‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 16 sur 228 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

If's plus violentes factions politiques se sont du reste toujours déchaînées, oîi un climat brûlant allume le sang et porte aux passions les plus impétueuses : l’Italie, pourraitron objecter, fut presque de tous les pays de l’Europe le plus étranger ’i ces nouveautés. Mais un peuple romantique, qu’un ciel agréable et chaud, une riche nature, toujours jeune et toujours riante, et les mille enchantements des arts, entretiennent dans une éternelle volupté, devait mieux s’accommoder d’une religion dont la pompe magnifique captive les sens, dont les mysléricuses énigmes ouvrent h l’imagination une immense carrière, dont les principales doctrines s’insinuent dans l’àme sous dos formes pittoresques. \ un peuple, au contraire, qui est rabaissé vers une réalité prosaïque par les occupations de la vie vulgaire et bourgeoise ; qui vit plus d’idées claires que d’images, et qui cultive sa raison aux dépens de son imagination : h un tel peuple se recommandera une croyance qui redoute moins l'examen; qui insiste moins sur les mystères que sur la morale; qui peut moins être contemplée que comprise. En un mot, la religion catholifjue conviendra mieux, dans son ensemble, à un peujde artiste, et la religion protestante h un peuple marchand.

Cela présupposé, la nouvelle doctrine, que Luther propagea en Allemagne et Calvin en Suisse, devait trouver dans les Pays- Bas le terrain le plus favorable”'. Les ])remiers germes en furent semés dans ce pays par les marchands pi'otcstants qui je rassemblaient à Amsterdam et à Anvers. Les troupes allemandes et suisses que Charles-Quint introduisit dans ces provinces, et la multitude de réfugiés français, allemands et anglais, qui cherchaient à se dérober, sous l’abri des libertés flamandes, au glaive de la persécution qui tes menaçait dans leur patrie, favorisèrent la propagation de la doctrine. Une grande partie de la noblesse néerlandaise étudiait alors à Genève, parce que l’université de I.ouvain n’était pas encore en renom, et que celle de Douai était encore à fonder; les nouvelles idées religieuses, qui étaient ouvertement enseignées à Genève, furent rapportées ]>ar

1. Ou lit ici de plus dans la première édition la phrase suivante : « Le che> min par lequel elle y parvint fut le même par lequel la peste arrive de l’Orient, celui que suivent pour venir à nous ta sagesse et la folie : le chemin du com^ merce. »

48 IIISTOIHE DE EA HÉVOLTE DES PAYS-BAS. lus jeunes étudiants dans leur patrie. Chez un peuple non mélangé et isolé, ces premiers germes pouvaient être étouffés; mais il était inévitable que leur progrès fût d’abord dérobé à l’œil du gouvernement, et accéléré sous le voile du secret, par l’allluencc de nations si nombreuses et si diverses dans les villes d’entrepôt hollandaises et brabançonnes, l’ne différence d’opinion pouvait aisément se propager dans une société sans caractère national commun, sans unité de mœurs et de lois. Enlin dans un pays où l’activité laborieuse était la vertu la plus célébrée, et la mendicité, le vice le plus méprisé , un ordre d’oisiveté, l’état monacal, devait avoir longtemps scandalisé. La nouvelle religion, qui tonnait contre, gagna infiniment à avoir déjà pour elle sur ce point l’opinion populaire. Des pamphlets pleins d’amertume et de satires, auxquels l’imprimerie récemment découverte donnait dans ces pays une circulation plus rapide, et plusieurs bandes de harangueurs, nommés Rederyker, qui parcouraient alors les provinces, raillant les abus de leur temps dans des représentations théâtrales et des chansons, ne contribuèrent pas peu à détruire l’autorité de l’Église romaine, et à préparer un accueil favorable dans les esprits du peuple à la doctrine nouvelle*.

Ses premières conquêtes furent étonnamment rapides ; le nombre de ceux qui, en peu de temps, et surtout dans les provinces du Nord, se déclarèrent pour la nouvelle secte, fut immense; mais les adeptes étrangers étaient encore bien plus nombreux que les nationaux. Charles-Quint, qui, dans cette grande sci.ssion religieuse, avait pris le parti qu’un despote ne peut manquer de prendre, opposa au flot croissant de l'hérésie les moyens les pius énergiques. Malheureusement* pour la religion réformée, la justice politique était du côté de son persécuteur. La digue qui, durant tant de siècles, avait fermé à la raison humaine l’accès de la vérité, avait été trop soudainement renversée pour que le fleuve déchaîné ne débordât pas hors du

1 Histoire générale des Proriiices Vnies, 2* partie, 39‘J; voy. la note (T. IV, p. 32 (le l’éd. franç ).

2. Il y a ici, dans la première édition, une Tante singr.Iière : Zum Gluck ■ par bonheur, heureusement, » au lieu de Zum Ungtück u par malheur, malheureusement. *

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