C1I1I.I.EB. — HIST. I
elTets salutaires de l'alliance; mais la mort de tant de milliers d'hommes, qui périrent dans cette entreprise , la perte que lit le pays de tant d'excellents citoyens, qui portèrent leur industrie dans d'autres contrées, l'appel du duc d'Albe, et le retour des troupes espagnoles dans les Provinces, firent assurément payer trop cher ce soulagement passager. Beaucoup de gens honnêtes et paisibles d'entre le peuple, qui, sans cette dangereuse occasion, n’eussent jamais été induits en tentation, furent excités par le nom de cette ligue à de coupables entreprises , dont elle leur faisait espérer un heureux résultat, et elle les précipita dans la ruine, parce qu'elle ne remplit pas ces espérances. Mais on ne peut nier qu’elle ait compensé par un avantage essentiel upe grande partie des maux qu’elle avait faits. Par cette confédération, les individus furent rapprochés les uns des autres et arrachés h un lûche égoïsme; par elle un bienfaisant esprit public, qui s’était presque entièrement éteint sous le joug de la monarchie, reprit cours chez le peuple néerlandais, et entre les membres épars de la nation s’établit cet accord dont la diflicile réalisation rend seule les despotes si hardis. A la vérité, la tentative échoua, et les liens, formés trop légèrement, se dénouèrent; mais par ce malheureux essai la nation apprit à trouver enfin le nœud durable qui devait braver l’action du tcn!)>$.
La destruction de l’armée des Gueux ramena aussi les villes hollandaises à leur ancienne obéissance, et il ne restait pas une seule place dans les Provinces qui ne se fût soumise aux armes de la gouvernante; mais, l’émigration croissante des indigènes et des étrangers menaçait le pays d’un funeste épuisement. Dans Amsterdam ;sle nombre des fugitifs était si considérable qu’on manquait de vaisseaux pour leur faire passer la mer du Nord et le Zuyderzée, et cette florissante ville de commerce se voyait menacée de perdre toute sa prospérité*. Effrayée de cette fuite générale , la régente se hûta d’écrire à toutes les villes des lettres rassurantes , et de relever par de belles promesses le courage abattu des citoyens. A tous ceux qui prêteraient de bon cœur serment de fidélité au roi et à l’Église , elle assurait, au
1. Iliil. gén. dei Fnx.-Vn., 105 (t V, p. 156 de l’édit, franç.).