LIVRE QUATRIÈME
érigé à Gand, disparut en moins d'une heure'. .\vec les poutres des églises démolies on construisit des potences pour ceux qui s’étaient attaqués aux églises catholiques. Tous les gibets étaient chargés de cadavres, toutes les prisons remplies de victimes destinées au supplice, tous les ciiemins couverts de fugitifs. 11 n’y eut pas de ville si petite où, pendant cette année meurtrière, on ne conduisit à la mort de cinquante à trois cents personnes, sans compter même celles qui tombèrent en rase campagne dans les mains des drossarts (baillis), et furent aussitôt pendues sans miséricorde, et sans autre forme de procès, comme de misérables brigands *.
La gouvernante était encore à Anvers, lorsque se présentèrent des députés du Brandebourg, de la Saxe, de la Hesse, du Wurtemberg et de Bade , qui venaient intercéder auprès d’elle en faveur de leurs coreligionnaires fugitifs. Les ministres de la confession d’Augsbourg expulsés avaient invoqué la paix de religion des Allemands, dont le Brabant devait aussi jouir, disaient-ils, comme Etat de l’empire, et ils s’étaient mis sous la protection des princes de ces divers pays. L’apparition des députés étrangers alarma la gouvernante , et elle chercha inutilement à empêcher leur entrée dans la ville; mais, sous ra])parence de marques d’honneur, elle réussit à les faire surveiller de si près qu’il n’y avait rien à craindre de leur part pour le repos de la ville. Du ton hautain qu’ils prirent très-mal à propos avec la duchesse on pourrait presque conclure que leur intention, en réclamant, n’était pas fort sérieuse. « L’équité voudrait, dirent-ils, que la confession d’Augsbourg, comme la seule qui s’élève au vrai sens de l’Évangile, fût dominante dans les Pays-Bas; mais, cela n’étant point, il n’est, en tout cas, ni naturel ni licite que ses adhérents soient poursuivis par des édits si cruels. • On invitait donc la gouvernante, au nom de la religion, à ne pas traiter avec une telle rigueur les peuples qui lui étaient conliés. ■ Une pareille ouverture ne mérite aucune réponse, répliqua-t-elle par l’organe de son ministre allemand, le comte de Staremberg. L’intérêt que les princes allemands ont pris aux fugitifs néerlandais
1. Ce temple, dont il est ici parlé cemme d’un bel édifice, ressemblait plulûl, dit Vandervinett (liv. II, Ç S), à une misérable cabane qu’à une église.
2. Thuan., 529. — Strad., 178. — Moteren, 99, lüü. — BurgumI., 482-184.
286 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS. prouve clairement qu’ils ont ajouté beaucoup moins de foi aux lettres royales, où se trouve la clef de la conduite de Sa Majesté, ou’aux rapports de quelques vauriens, qui ont laissé le souvenir de leurs exploits dans tant d’églises saccagées. Ces princes peuvent s’en remettre au roi d’Espagne du soin de veiller au bonheur de ses peuples , et renoncer à la tâche peu glorieuse de nourrir l’esprit de sédition dans les pays étrangers. » Les députés quittèrent Anvers, au bout de peu de jours, sans avoir rien fait ; seul , l’envoyé de Saxe déclara en secret à la régente qne son maître avait pris part à cette démarche par contrainte , et qu’il était sincèrement dévoué à la maison d’Autriche '. I.ies députés allemands n’avaient pas encore quitté Anvers, qu’une nouvelle de Hollande compléta le triomphe de la gouvernante.
Le comte de Bréderode avait abandonné sa ville de Viane et ses nouvelles fortifications , par la crainte du comte de Megen , et, avec le secours des sectaires, il s’était jeté dans la ville d’Amsterdam , où sa présence inquiétait extrêmement les magistrats , qui venaient d’apaiser avec peine une révolte intestine, et ranimait au contraire le courage des protestants. Son parti s’y augmentait de jour en jour et il affluait vers lui d’Utrecht, delà Frise et de Groninguc, beaucoup de gentilshommes que les armes victorieuses de Megen et d’Aremberg en avaient chassés. Sous divers déguisements, ils trouvèrent moyen de se glisser dans la ville, où ils se réunirent autour de la personne de leur chef, et lui formèrent une redoutable garde du corps. La gouvernante, craignant un nouveau soulèvement, envoya un de ses secrétaires intimes, Jacques de I.a Torre, au conseil d’Amsterdam, et lui lit commander de se débarrasser, par quelque moyen que ce fût, du comte de Bréderode. Ni les magistrats ni de La Torre lui-même, qui notifia en personne à Bréderode la volonté de la duchesse, ne purent rien obtenir de lui. De La Torre fut même assailli dans sa demeure par quelques gentilshommjs de la suite de Bréderode, qui lui enlevèrent tous ses papiers. 11 aurait peut-être même perdu la vie, s’il n’avait trouvé moyci. de s’échapjier promptement de leurs mains. Après cet événement, Bréderode, idole impuissante des protestants et