‹ Œuvres de Schiller Œuvres historiques de Schiller. Tome premier. 5Chapitre 151 sur 228 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

rues mortes et une ville déserte : les habitants et la garnison l’avaient abandonnée dans la première terreur. Il fit incontinent raser les fortifications, abattre les murs et les portes, et changea en village cette place d’armes des Gueux *. Les premiers fondateurs de l’alliance étaient dispersés; Bréderode et Louis de Nassau avaient fui en Allemagne, et les comtes de Iloogstraeten, de IkTgues et de Kuilembourg avaient suivi leur exemple; Mansfeld avait changé de parti ; les frères de Battenbourg attendaient en prison un sort ignominieux, et Thoulouse avait trouvé sur le champ de bataille une glorieuse mort. Ceux des confédérés qui s’étaient dérobés au glaive de l’ennemi ou du bourreau n’avaient sauvé que leur vie, et ils virent ainsi justifié sur eux, avec une effrayante vérité, ce nom de Gueux qu’ils avaient porté par ostentation.

(1567.) .Ainsi finit sans gloire cette louable confédération qui, dans les premiers temps de son existence , avait éveillé des espérances si belles, et s’était annoncée comme une digue puissante contre la tyrannie. L’union fit sa force; la défiance et la discorde intestine causèrent sa. perte. Elle mit en lumière et développa beaucoup de rares et belles vertus; mais il lui en manqua deux, et les plus indis[)cnsables, la modération et la prudence, sans lesquelles toutes les entreprises échouent, tous 'les fruits de la plus laborieuse activité périssent. Si ses intentions avaient été aussi pures qu’elle l’assurait , ou seulement si elles étaient restées aussi pures qu’elles l’étaient réellement à sa fondation, elle aurait bravé les accidents qui la minèrent de bonne heure, et, eût-elle même succçmbé, elle aurait mérité dans l’histoire un glorieux souvenir. Mais il est trop évident que les gentilshommes confédérés eurent ou priraot à la fureur des iconoclastes plus de part qu’il ne convenait à la dignité et à l’innocence de leur dessein, et beaucoup d’entre eux ont manifestement confondu leur bonne cause avec l’acte de démence de cette bande de vauriens. Les limites posées à l’inquisition , et une forme un peu plus humaine donnée aux édits, furent un des

I. Meteren, 100, 101. — Thiian., 530. — Biirgund., 490-',M. — Slrad., 189. - Meurs., si. — Vigl. ad Hopprr. epùl. xxuv. — //«(. g^n. du Pror.-L'niet , 10.1 (t. V, p. 156, 157 de l’üdil. franç.).

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