LIVRE QUATRIÈME
nom du monarque, une grAce absolue, et elle invita par les feuilles publiques les fugitifs à revenir, sur la foi de cette clémence royale. Elle promit à la nation qu’elle la délivrerait de l’armée espagnole, quand même elle serait déjà à la frontière; elle alla même si loin, qu’il lui échappa de dire qu’on pourrait bien encore trouver moyen de fermer de force à cette armée l’entrée des Provinces : car elle n’avait nulle envie de céder à un autre la gloire d’une paix qu’elle avait conquise avec tant de peine. Un bien petit nombre revinrent sur la foi de sa parole, et dans la suite ce petit nombre s’en repentit; des milliers étaient déjà partis et des milliers les suivirent. L’Allemagne et l’Angleterre étaient pleines de fugitifs néerlandais, qui, en quelque lieu qu’ils s’établissent, conservaient les usages, les mœurs et même l’habillement de leur pays, parce qu’il leur était trop douloureux de mourir entièrement à leur patrie, et de renoncer même à l’espérance du retour. Un petit nombre emportèrent avec eux quelques débris de leur ancienne opulence ; mais la plupart firent leur route en mendiant , et n’apportèrent en don à leur nouvelle patrie que leur industrie, des mains utiles et d’honnêtes citoyens '.
La gouvernante s’empressa d’apprendre au roi une nouvelle dont elle n’avait encore pu le réjouir durant toute son administration. Elle lui annonça qu’elle avait réussi à rétablir la tranquillité dans toutes les provinces néerlandaises, et qu’elle se croyait assez forte pour l’y maintenir. I^s sectes étaient anéanties et le culte catholique romain brillait de son ancien éclat; les rebelles avaient reçu le châtiment mérité ou l’attendaient en prison; elle était assurée des villes par des garnisons suffisantes. Il n’était donc plus besoin de troupes espagnoles dans les Pays-Bas, et il ne restait plus rien qui pût justilier leur entrée. Leur arrivée troublerait de nouveau l’ordre et la tranquillité, dont le rétablissement lui avait coûté tant de soins ; elle entraverait pour le commerce et l’industrie cette reprise dont l’un et l’autre avaient un si grand besoin, et, jetant le bourgeois dans de nouvelles dépenses, elle le priverait en même temps de l’unique
I. Meteren, 101. — Meurs., 35. -Burgund., 486.— V»ÿl. ad Hopper.epist.y, jxxiï. — Orol. , 26.
292 HISTOIRE DE LA RÉVOLTE DES PAYS-BAS. moyen de les supporter. Le seul bruit de l’arrivée des troupes espagnoles avait déjà coûté au pays des milliers de citoyens utiles; leur apparition effective le cliangerait tout à fait en désert. Comme on n'avait plus d’ennemis à vaincre, et plus de révolte à étouffer, on ne pourrait supposer à la venue de cette armée d’autre motif que le chitiment; mais cette supposition ne lui procurerait pas une entrée fort honorable. N'étant plus excusé par la nécessité , ce moyen violent n’aurait que l’apparence odieuse de l’oppression ; il aigrirait de nouveau les esprits, pousserait les protestants aux dernières extrémités, et armerait pour leur défense leurs coreligionnaires étrangers. Elle avait promis à la nation, au nom du roi, qu’elle serait délivrée des troupes étrangères , et c’était surtout à cette condition qu’elle devait la paix actuelle ; elle n’en garantissait donc pas la durée, si le roi démentait ce qu’elle avait dit. Les Pays-Bas le recevraient lui-méme, lui leur seigneur et leur roi , avec toutes les marques du dévouement et du respect; mais elle le priait de venir comme un père, et non comme un monarque vengeur ; de venir jouir du repos qu’elle avait rendu à ces provinces, mais non pour le troubler de nouveau '.
t. Strad., 197.