‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 15 sur 228 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

dépendante ; il le subordonna à un conseil royal, qu’il établit à Bruxelles, et qui fut l’organe de sa volonté. 11 introduisit au cœur de leur constitution des étrangers, auxquels il confia les offices les plus importants. Des hommes qui n’avaient d’autre appui que la faveur royale ne pouvaient être que de mauvais gardiens d'immunités qui leur étaient d’ailleurs peu connues. Les dépenses croissantes de son gouvernement guerrier le forcèrent d’augmenter ses ressources. Au mépris de leurs plus sacrés privilèges, il imposa aux proviures des contributions extraordinaires; les états, pour sauver leur dignité, durent accorder ce qu’il avait eu la discrétion de ne pas arracher par la force. Toute l’histoire du gouvernement de ce monarque dans les Pays-Bas n’est guère qu’une énumération continuelle d’impêts demandés, refusés, et pourtant à la fin consentis. Contre la constitution, il introduisit sur leur territoire des troupes étrangères, fit faire des enrôlements pour ses armées dans les Provinces, et les engagea dans des guerres indifférentes, sinon nuisibles, à leurs intérêts, et qu’elles n’avaient pas approuvées. Il punit en monarque les fautes d’une république, et le terrible châtiment des Gantois leur apprit le grand changement qu’avait déjà subi leur constitution *.

La prospérité du pays était assurée, en tant qu’elle était nécessaire aux projets politiques de son dominateur; car la prudente politique de Charles se serait bien gardée de contrarier les conditions de santé de ce corps auquel il se voyait forcé d’imposer des efforts. Heureusement les desseins les plus opposés de l’ambition et de la philantliropie la plus désintéressée mènent souvent au même résultat, et le bien-être des citoyens, qu’un Marc-Aurèle se propose pour but, est favorisé accidentellement sous un Auguste et un Louis •.

1. Il y a de plus ici dans la première édition : « Quelques historiens Taccusent môme d’avoir tenté de faire soustraire dans les couvents et les archives où elles étaient déposées, les chartes les plus impartantes des provinces: action petite et lâche de la part d’un si grand prince,^ mais qui prouve en môme temps qu'il redoutait encore cas chartes. * »

2. Ici encore Schiller a supprimé quelques phrases qui se lisent dans la première édition : « Aussi le domaine d‘un despote intelligent a-t-il souvent l’ap-

’llist. génér. des Prorinces-Uniet, 2* partie, 548 (T. IV, p. Gtiôdc l’édit. Iranç.).

Charles-Ouint reconnut parfaitement que le commerce était la force de la nation, et que le solide fondement de son commerce était la liberté. 11 ménagea sa liberté, parce qu’il avait besoin de sa force. Plus politique, et non plus juste que son üls, il subordonnait ses maximes aux besoins du lieu et du temps ; il retira dans Anvers une ordonnance qu’il aurait maintenue à Madrid' en recourant à toutes les terreurs du pouvoir.

Ce qui rend surtout mémorable pour les Pays-Bas le gouvernement de Charles-Ouint, -c’est la grande révolution religieuse, qui eut lieu sous lui, et qui doit nous occuper avec un peu plus de détail, comme la cause principale du soulèvement qui suivit. C’est cette révolution qui fit pénétrer pour la première fois le pouvoir despotique au plus profond du sanctuaire de la constitution , qui apprit à ce pouvoir à donner une preuve terrible de son habileté, et le rendit en quelque façon légitime, parce qu’elle poussa l’esprit républicain à une dangereuse extrémité. Ce dernier s’étant laissé emporter à l’anarchie et à la révolte, le pouvoir monarchique s’éleva jusqu’au comble du despotisme.

Rien n’est plus naturel que le passage de la liberté civile à la liberté de conscience. L’homme, ou le peuple, qui, par une heureuse constitution politique, a une fois appris à connaître la valeur de l’homme; qui a été accoutumé à approfondir, ou, plus encore, a créé lui-même la loi qui doit prononcer sur lui ; dont l’esprit est éclairé par l’activité; dont les sensations sont éveillées par les jouissances de la vie; dont le courage naturel a été relevé par la sécurité intérieure et la prospérité ; un tel peuple et un tel homme se soumettront plus difficilement que d’autres à l’aveugle domination d'une croyance voilée et despotique, et plus tôt que d’autres en secoueront le joug*. Une autre circonstance devait encore favoriser dans ces contrées le développement de la nouvelle religion. L’Italie, alors le siège du plus grand raffinement d’esprit , ce pays où

parence de cette terre bénie & truelle un philosoplie a donné un code de lois, et cette apparence trompeuse peut égarer le jugement de l’historien. Mais qu’il lève ce voile qui le séduit : un nouvel examen lui apprendra combien peu, dans celle puissance de l'Etal, il est tenu compte du bien des individus, et combien il y a encore de distance d’un empire florissant à un empire heureux.

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