre fdition.)

•2. Meurs., XI, 34. — Tliuan., .^27. — Kcùbn., 5. — Strad., 187, 188. — Mclcïcn, 99, lüO. — Burgund., 477 , 478.

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